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  • Catégories : Des expositions, L'art, Le Maroc:vie et travail

    Autres artistes vus hier après-midi à Casablanca(Maroc)

    -Philippe Picquart à la galerie Zénitude jusqu'au 31 mai (déjà vu avant au Comptoir du Saumon). A découvrir sur son site:http://www.memoiresurbaines.com/

    -Housbane (Saïd), exposé il y a quelques temps au Carrefour des Arts.

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    http://www.artmajeur.com/?go=see&image_id=1137897

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    - A la galerie du Chevalet, espace des arts,(déjà évoqué ici:  http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/04/16/belyasmine-el-mostafa.html)

    beaucoup d'artistes dont Belyasmine déjà évoqué ici(http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/04/16/belyasmine-el-mostafa.html)

  • Les berges du Rhône rendues aux Lyonnais

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    De notre correspondant à Lyon FRÉDÉRIC POIGNARD.
     Publié le 09 mai 2007
    Actualisé le 09 mai 2007 : 07h44

    Parking à voitures depuis des années, les berges offrent dès ce matin cinq kilomètres de flânerie. Illustrant la méthode de la municipalité de gauche, qui veut convaincre sans contraindre.

    C'EST Lyon-plage toute l'année. Un ruban de prairie égayée d'herbes folles remplace les pots d'échappement sur la rive gauche du Rhône dans toute la traversée de Lyon. Depuis un mois, avant même l'inauguration aujourd'hui du nouvel aménagement des berges, le succès populaire de la promenade dominicale est venu apporter un cinglant démenti aux opposants au projet.
    Jusqu'à deux mille voitures stationnaient jusqu'alors, laissant un maigre espace aux joggeurs, seuls à s'aventurer sur ce no man's land de bitume. Les véhicules qui avaient pris leurs habitudes en ces lieux, dès les années 1950, seront désormais garés dans des parkings souterrains construits à proximité.
    Colonies de castors
    Ce chantier des berges, dont le coût s'élève à 44 millions d'eu­ros, est le projet phare de la municipalité qui voulait que la ville se réapproprie ses deux fleuves. L'aménagement des berges permet un embellissement du site en faisant redécouvrir une nouvelle perspective de la ville, marie une diversité de fonctions ludiques au fil des différentes séquences d'espaces qui courent sur cinq kilomètres, du parc de la Tête d'Or, au nord, à celui de Gerland, au sud. Une partie a même été préservée à l'état naturel : on peut y observer, la nuit venue, des colonies de castors qui ont élu domicile en plein centre-ville.
    Cet aménagement permet ­aussi de présenter « une nouvelle philosophie de la ville, une am­biance familiale et apaisée », se ­félicite Gérard Collomb, où piétons et modes de déplacement doux comme le vélo et le roller ont reconquis l'espace auparavant entièrement dévolu à la voiture.
    Des choix différents de Paris
    Depuis le début de la mandature, le sénateur et maire PS de la ville s'est appliqué à convaincre ses élus écologistes de ne pas entrer dans un système d'éradication de la voiture. Quand Bertrand Delanoë, à Paris, construisait des murets séparateurs et élargissait les couloirs de bus, Lyon déve­loppait ses lignes de tramway. Aujourd'hui, une grande radiale court depuis l'Est lyonnais vers le quartier d'affaires de la Part-Dieu, ponctuée de parkings relais à ­chaque station périphérique. Le temps de parcours sur l'itinéraire est deux fois plus rapide qu'en voiture. En collaboration avec la SNCF, le conseil général et le conseil régional, l'agglomération lyonnaise pré­pare un réseau express qui cadencera les trains de Mâcon à Vienne.
    Dans le centre de Lyon, la vitesse a même été abaissée à 30 kilomètres par heure pour pacifier la circulation au regard du nombre croissant de vélos. Des vélos en partie mis à dispo­sition par l'agglomération lyonnaise et dont l'installation des bornes de location a contribué à réduire le nombre des places de stationnement pour les voitures. Il y a deux ans, l'extension des zones de stationnement payant dans plusieurs quartiers avait provoqué un vif mécontentement des automobilistes.
  • Catégories : Les polars

    Polar à lire: Mo Hayder, "Pig Island"

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    L'ange du noir

    par Delphine Peras

     Cette charmante Anglaise est devenue la reine des thrillers macabres. Elle récidive avec le saignant Pig Island. Portrait d'une romancière fascinée par l'horreur.

    Comment une jolie femme à l'allure si frêle, presque angélique, peut-elle écrire des romans si durs? Comment Mo Hayder - un nom de plume délibérément androgyne - 44 ans à peine, peut-elle concevoir des polars si torturés? Dans le premier, Birdman, paru en 2000, un maniaque sexuel éventrait ses victimes et les farcissait d'un petit oiseau vivant, avant de recoudre le tout. Publié deux ans plus tard, L'Homme du soir remettait en scène l'inspecteur Jack Caffery pour l'embarquer dans une effroyable histoire de pédophilie. Plus original encore, le scénario de Tokyo, grand prix des Lectrices de Elle en 2006, s'inspirait du massacre de la ville chinoise de Nankin, perpétré par les forces japonaises en 1937.

    Et voilà qu'avec Pig Island, son nouveau thriller, l'Anglaise imagine les agissements démoniaques d'une secte habitant un îlot perdu, au large des côtes occidentales de l'Ecosse, où le précédent propriétaire élevait des porcs. Entre la rumeur d'une mystérieuse créature, mi-homme, mi-bête, filmée sur l'île par un touriste éméché, et l'odeur pestilentielle de cadavres (d'animaux ou d'humains?) que la mer apporte, un journaliste d'investigation ultracartésien, Joe Oakes, veut en avoir le cœur net. Le lecteur, lui, l'a vite au bord des lèvres, tant Mo Hayder excelle à créer une atmosphère morbide, pesante, incertaine. Ici, le pire semble toujours sûr.

    Pas de message, juste divertir
    «L'horreur me fascine peut-être parce que, enfant, j'ai été très protégée par ma mère», avance la romancière d'une voix douce. «Mais j'ai quitté mes parents à l'âge de 15 ans et j'ai pas mal roulé ma bosse, multiplié des expériences assez dures.» Autrement dit une jeunesse très sexe, drogue et rock'n'roll, où les excès seront fatals à certains de ses amis. «Ce qui m'a fait comprendre combien la violence et la mort font partie de la vie.» Tour à tour vigile dans un collège de Brixton, où frayaient des dealers, étudiante aux Etats-Unis, hôtesse de bar à Tokyo, Mo Hayder finira par trouver la sérénité dans sa maison de Bath, charmante ville historique proche de Bristol, où elle vit aujourd'hui avec son mari, Keith, et leur petite fille de 5 ans.

    Pas question pour autant de retenir son inspiration terrorisante. «Pour Pig Island, j'ai commencé avec le témoignage d'une amie infirmière psychiatrique: elle m'avait parlé d'une malade mentale en proie à un délire sataniste, dont le corps était couvert de cicatrices.» L'expérience d'un oncle, professeur à Cambridge avant de rejoindre un groupe d'illuminés, lui a également servi. «Il était très ami avec l'illusionniste Uri Geller. J'ai donc grandi en sachant pertinemment ce qu'était une secte. Et je suis sans doute la seule personne que les scientologues n'ont pas voulu convertir!» Pour autant, Mo Hayder se défend de vouloir faire passer un quelconque message. «J'écris d'abord pour divertir. En fait, j'écris ce que j'aimerais lire.» Non sans prendre un malin plaisir à égarer le lecteur. D'où le grand soin qu'elle apporte à la construction de ses livres, machiavélique, souvent à plusieurs voix, étayée par un style à la fois énergique et très personnel. «Je connais la fin dès le début. Je fais en sorte qu'elle remette en question tout ce qui précède. Je voudrais qu'une fois le livre terminé mon lecteur se sente obligé de le relire entièrement à la lumière du dénouement.» De l'art d'éblouir avec des cauchemars... Assurément, Mo Hayder est une rareté.


     Pig Island
    Mo Hayder
    éd. PRESSES DE LA CITE
    Trad. de l'anglais par Hubert Tézenas.

    390 pages
    20 €
    131,19 FF


    http://livres.lexpress.fr/portrait.asp/idC=12743/idR=5/idG=4


     
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  • Sur la piste de Corto

    par Tristan Savin
    Lire, mai 2007

    De notre envoyé spécial à Addis-Abeba et Djibouti

     Hugo Pratt a vécu son adolescence en Ethiopie, alors appelée Abyssinie. Il y envoya plus tard son héros Corto, dont les traces se mêleront à celles des écrivains qui sillonnèrent la région: Rimbaud, Henry de Monfreid et Dino Buzzati. Les éthiopiques sont le fruit de tous ces souvenirs, avec Les Scorpions du désert, série inspirée par les bourlingues du Vénitien à Djibouti. Lire est parti sur ces traces encore chaudes. Entre Nil Bleu et mer Rouge, les plateaux hantés par les nomades Danakils offrent des paysages que Pratt aimait dessiner: désert volcanique où sévissent les pirates, montagnes pelées où se cultive le qat (plante aux vertus hallucinogènes de la Corne de l'Afrique), brousse où rôdent les hyènes dès la nuit tombée... Un siècle après Corto, l'aventure est toujours au rendez-vous.

     

    La gare de Dirédaoua.
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    La voiture a pris feu. Depuis plusieurs jours, nous attendons une pièce de moteur. Le guide a disparu. Rançonnés en chemin par des Oromos, nous n'avons plus assez de birrs, la monnaie locale, pour prendre la route du retour. Scènes de la vie quotidienne. Un homme se rase dans un rétroviseur. Une gamine pousse une roue de vélo. Une mère porte sa fillette fesses nues, en menant un troupeau de chèvres. Un petit voleur pleure face à deux policiers. Un mendiant salue. Des automobilistes s'insultent. De sa baguette, un garçon dirige un défilé imaginaire de canards. Un homme crache. Une femme rit. Une jolie Amhara laisse admirer ses mollets. Il se met à pleuvoir et les chèvres s'agglutinent contre les murs peints. Ce soir, la rue appartiendra aux chats et aux chiens.

    Cortographie de l'Abyssinie
    Pour les Ethiopiens, chrétiens orthodoxes, nous sommes encore en 1999. Le calendrier amharique n'est pas grégorien, mais julien. L'horloge ne marque pas non plus les heures occidentales. Quand on croit se lever à six heures, il est en fait une heure. L'Abyssinien vit à une autre époque, mais toujours au rythme du soleil. Ironie de l'histoire, le colonisateur de la Corne de l'Afrique, Soleillet, qui fut l'ami et associé de Rimbaud, est mort d'une insolation.

    Parfait connaisseur du pays, où il vécut de 1937 à 1943, soit de dix à seize ans, et dont il parlait la langue, Hugo Pratt a su jouer dans son œuvre avec les nombreux signes que renvoie le berceau de l'humanité (les ossements de Lucy furent retrouvés ici, au nord du lac Abe), avec l'errance qu'il génère, les dates qui s'y télescopent. Il le sait, depuis Lawrence d'Arabie, une partie de l'Histoire s'y trame en coulisse... L'Abyssinie et ses ports d'accès sont au carrefour des mondes arabe et africain, chrétien et musulman, lieu géostratégique toujours aussi convoité, sur la route du canal de Suez à l'océan Indien: la Légion étrangère (qui fascina Pratt) s'entraîne encore à Djibouti, les forces américaines pilonnent Mogadiscio, Aden fournit des terroristes et les Emirats arabes influencent la politique régionale à coup de pétrodollars. Fils de militaire, devenu lui-même le plus jeune soldat de l'armée italienne à l'âge de treize ans, Hugo Pratt s'est naturellement intéressé aux campagnes africaines menées par les puissances européennes.

    Corto Maltese débarque dans la région en 1916, au moment où les Britanniques contrôlent la Somalie et le Soudan, les Turcs, le Yémen, et les Allemands, le Kenya, alors appelé Afrique orientale. Son aventure débute à Aden et se poursuit à Harar. Car le parcours de Corto suit celui d'un autre aventurier, Rimbaud. Le marin sans bateau connaît ses classiques: Henry de Monfreid emprunta la même piste, voie de tous les trafics, entre Yémen et Abyssinie. Singeant l'auteur d'Une saison en enfer, le Maltais se déguise en mahométan. Pratt ne laisse rien au hasard: les premiers mots des Ethiopiques sont ceux d'une sourate intitulée «Le soleil de la matinée». Le lecteur comprend, au fil de l'histoire, que le personnage essentiel n'est pas Corto mais un Dankali du nom de Cush. Ce guerrier nomade porte le poignard traditionnel au bras, le fusil sur les épaules à la manière des bergers et mâche en permanence un brin d'herbe - probablement du qat. Son nom s'éclaire quand on apprend que l'afar et l'issa sont des langues couchitiques. Partir sur les traces de Corto, c'est donc tout naturellement aller à la recherche de Cush, de son peuple et de ses coutumes ancestrales... Et plonger dans l'adolescence d'Hugo Pratt, qui déclarait avoir découvert l'émancipation grâce à un Abyssin nommé Brahane, domestique dans la maison familiale: «C'était un Ethiopien splendide, qui avait eu le temps de faire la guerre contre les Italiens et qui maintenant devait faire le serviteur...»

    Jean-Claude Guilbert, marié à une belle Amhara, vit à Addis-Abeba. Ce grand reporter devenu écrivain fut l'ami de bourlingue d'Hugo Pratt pendant quinze ans, jusqu'à sa mort. Ils sillonnaient ensemble la Corne de l'Afrique, traquant les Scorpions du désert et les souvenirs littéraires: «Dans la capitale, il ne reste aucun bâtiment de la période italienne, à l'exception du théâtre et d'une église. A Entotto, le quartier où vécut Hugo a été rasé, ainsi que le lycée Vittorio Emanuele III où il étudiait. Pour retrouver les lieux qu'il fréquenta, il faut se rendre à Dirédaoua et à Harar, au nord-est...» Au mur du bureau dans lequel le Français rédige un guide Corto consacré au pays, une carte localise la faune éthiopienne: panthères et lions aux confins de la Somalie, girafes aux frontières du Soudan et du Kenya, crocodiles des lacs Tana et Abaya, singes et hyènes un peu partout... «Le plus grand danger, ce sont les hommes», prévient Getaoun, le chauffeur et interprète amhara auquel Guilbert nous confie: «On ne peut jamais rouler de nuit, à cause des pillards. Ici, une vie ne vaut rien.»

    Nomades' land
    On rencontre parfois des Ethiopiens d'origine italienne. A Nazret, un garagiste du nom de Ricardo Pipinno peut vous sauver la vie en réparant une ceinture de sécurité que personne ne parvenait à débloquer. Envahi par les troupes mussoliniennes en 1935, le pays conserve des traces de l'occupation: dans la langue nationale, l'amharique, «au revoir» se dit ciao! Et la machina désigne une voiture. Quant aux lions du zoo d'Alameya, ils sont nourris avec des spaghettis.

    En arrivant à la hauteur du parc naturel d'Awash, on croise des Karayous, bergers nomades armés de fusils automatiques. «Ils les ont obtenus du gouvernement pour protéger leurs troupeaux contre les lions», explique Getaoun. On en fait parfois un autre usage, comme nous l'apprendrons bientôt à notre détriment. L'aventure commence à midi, à trois cents kilomètres de la capitale, en pleine savane. De la fumée envahit subitement la cabine de notre Toyota. Le moteur est situé... entre nos sièges. Ancien fakir, Getaoun n'a pas peur des flammes: il en a craché pendant un an dans un cirque italien. Il maîtrise l'incendie grâce aux provisions d'eau. Trois heures durant, il tente de réparer les dégâts. En vain. Nous sommes en territoire oromo. Des jeunes filles sorties de nulle part s'approchent pour assister au spectacle. Elles portent les cheveux en tresses et des bijoux de fines perles bariolées. Dans leurs yeux sombres brillent des pupilles de lynx. L'une d'elles a les dents limées en pointes. Les plus téméraires réclament de l'eau. Une bouteille vide les contente. Rien ne se perd. Sauf l'eau de notre moteur. Nous abandonnons le véhicule à la garde de trois adolescents oromos. Une voiture de passage nous rapatrie sur Awash, entassés, musique à fond, avec quatre poules dans le coffre et un revolver dans la boîte à gants. Notre sauveur est un petit trafiquant de qat. Ça rapporte plus que le café -, qui tient son nom de la province de Kaffa, dans les montagnes du Nord-Ouest. «Les Vénitiens introduisirent le café éthiopien en Europe via la ville yéménite de Moka», aimait rappeler Pratt.

    Arrivés au garage d'Awash, nous apprenons que la dépanneuse envoyée à notre secours s'est fait tirer dessus. Trois impacts en attestent, sur le rétroviseur et la carlingue, à quelques centimètres du volant. «Deux Issas», raconte le conducteur, impassible. Et modeste. C'est à Getaoun que l'on doit les détails: «Les bandits étaient embusqués dans un virage. Quand il les a vus armer leurs fusils, il a foncé sur eux pour les mettre en fuite. Ils ont tiré après son demi-tour. Le plus inquiétant, c'est qu'ils attaquent désormais en plein jour... On doit garder les yeux ouverts en permanence.»

    Tristes éthiopiques
    Après les heures passées en plein soleil, le Buffet de la gare d'Awash (en français dans le texte) est un havre de paix. Il s'agit d'une auberge historique, construite par les Français en même temps que la gare, au début du XXe siècle, sur la ligne Addis-Djibouti. Mais les attaques de trains, paraît-il fomentées par des politiciens propriétaires de camions, ont transformé les lieux en gare fantôme. «Hugo Pratt a séjourné ici il y a une quinzaine d'années», raconte madame Kiki, la propriétaire octogénaire, d'origine grecque. «Je m'en souviens car il avait insisté pour avoir la suite présidentielle, dans laquelle avait dormi l'empereur Hailé Sélassié. Il faisait des dessins de la gare.» Le lendemain, au lever du soleil, nous retrouvons notre voiture où nous l'avions laissée. Mais ses gardiens sont désormais au nombre de sept. Trois d'entre eux exhibent leurs fusils. Nous leur proposons des cigarettes. «Nous ne fumons pas», répond leur chef. Des biscuits? «Nous ne mangeons que ce que nous connaissons.» Ils réclament de l'argent. Les mécaniciens qui nous accompagnent commencent à négocier en langue oromo. Le ton monte. «Salam!» crie le plus jeune, tout en poussant notre interprète aux épaules. Il faut sortir des billets! Une fois payés - l'équivalent d'un mois de salaire moyen -, les Oromos regagnent la route, sans un mot. «Si nous n'acceptions pas, ils nous tuaient sans hésiter», assure Getaoun, avant de conclure: «Ici, avec une arme à feu, tu as le pouvoir, donc l'argent.» Pour parvenir à Dirédaoua, il faut franchir de hautes montagnes où se cultivent le café et le qat. Les villages sont composés de maisons de terre au toit de tôle ou de simples paillotes. Les femmes portent d'éclatantes tuniques vertes, rouges ou bleues. A sept heures de route de la capitale, la deuxième cité du pays fut construite en 1885 autour d'une importante gare. On doit, paraît-il, à Rimbaud l'idée du tracé de la voie ferrée, celle-ci ne pouvant pas passer par Harar à cause du relief. De style méditerranéen, la ville aux murs colorés mélange les ethnies: Amharas, Oromos, Somalis... On y circule en bajaj, sorte de tuk-tuk importé d'Inde. Diffusés par haut-parleurs, les prêches des églises orthodoxes rivalisent en volume sonore avec l'appel à la prière du muezzin.

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    L'ancien directeur de la poste, Kabou, nous présente Alemayihu, responsable du bureau culturel et historien passionné par Henry de Monfreid, qui vécut de 1923 à 1938 à Dirédaoua: «Après avoir vendu douze tonnes de haschisch, Monfreid a investi dans la construction d'une usine électrique. C'était peut-être aussi un entrepôt d'esclaves car on a retrouvé des anneaux d'acier scellés dans les murs de la cave...» L'intellectuel éthiopien nous fait visiter l'immense bâtiment de pierre, de style colonial, aujourd'hui à l'abandon. Un obus a emporté un pan de mur lors de la guerre avec la Somalie: «Pour les habitants, la maison est hantée...» Elle l'est pour d'autres raisons: Hugo Pratt y a rencontré Henry de Monfreid, une connaissance de son père, quand il avait onze ans. Est-ce pour cela que Corto Maltese a la silhouette de l'aventurier français devenu écrivain? Il a aussi l'ironie de Rimbaud. Et la nostalgie d'Hugo Pratt. Ce dernier est involontairement retourné à Dirédaoua en 1942, quand son père fut arrêté par les Britanniques, qui venaient de libérer Addis-Abeba. L'adolescent se retrouve dans un camp de prisonniers, en compagnie de sa mère. La petite prison, construite par les Italiens, se trouve désormais dans les jardins d'un lycée. On l'a transformée en bibliothèque, pied de nez de l'histoire qui aurait plu à Hugo. Un autre hasard l'aurait amusé: selon Alemayihu, Monfreid, accusé de trafic d'armes par les Anglais, fut lui-même emprisonné ici, avant d'être envoyé au Kenya. L'historien nous apprend que l'auteur des Secrets de la mer rouge avait également un bungalow à Arowe, sur les hauteurs de Harar.

    Pour boucler cet itinéraire éthiopien, il faut donc se rendre dans la cité mythique découverte par l'explorateur Richard Burton, traducteur des Mille et une nuits. A deux heures de route de Dirédaoua, Harar est une ville fortifiée dans laquelle on pénètre en empruntant une porte. Les étroites rues de terre aux murs de pierre plongent le voyageur dans une atmosphère médiévale, proche de la cour des miracles. Etape obligatoire, la «Maison de Rimbaud» est un palais de bois construit par un négociant indien à l'emplacement où vivait le poète, mais dans une cahute de terre et de branchages. En contrebas de la ville, nous visitons le cimetière européen, à la recherche de la tombe de Rolando Pratt, sur l'emplacement de laquelle des doutes subsistent. Le père d'Hugo décéda d'un cancer du foie en 1942, sur la route de Dirédaoua à Harar. Sur ce même trajet, Rimbaud tomba de cheval, accident à l'origine de son amputation, puis de sa mort. Le gardien du cimetière, Leonis, travaille ici depuis quarante-trois ans: «Il reste une seule tombe de soldat italien», affirme-t-il, en désignant un monticule de terre et de cailloux surmonté d'une croix, sans nom ni plaque. «Rolando ne peut être qu'ici. Les autres dépouilles ont été rapatriées par les autorités italiennes en 1974.» Hugo Pratt avait tenu à ce que son père continue de reposer à Harar et prétendait avoir retrouvé sa sépulture dans le cimetière musulman de la ville. Mais ses héritiers n'ont jamais réussi à la localiser. A-t-il brouillé les pistes ou le gardien se trompe-t-il? Il faudrait exhumer la bouteille de verre dans laquelle doivent figurer un matricule et une date. «Chaque pierre d'Ethiopie cache un mystère», disait Pratt.

    Sur la route des Scorpions
    Pour mieux comprendre la mythologie personnelle d'Hugo Pratt, poursuivons le voyage à Djibouti. Son ancien nom, «Territoire des Afars et des Issas», correspondait plus à la réalité: les uns viennent d'Ethiopie, les autres de Somalie. «C'est à Djibouti que l'on rencontre le plus de Danakils (pluriel de Dankali), ancien nom des Afars, qui proviennent d'une région à la frontière de l'Ethiopie et de l'Erythrée», explique Jean-Claude Guilbert.

    Les paysages volcaniques djiboutiens annoncent le «désert des déserts» de la péninsule arabique. On y mange yéménite et la présence française évoque l'Algérie saharienne. Mais la plaque de la place Rimbaud a disparu après l'indépendance... Une route rongée par le sel des caravanes mène de la capitale au lac Assal, point le plus bas d'Afrique (153 mètres en dessous du niveau de la mer). «Avant la guerre de 1991, cinq cents caravaniers partaient chaque jour d'ici, pour gagner la frontière éthiopienne, à trois jours de chameau», raconte Houmed, un guide afar. Henry de Monfreid empruntait régulièrement cette piste, ses cargaisons d'armes cachées sous du sel. Joseph Kessel et Albert Londres, qui enquêtaient sur les trafiquants d'esclaves, se sont rendus ici. Hugo Pratt a accompli le pèlerinage en compagnie de son ami Guilbert, quelques années avant de disparaître. Plus à l'est, le petit port de Tadjoura, longtemps relié à Zanzibar et à Aden, conserve le souvenir de Rimbaud: une association financée par Jean-François Deniau a reconstruit la maison du poète, qui y attendit un an le roi Ménélik, auquel il destinait des fusils. A l'entrée de la ville, une auberge a pris le nom de Corto Maltese. Ahmed Ali, l'un des propriétaires, en a eu l'idée après avoir rencontré Hugo Pratt: «Il a séjourné ici en 1991. Il aimait sortir en mer sur un boutre et faisait beaucoup de dessins. Il nous a marqués car il parlait plusieurs langues: français, anglais, arabe, amharique. Il connaissait même des mots d'afar! Pour me remercier de l'avoir aidé à se rendre à Obock (ville où résida Monfreid, plus au nord le long de la côte, NDLR), il m'a offert un album des Scorpions du désert...»

    Rendus célèbres par la série de Pratt, les Scorpions du désert, ces commandos militaires, surveillaient les frontières il y a encore quelques années, avant d'être remplacés par les Forces d'assaut djiboutiennes. Le guide afar nous emmène à leur rencontre, bien que les postes frontières soient interdits d'accès. En route, Humed détaille quelques coutumes des nomades afars, donc danakils: «On lime encore les dents des enfants avec une pierre. A quinze ans, on apprend à égorger un dromadaire. Mais sa viande est réservée aux hommes.» Après la traversée en 4 x 4 du désert du Grand Bara, où s'entraîne la Légion étrangère, voici le poste d'Assamo, qui surveille la frontière éthiopienne. Construit par les Français dans les années 1950, au sommet d'une colline, il correspond précisément au fort Bastiani décrit par Dino Buzzati dans Le désert des Tartares. Assamo a peut-être inspiré le grand écrivain italien, qui fut correspondant de presse à Djibouti. A moins que ce ne soit le poste de Guistir, à trois heures de route d'ici, dans un paysage de basalte. Sa situation, aux trois frontières (il faut y ajouter celle avec la Somalie), fascinait Hugo Pratt. Nous parvenons à photographier le fort discrètement, surveillés par une sentinelle du haut de la tour. Mais, une heure plus tard, nous voici arrêtés par un caporal des Forces d'assaut. Il nous conduit au poste d'Ali Adé pour un interrogatoire. Notre chauffeur plaidera pendant deux heures la cause du touriste perdu dans le désert. Sur la route du retour, au moment où le soleil se couche, on peut enfin apercevoir l'image que l'on venait chercher: la silhouette gracile d'un Dankali, un bâton de berger négligemment posé derrière la nuque et maintenu dans le creux des coudes. Exactement dans l'attitude de Cush.


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  • Plusieurs publications saluent l'anniversaire de la parution de "La ballade de la mer salée", premier roman dessiné, il y a quarante ans. Voici la sélection de Lire pour mieux connaître Pratt et son œuvre

    medium_lire_corto.jpgpar Tristan Savin
    Lire, mai 2007

     La corthothèque idéale.

    Les albums Corto Maltese
    On compte douze albums officiels des aventures du marin, tous publiés par Casterman. Certains ont par la suite été réédités en couleur, sous couverture rigide.

    La ballade de la mer salée
    La jeunesse (de Corto Maltese)
    Sous le signe du Capricorne
    Corto toujours un peu plus loin
    Les celtiques
    Les éthiopiques
    Corto Maltese en Sibérie
    Fable de Venise
    La maison dorée de Samarkand
    Tango
    Les helvétiques

    A noter: les albums Suite caraïbéenne et Sous le drapeau des pirates reprennent les épisodes de Sous le signe du Capricorne. Publiés récemment, Lointaines îles du vent et La lagune des mystères rassemblent également des épisodes déjà publiés sous d'autres titres: Corto un peu plus loin et deux histoires extraites des Celtiques. Par ailleurs, l'intégrale des épisodes est en cours de publication dans une collection en petit format couleur, Pratt en poche. Neuf sont déjà disponibles. Pour ceux qui resteraient allergiques au dessin, Denoël a publié une version en roman de La ballade de la mer salée et une autre de Corto Maltese en Sibérie: Corto Maltese et Cour des mystères (disponibles en Folio).

    Autour de Corto
    - Corto Maltese, Mémoires: toute la saga de Corto, à partir de 1887. Sous forme d'album, une excellente introduction à l'œuvre, signée par le prattologue Michel Pierre. Galerie de portraits, itinéraires vagabonds, thématiques et «grands hommes» à l'influence reconnue: Hemingway, Gauguin, Conrad...
    - Les femmes de Corto Maltese: ce beau livre rend hommage au sexe faible, pour lequel Hugo Pratt avait un faible certain. L'occasion de retrouver l'ensemble de ses héroïnes, pleines de caractère, et de savourer l'érotisme discret du trait du «maître», qui influença toute une génération de dessinateurs, à commencer par Milo Manara.
    - De l'autre côté de Corto: une biographie complète d'Hugo Pratt, résultat de plusieurs années d'entretiens, richement illustrée de dessins inédits.
    - Les balades de Corto Maltese: des guides de voyage illustrés par Hugo Pratt, on ne peut rêver mieux! Les lieux sont cortésiens en diable et la plume reste alerte. Déjà disponibles: Venise et Armoriques (Bretagne), en attendant l'Ethiopie. (Tous chez Casterman.)

    L'autre versant d'Hugo Pratt
    Pratt, ce n'est pas seulement Corto Maltese et cet aspect moins connu du grand public ne doit surtout pas être sous-estimé... La série la plus célèbre, Les Scorpions du désert, réunit 3 volumes de la main de Pratt, les autres étant posthumes. Tout le génie du maître était déjà palpable dans ses œuvres de jeunesse, régulièrement rééditées: Ernie Pike (5 tomes), La macumba du gringo (Vertige Graphic), A l'ouest de l'Eden (Vertige Graphic), Ann de la jungle, Wheeling et Fort Wheeling (2 tomes), Jesuit Joe, Cato Zoulou, Dans un ciel lointain, Koinsky raconte... Dans ses derniers albums, Saint-Exupéry, le dernier vol et Morgan, Pratt est au sommet de son art.
    De plus, Hugo Pratt a écrit d'excellents scénarios pour deux albums dessinés par son ami Milo Manara: Un été indien et El Gaucho (Casterman).
    En dehors de la bande dessinée, notons enfin les beaux ouvrages littéraires illustrés par Hugo Pratt: Lettres d'Afrique d'Arthur Rimbaud, Sonnets érotiques de Giorgio Baffo et Poèmes de Rudyard Kipling (tous chez Vertige Graphic).

    Sur Hugo Pratt
    - En attendant Corto (Vertige Graphic): la vie et l'œuvre d'Hugo Pratt par lui-même, richement illustrée de dessins et de photos.
    - Le désir d'être inutile: entretiens avec Dominique Petitfaux (Robert Laffont). Un classique de la «prattologie», bourré d'anecdotes, de récits d'enfance et de voyages mais aussi de références littéraires.
    - Hugo Pratt, la traversée du labyrinthe de Jean-Claude Guilbert (Presses de la Renaissance): livre inclassable (comme son auteur, bourlingueur infatigable et écrivain prolixe), très personnel, à la fois récit de souvenirs d'un ami de longue date et essai érudit sur l'univers culturel d'un bibliophile aventurier, féru d'histoire.
    - Ethiopie. La trace du Scorpion de Jean-Claude Guilbert, Pierre Wazem et Marco D'Anna (Casterman): cet album cartonné de luxe est un récit de voyages en Abyssinie sur les traces d'Hugo Pratt, de Corto Maltese, de Rimbaud et des Scorpions du désert.
    - Corto Maltese. Littérature dessinée (Casterman): la preuve par l'image qu'Hugo Pratt travaillait comme un écrivain.

    À paraître:
    10 juillet: réédition de La ballade de la mer salée, en grand format, celui des planches originales.
    En septembre: septième aventure des Scorpions du désert. En octobre: deuxième tome des Périples imaginaires (encres et gouaches d'Hugo Pratt); cinquième tome d'Ernie Pike et Les recettes de Corto. (Tous chez Casterman.)

    Plus d'infos sur www.cortomaltese.com

    http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=51248/idR=200

  • Catégories : CE QUE J'AIME. DES PAYSAGES, Livre, Saint-Tropez

    Michel Polac, "La vie incertaine"

    medium_polac.gifMes années Gallimard

    par Jérôme Dupuis

     Avant d'entamer sa longue carrière sur les ondes, l'animateur de Droit de réponse avait publié La Vie incertaine, un premier roman très autobiographique. A l'occasion de sa réédition, il se souvient de ses «fifties» et de sa - brève - aventure avec Françoise Sagan.

    Il extirpe délicatement le volume de la bibliothèque du merveilleux appartement parisien où il vient de s'installer. A travers une treille de glycines en fleur, on aperçoit en contrebas le Jardin des Plantes. Sous les fenêtres, donc, les braiments incongrus d'un baudet du Poitou. L'ouvrage exhumé est une rareté: parue en 1956 sous la couverture blanche de Gallimard, cette Vie incertaine était signée par un jeune inconnu de 26 ans, Michel Polac. Sûr de son effet, le maître des lieux en extrait une feuille soigneusement pliée. «Grâce à ma cousine, Florence Malraux, j'ai pu obtenir les notes ultrasecrètes du comité de lecture de Gallimard à propos de mon roman.» L'une d'elles, signée d'un certain Albert Camus, prévenait: «L'auteur est à suivre de près: il est intelligent, direct et parfois émouvant.» Son autre parrain dans la maison s'appelle Jean Paulhan. «J'ai eu la grosse tête et j'étais persuadé d'avoir le Goncourt. Quel naïf j'étais! J'en ai vendu 700 exemplaires...»

    Un demi-siècle plus tard, alors que l'on réédite cette Vie incertaine, on retrouve Michel Polac, 77 ans, tel qu'en lui-même. Ne manquent que la pipe et la moustache - «Je l'ai coupée, on me confondait avec Bellemare...» Mais le foulard, les lunettes en demi-lune et, surtout, la voix doucereuse, la célèbre voix de Droit de réponse, sont toujours là. Cette réédition l'amuse. En effet, cette Vie incertaine est un peu plus qu'une curiosité: un petit roman fifties légèrement démodé, mais non dénué de charme. «Je l'ai écrit dans une cabane perdue, en Norvège, au-dessus d'un fjord enneigé, alors que je montais vers le cap Nord en 2 CV.»

    Comme tout premier roman, celui-ci est très largement autobiographique. Première clef: «Un jour où ma mère était absente, j'ai retrouvé une liasse de lettres d'amour signées d'un certain Bob. Elles coïncidaient avec la période où j'avais été conçu. Pourtant, mon père, un ancien Croix-de-Feu qui avait eu la bêtise de se déclarer comme juif et a disparu en fumée à Auschwitz, était une icône pour moi. Mais, en relisant les lettres de plus près, je me suis aperçu qu'elles étaient écrites par une... femme! C'était une entraîneuse de boîte lesbienne avec laquelle ma mère a eu une brève aventure.» Episode suffisamment troublant pour nourrir la quête des origines qui traverse La Vie incertaine.

    L'autre versant du roman épouse la vie vagabonde du jeune Polac, qui, à 18 ans, a pris la route, encore sous le choc de Travaux, un récit de Georges Navel, anar engagé aux côtés des républicains espagnols. Il exerce mille métiers: ouvrier dans une usine de serrures frigorifiques à Saint-Ouen, agent d'assurances au porte-à-porte, mousse sur un bateau de pêche à Cassis... Et puis, alors qu'il fait les vendanges à Béziers, un ami lui téléphone: «Rentre vite à Paris! Ton projet d'émission de radio a été accepté!»

    C'est le début - à 22 ans! - d'une deuxième vie, plus parisienne et littéraire. «J'ai commencé par monter En attendant Godot sur les ondes. A l'époque, Beckett était inconnu. Il m'a pris sous son aile et a toujours été extrêmement chaleureux avec moi.» Suit Le Masque et la plume, qu'il crée en 1955, et puis, donc, cette Vie incertaine. Mais son deuxième roman est sèchement refusé par une lettre type signée Gaston Gallimard. Un choc dont il ne se remettra jamais vraiment.

    Alors, ce grand séducteur se console dans les bras des femmes. Il y a prescription, on peut donc évoquer son aventure avec... Françoise Sagan! Le misanthrope bougon et le feu follet. «C'était en plein succès de Bonjour tristesse. On allait à Saint-Tropez. Je me souviens encore du déjeuner où Otto Preminger a signé le contrat pour l'adaptation du roman. Le problème, c'est qu'à l'heure où elle sortait en boîte j'allais me coucher et que, lorsqu'elle rentrait au petit matin, je partais me baigner. Cela ne pouvait pas durer...» Ainsi prit fin la - très - brève période jet-set de Michel Polac.

    Cet inlassable lecteur de Dostoïevski (son vieil exemplaire rafistolé des Frères Karamazov est toujours là, dans sa bibliothèque) lance alors des émissions de télévision - Bibliothèque de poche, Post-scriptum... - où il interviewe son idole, Witold Gombrowicz, à Vence, quelques mois avant sa mort, mais aussi Jean Renoir ou François Mitterrand. «le futur président parlait de Barrès, Chardonne, Cocteau, bref de ses goûts d'honnête notaire de province, mais de façon très guindée. Son secrétariat m'a appelé pour que nous fassions une seconde prise. Nous l'avons faite. Il était toujours aussi raide.»

    Polac aime se brouiller avec ceux qu'il a lancés
    Mais le critique littéraire Polac - aujourd'hui à Charlie Hebdo - n'aime rien tant que faire découvrir d'illustres inconnus aux Français. «J'ai défendu Cioran dès 1960. Il m'invitait chez lui à boire le thé, manger des petits gâteaux, et voulait tout savoir sur les coulisses de la télé. D'ailleurs, lorsque Droit de réponse a été déprogrammé, il a signé une pétition en ma faveur, ce qui m'a beaucoup touché.»

    Parmi les auteurs qu'il a largement contribué à lancer, citons John Fante, Luis Sepulveda, Marc-Edouard Nabe ou Michel Houellebecq. «Après mon compte rendu élogieux d'Extension du domaine de la lutte, nous nous sommes pas mal vus avec Houellebecq. Il est passé avec son épouse me saluer dans ma bergerie des Cévennes. Un soir, il m'a même entraîné dans une boîte échangiste de Cap-d'Agde. Je suis resté entièrement habillé et il me l'a reproché...»

    Car, par-dessus tout, fidèle à sa réputation, Polac aime se brouiller avec ceux qu'il a lancés: Nabe, Houellebecq et même Kundera, après un retentissant article, Kundera, go home!, où il conseillait au romancier d'origine tchèque d'écrire dans sa langue natale plutôt que directement en français! Il excelle - ou exaspère - encore aujourd'hui dans ce rôle de tonton flingueur, au côté de Laurent Ruquier, aux heures tardives du samedi soir sur France 2. Tapie et Doc Gynéco ont même quitté le plateau sous les assauts de cet atrabilaire. Il en sourit: «Oh, vous savez, moi, tant qu'on me laisse parler de littérature et réciter des poèmes coréens, même entre deux starlettes...»

    La Vie incertaine
    Michel Polac
    éd. Neige, Ginkgo

    258 pages
    15 €
    98,39 FF


    http://livres.lexpress.fr/portrait.asp/idC=12746/idR=5/idG=8

  • Catégories : CE QUE J'AIME. DES PAYSAGES, Des évènements, Saint-Tropez

    Les vieux gréements s'invitent dans les ports français

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    THIERRY VIGOUREUX.
     Publié le 09 mai 2007
    Actualisé le 09 mai 2007 : 08h01
     Saint-Tropez, Ajaccio et dans le golfe du Morbihan, les bateaux de caractère s'exhibent en mai. De spectaculaires joutes sont attendues sur l'eau, tandis qu'animations et spectacles assureront l'ambiance à terre.
    LA VOILE traditionnelle ne séduit plus seulement les bricoleurs passionnés. Elle attire désormais des foules de spectateurs, comme on le constatera à Saint-Tropez demain, puis dans le golfe du Morbihan et, à la fin du mois, à Ajaccio. L'engouement pour les vieux gréements est né à Douarnenez : dans les années 1970, quelques passionnés réunis en association s'intéressent au patrimoine maritime et collectent plus de 200 embarcations en danger de disparition. Chaque été, ils naviguent lors d'un rassemblement au Port-Musée, où l'on compte une centaine de milliers de visiteurs par an. Brest s'en mêle en 1992. Sa première fête maritime internationale, organisée depuis tous les quatre ans (prochaine édition du 11 au 17 juillet 2008) fait exploser les statistiques avec un million de visiteurs, 2 000 bateaux et des marins venus de 30 pays. Dans un registre un peu différent, réservé aux grands voiliers écoles, la descente de la Seine de Rouen au Havre, née en 1989 avec le bicentenaire de la Révolution, s'est positionnée d'entrée comme une manifestation publique millionnaire. Tous ces événements bénéficient de véritables stades nautiques pour accueillir les spectateurs autour d'une rade ou le long des berges d'un fleuve. Chaque automne, la Nioulargue, rebaptisée les Voiles de Saint-Tropez, connaît un beau succès depuis vingt-cinq ans, réunissant les belles unités de Méditerranée, bien au-delà du rendez-vous branché de ses 3 000 participants. Les Voiles latines, ces jours prochains, constituent la manifestation printanière du genre. En cinq ans, le rassemblement est devenu le symbole de la vitalité de la culture maritime méditerranéenne avec une participation internationale unique. Cantonnées à un bout de quai en 2001, les Voiles latines investissent aujourd'hui tout le port de Saint-Tropez.
    À Vannes, la Semaine du golfe connaît elle aussi un succès grandissant. Au point qu'un plan circulation a été élaboré autour du golfe du Morbihan pour faciliter l'accès des 150 000 spectateurs aux différents ports partenaires des régates. Les animations à terre - chantier naval, exposition sur l'architec­ture et les métiers - passionnent également le public qui s'intéresse souvent aux techniques de construction et de restauration de ces voiliers, ainsi qu'à leur histoire. Il suffit ainsi d'observer l'étrave fine d'un pointu méditerranéen et on comprend qu'elle a été profilée pour fendre les vagues courtes et rapprochées levées par le mistral, ce vent de terre qui provoque peu de houle le long de la bande côtière. La pinasse, qui rencontre des conditions proches sur le bassin d'Arcachon, présente la même silhouette.
    Au contraire, les bateaux de travail de l'océan Atlantique, plus larges, à la proue joufflue, sont conçus pour affronter les coups de vent venus du large, ceux qui lèvent la mer et la font déferler. Le gréement parle aussi, témoigne des métiers. Celui d'un thonier comporte deux longues antennes, des tangons auxquels sont accrochées les lignes de traîne. Le tape-cul, la petite voile à l'arrière, participe plus à la stabilité de route du bateau en pêche qu'à sa propulsion. Enfin, l'évolution architec­turale d'un type d'embarcation peut rappeler un épisode cruel. Les lignes d'eau très tendues de ces voiliers de pêche ont ainsi été modifiées après la tempête du 20 septembre 1930, au profit d'une coque plus trapue et mieux défendue. Ce jour-là, 26 thoniers avaient coulé dans le golfe de Gascogne, faisant 200 victimes...
    LES VOILES LATINES, À SAINT-TROPEZ
    Tartanes, felouques, pointus et autres barques catalanes auront le vent en poupe dans le golfe de Saint-Tropez du 10 au 13 mai, pour les 7es Régates des voiles latines. Cette grand-voile unique, triangulaire et sans bôme, ­raconte plus de deux mille ans du patrimoine maritime de la Méditerranée. Les bateaux de pêche côtière d'Italie, d'Égypte, de Tunisie, de Monaco, de Corse l'utilisent. Même les caravelles de Christophe Colomb la hissaient jusqu'aux Canaries, où elle était ensuite remplacée par les voiles carrées, plus efficaces au vent portant avec l'alizé.
    Cette année, l'organisation des Voiles latines innove avec deux parcours séparés en rade de Saint-Tropez, pour éviter que les bateaux trop lents ou trop maladroits ne gênent les régatiers. Pour raconter la mer à terre, les écrivains sont associés aux Voiles latines avec le Salon, parallèle, du livre méditerranéen et maritime. Parmi les auteurs présents : ­Isabelle Autissier, Jean Raspail, Hervé Hamon, ­Bernard ­Giraudeau, Patrick ­Poivre d'Arvor, Didier Decoin, Yann Queffélec...
    - Du 10 au 13 mai, www.snst.org et tél. : 04 91 16 53 17.
    LES RÉGATES IMPÉRIALES, À AJACCIO
    Quelques-unes des grandes unités présentes aux Voiles latines de Saint-Tropez vont ensuite rallier Ajaccio pour participer aux ­Régates impériales, du 21 au 27 mai. Les organisateurs ont même prévu d'attribuer un « ruban rouge » au bateau qui, compte tenu de son âge, établira le meilleur temps entre les deux ports. Cette année, une quarantaine de voiliers prestigieux participent à cette 5e édition des Régates impériales, qui marquent le début de la saison des courses de yachting de tradition en Méditerranée.
    Des voiliers uniques au monde, de 15 à 40 mètres de longueur, font le déplacement : Moonbeam III, Mariquita, Sunshine, Owl, Vistona, Lulu, Pesa, Marigold, Partridge, Veronique, Lelantina...
    Des pavillons français, anglais, espagnol, italien, allemand, ­hollandais et américain sont représentés. Certains gréements centenaires seront au départ de cette course internationale.
    - Du 21 au 27 mai, www.regates-imperiales.com
    LA SEMAINE DU GOLFE, DANS LE MORBIHAN
    Du 14 au 20 mai, près de 800 bateaux, dont 150 venus des rivières et des estuaires de Grande-Bretagne, des canaux hollandais ou des lacs suisses sillonneront la « petite mer », soit les 12 000 hectares ponctués de centaines d'îles du golfe du Morbihan. La 4e édition de la Semaine du golfe, manifestation qui rappelle les rassemblements brestois et rouennais mais dont l'accès est gratuit, réunit des voiliers de caractère répartis en flottilles homogènes. Chaque jour, les différents groupes de vieux gréements changent de mouillage et sillonnent le plan d'eau entre les 14 ports d'escale ou d'accueil du golfe. Yoles, chaloupes et gigs, voile-aviron, belle plaisance, bateaux des années 1960 (Corsaire, Muscadet, Golif, etc.), Belouga, voiliers de travail sont quelques-unes de ces catégories. Chacune dispose d'un port d'attache sur le golfe (Locmariaquer, Saint-Goustan, Port-Blanc, Vannes, Port Anna, etc.) où le retour est prévu chaque soir. Des animations, des expositions sur les anciens métiers de la mer, des récitals de chants de marins sont prévus dans tous les ports des 24 communes associées à la fête. Sans oublier bolées de cidre, crêpes et dégustations d'huîtres.
    Le bateau régional est le Sinagot, nom dérivé de celui de Séné, petit port où ont été construites les premières unités. Robuste, entre huit et onze mètres, il est gréé de deux voiles au tiers, aux couleurs rouges. Il ne reste plus aujourd'hui que sept bateaux, alors qu'une cinquantaine pêchaient dans le golfe et le coureau de Belle-Île jusqu'aux années 1950. À l'Ascension, les voiliers convergeront vers la baie de Quiberon et l'entrée de la mer intérieure à Port-Navalo.
    Du 14 au 20 mai, www.semainedugolfe.asso.fr et tél. : 02.97.62.20.07.