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Libération - Page 35

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, La littérature, Libération

    François, Claude, Jean, Luce et les autres

    Jean-Claude Lamy
    31/01/2008 | Mise à jour : 11:22 |

    De Claude Mauriac à Anne Wiazemsky, l'auteur du «Mystère Frontenac» a donné naissance à une dynastie d'écrivains, tous différents.

    Fils à papa ou digne rejeton de leur célèbre père ? Chez les Mauriac, il n'était pas facile d'imposer son style à l'ombre du Dieu tutélaire que représentait le Prix Nobel de littérature. Sous sa protection, la famille vivait comme une tribu dont les enfants et petits-enfants se chamaillaient tout en témoignant ouvertement leur affection à l'auteur du Noeud de vipères.

    Claude Mauriac (1914-1996), l'aîné, et son frère cadet Jean, né en 1924, qui se sont souvent opposés, faisaient front commun lorsque François Mauriac était en butte à des attaques. Ainsi avaient-ils été révoltés par l'article de Bernard Frank dans France Observateur du 25 mai 1961. À l'époque, l'écrivain venait d'abandonner L'Express pour Le Figaro Littéraire où réapparut son « Bloc-notes ». Frank n'y est pas allé par quatre chemins : «Ce qui m'intéresse chez Mauriac, c'est que ce romancier médiocre, ce polémiste qui connaît bien, trop bien, trop scolairement la polémique d'antan, ce poète débile, ce dramaturge insignifiant, réussit à merveille, dans la grande presse et dans le grand public, à se faire passer pour un écrivain »capital». Un phare. Une conscience. Jules Renard disait : »Pour devenir un génie, il faut être un boeuf. » Écrire, écrire, écrire. Mais non, c'est plus simple, il faut durer, louvoyer à travers les modes et les guerres, les armistices, les résistances et les libérations. L'astuce de Mauriac, c'est d'avoir, fort jeune encore, joué le vieillard ingambe (...)»

    En déboulonnant ce « monstre sacré », Bernard Frank voulait condamner un homme qui trahissait la gauche en se réfugiant au Figaro Littéraire. L'étriller, c'était une façon de fustiger son soutien à de Gaulle. L'année précédente, il avait reçu la grand-croix de la Légion d'honneur des mains du chef de l'État. En Conseil des ministres, le général déclara : «N'oublions pas que François Mauriac est le plus grand écrivain français vivant. » Devant l'air renfrogné d'André Malraux, il ajouta : «Les personnes présentes étant toujours exceptées.»

    Mauriac, qui publia un De Gaulle en 1964, se souvenait d'avoir déjeuné avec le général vingt ans plus tôt. Ce 1er septembre 1944, ce dernier était surtout soucieux de faire entrer André Gide à l'Académie française. « Qui l'eût cru ? De Gaulle m'interrogeait sur André Gide ! (...) Je me trouvais empêtré dans ce filet que tenait fortement le Parti communiste, j'aurais eu mon mot à dire sur sa tactique... Mais non : De Gaulle s'intéressait à André Gide !»

    Claude Mauriac, qui fut d'août 1944 à 1949 le secrétaire particulier du général de Gaulle, l'un des deux hommes qu'il a le plus aimés, l'autre étant François Mauriac, aura l'occasion, grâce à son père, d'entrer dans l'intimité de Gide et de lui consacrer un livre, Conversations avec André Gide, un volume rattaché au Temps immobile, son fameux Journal. « J'oubliais bientôt en lui parlant qu'il était célèbre ; j'oubliais son âge et ce qui dans sa vie heurtait l'expérience que j'avais moi-même de la vie ; il ne savait plus que j'étais un obscur jeune homme. S'il y avait une différence encore, entre nous deux, elle tenait à sa jeunesse, plus triomphante et plus vive que n'était ma jeunesse (...) »

    Jean Touzot, spécialiste des oeuvres de François Mauriac et de Jean Cocteau, dans sa présentation de Quand le temps était mobile, recueil de chroniques de Claude Mauriac, remarque : « Lorsqu'on a un père célèbre et religieusement admiré, comment ne succomberait-on pas à la tentation de suivre son exemple, et dans les deux principaux domaines où il s'illustre : la littérature et le journalisme ? » Mais avant d'oser signer de son nom patronymique, il utilisera des pseudonymes. En 1936, une boutade désobligeante de son père faisant goûter à un invité le vin de sa propriété de Malagar l'avait terrassé : « Ce vin doit son seul intérêt à son propriétaire. Comme Claude. »

    «La Bicyclette bleue», écrite à Malagar

     

    De quoi traumatiser ce jeune homme de vingt-deux ans qui ne cessera de se démarquer de son illustre géniteur tout en continuant de l'aimer. Après avoir été un militant de droite en 1934, il se fera traiter par Georges Pompidou de « passionné gauchiste ». Son amitié pour Maurice Clavel et Michel Foucault, ses combats de « soixante-huitard », sa soif de fraternité, son coeur rebelle, le distinguent au sein d'une famille qui compte également deux oiseaux rares. Sa nièce Anne Wiazemsky, devenue romancière après avoir été actrice, notamment l'héroïne du film La Chinoise (1967) de Jean-Luc Godard qu'elle avait épousé, et son frère Pierre, le futur dessinateur caricaturiste sous le nom de Wiaz et mari de Régine Deforges, l'auteur de La Bicyclette bleue.

    Je me souviens d'un Claude Mauriac très choqué d'apprendre qu'elle avait écrit en partie son best-seller sur le bureau de François Mauriac à Malagar... En 1985, à l'occasion du centenaire de la naissance de son père, nous avions réalisé, sur une idée de son fils Gérard et de sa belle-fille Laurence, un album paru chez Stock. Il réunissait des photos prises par Jeanne Mauriac, l'épouse de François. Les découvrir au fil d'une vie, c'est tenter de déchiffrer des images, parfois surprenantes, de l'écrivain. Feuilleter aujourd'hui les pages de ce « Mauriac intime » nous renvoie à des temps oubliés qui voudraient échapper à la mort. Détresse et tendresse d'un clan lourd de secrets et d'intrigues.

    Quand le temps était mobile Chroniques 1935-1991 de Claude Mauriac Édition établie par Jean Touzot Bartillat, 343p., 22€.

    http://www.lefigaro.fr/livres/2008/01/31/03005-20080131ARTFIG00420-francois-claude-jean-luce-et-les-autres.php

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Libération, Sport

    Eiffage choisi pour la construction et l'exploitation du grand stade lillois(Pour Elisabeth)

    AFP - Vendredi 1 février, 22h35

    LILLE (AFP) - Le groupe français Eiffage a été désigné vendredi par la communauté urbaine de Lille (LMCU) comme "attributaire pressenti" pour la construction et l'exploitation du grand stade de l'agglomération lilloise.

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    Le projet d'Eiffage a été préféré à ceux présentés par Norpac-Bouygues, classé deuxième, et par Vinci, classé troisième. La délibération a été adoptée à 82 %.

    Le projet, financé par un partenariat public-privé (PPP), devrait coûter au total une redevance annuelle de 14,2 millions d'euros pendant 31 ans à LMCU, après déductions des contributions du Losc (football), de parraineurs, du conseil régional et éventuellement de l'Etat, soit plus de 440 millions d'euros, auxquels il faudra ajouter le coût du financement des travaux d'aménagement et d'accessibilité.

    La convention d'occupation du stade par le Losc, qui prévoyait une redevance annuelle d'un million d'euros et 20 % des recettes, a par ailleurs été modifiée, et fixe désormais la redevance à 7,5 millions d'euros annuels, mais le club gagne en revanche le droit de commercialiser le nom du stade.

    Le stade de 50.186 places, qui sera construit sur le site de la Borne de l'espoir, sur les communes de Villeneuve d'Ascq et Lezennes, s'inscrira dans une coque aux angles arrondis s'élevant à 31 mètres de hauteur à laquelle seront notamment accolés deux hôtels, un centre sport et santé, des commerces et des restaurants.

    http://fr.news.yahoo.com/afp/20080201/tfr-sport-fra-collectivites-f56f567_1.html

  • Sagan: une biographie à vitesse grand V

    par Tristan Savin
    Lire, février 2008

    Journaliste à Libération, Marie-Dominique Lelièvre s'est fait une spécialité des portraits «pleine page», titre du recueil de ses meilleurs articles. On attendait avec impatience sa biographie de Sagan, annoncée comme un petit événement, trois ans après la disparition de l'auteur de Bonjour tristesse. Selon l'alléchante quatrième de couverture, notre consoeur a rencontré les intimes de l'écrivain, ses médecins, ses secrétaires, sa gouvernante, sa banquière. Elle a mené trois ans d'enquête. Ne manquent, parmi les témoins clés, que Juliette Gréco, Véronique Campion (amie d'enfance de Sagan) et Denis Westhoff, le fils unique de l'écrivain et son ayant droit, qui certifie l'avoir seulement croisée il y a une dizaine d'années.

    Marie-Dominique Lelièvre cite abondamment Florence Malraux (personnage capital), à qui elle dédicace Sagan à toute allure. Se mettant elle-même en scène dans son «voyage au pays de Sagan», riche en anecdotes, la portraitiste boit du thé au Meurice avec «une femme dont les illustres gènes sont stockés au Panthéon». Marie-Dominique Lelièvre pousse loin l'identification avec son sujet: elle couche dans le lit de Sagan et porte son cachemire Bompard pour mieux la raconter. Elle insiste sur ses addictions multiples, avec un luxe de détails - pas un centime ne manque.

    Elle est surtout crédible et passionnante quand elle tente de comprendre les blessures de son héroïne. Elle dresse un portrait sans complaisance. Comme si l'intention était de susciter un parfum de scandale... La biographe se fait humble, en revanche, lorsqu'il est question d'analyser les textes de l'écrivain avec finesse.


    Sagan à toute allure

    Marie-Dominique Lelièvre
    DENOEL
    354 pages.
    Prix : 20 € / 131,19 FF.

    http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=52059/idR=200

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des bibliothèques, Libération

    «Gallica 2 aura une vocation large»

    Livre. Bruno Racine, président de la BNF, explique les enjeux de la future bibliothèque numérique.
    Recueilli par Frédérique Roussel
    QUOTIDIEN : samedi 2 février 2008

    C’est un signal fort. Au Salon du livre de Paris, en mars, sera inauguré Gallica 2 (1), une bibliothèque numérique qui propose à la fois le fonds numérisé de la Bibliothèque nationale de France (BNF) et des livres sous droit d’éditeur à la vente. Trois ans après l’annonce de Google de numériser des millions d’ouvrages, un modèle inédit va s’expérimenter en France.

    Gallica 2 proposera des livres du domaine public et des ouvrages sous droits. Une première ?

    Cette démarche au niveau national, qui associe l’Etat via le Centre national du livre (CNL), le Syndicat national de l’édition (SNE) et la BNF, est assez unique. Je ne crois pas en une bibliothèque numérique qui ne serait que patrimoniale. Il me paraît indispensable qu’elle s’articule avec la production moderne et contemporaine pour conserver sa continuité. Reportez-vous à la polémique du déménagement à Tolbiac, quand il avait été question de couper les collections après 1945. Les chercheurs avaient protesté à juste titre : si vous voulez des références sur Balzac, Emile Faguet ne suffit pas. Il manque les critiques plus actuels, comme Gérard Genette.

    De ce point de vue, il y a eu une prise de conscience collective de l’édition qui n’existait pas il y a deux ans. Mais le monde numérique va de plus en plus vite. Les eBook, s’ils sont chers et encore imparfaits, devraient être plus performants dans cinq ans. Ils représenteront un mode de lecture alternatif idéal pour un gros lecteur, qui veut emporter quinze titres en voyage. L’édition doit évidemment anticiper.

    Les droits d’auteur n’étaient-ils pas le plus gros frein ?

    Surmonter la barrière des droits sans la démolir était essentiel pour la BNF. Etre présent sur Gallica 2 pour les éditeurs qui exploitent commercialement des fonds représente un facteur de visibilité et de chalandise supplémentaire. Gallica 2 aura une vocation large. Les images et les 90 000 titres numérisés depuis 1997 seront progressivement transférés sur ce site-là. Pour les titres apportés par les éditeurs, tous les modèles existants, de la vente à la location de livres numériques, seront proposés et sans privilège d’exclusivité. L’éditeur choisit avec quel diffuseur il souhaite s’associer. Quatre diffuseurs participent à l’expérimentation, Numilog, Cyberlibris, Tite Live et la Documentation française. Des éditeurs comme Editis et Gallimard ont annoncé qu’ils rejoindraient Gallica 2 au printemps. La vente proprement dite se fera via des librairies. Le prototype présenté au Salon du livre proposera 10 000 ouvrages dont 2 000 sous droits.

    N’est-ce pas, vingt ans plus tard, l’avènement de la bibliothèque virtuelle de Jacques Attali ?

    Une bibliothèque qui ne serait que virtuelle manquerait d’une dimension essentielle. Les moteurs ne sont pas inventifs, ils ne repèrent que de l’identifiable. Aujourd’hui, la manipulation des ouvrages physiques active des processus cérébraux d’une nature non reproductible par des moteurs. Papier et numérique sont complémentaires, du moins en ce qui concerne la recherche. Pour le grand public et les recherches plus simples, les bibliothèques doivent se poser des questions. J’ai lancé une réflexion sur le rôle du haut-de-jardin, où les ouvrages sont peu consultés. Il est nécessaire de s’interroger sur l’avenir de cette partie de la bibliothèque.

    Que vous a enseigné votre tournée de bibliothèques américaines ?

    Leur analyse, à la New York Public Library ou à l’université de Stanford par exemple, se révèle très pragmatique. Pour les livres susceptibles d’entrer dans un processus industriel de masse, la tâche est confiée à un partenaire privé comme Google, qui le fait à ses frais. En revanche, les bibliothèques allouent leurs propres fonds en priorité aux documents et aux ouvrages précieux et uniques qui les distinguent. Google va bientôt disposer d’une bibliothèque francophone plus importante que nous. Son rythme de numérisation vient de changer d’échelle. Quand je suis allé à New York en novembre, le rythme était comparable à celui auquel nous allons passer d’ici à deux mois, c’est-à-dire entre 300 et 350 livres par jour, pour numériser 300 000 ouvrages en trois ans. A Stanford, 100 000 ouvrages vont désormais être numérisés mensuellement. Je suis persuadé que le mouvement qui a amené des bibliothèques à conclure des accords avec Google ou avec Microsoft va se poursuivre en Europe. En France, nous attendons la décision de Lyon, ce qui serait une première.

    Cela vous chagrinerait ?

    Pas du tout. Selon moi, il n’y a pas de guerre de religion dans ce domaine. La BNF a la chance d’avoir des fonds publics, 8 millions d’euros pour la première année. En ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention de faire la leçon aux bibliothèques qui ont signé avec Google. La force du modèle américain est de savoir faire converger par moments l’intérêt privé avec l’intérêt public. Notre objectif doit être de faire converger ces programmes distincts. La British Library a un accord avec Microsoft, dont l’approche est plus ciblée que celle de Google. J’ai eu moi-même un échange récent avec eux. La BNF a aussi un accord avec France Télécom pour le développement de modes d’exploitation des données.

    Ou en est la Bibliothèque numérique européenne ?

    Au niveau européen, la fondation EDL va lancer Europeana en novembre 2008, avec un objectif de 2 millions de documents numériques. Le prototype Europeana, présenté au Salon du livre en 2007 par la BNF, appartient désormais à l’histoire. Europeana intégrera aussi bien les imprimés que les archives, les collections des musées et l’audiovisuel. Parallèlement se développe le projet Tel Plus, qui travaille notamment sur la recherche plein texte. La montée en puissance des outils d’exploitation des données doit être cohérente avec la constitution de la bibliothèque numérique européenne elle-même.

    Quid du financement de la numérisation ?

    Il n’y a pas encore de décision de la Commission de financer la numérisation proprement dite, mais on peut espérer que ce frein soit bientôt desserré. Le phénomène Google reste, pour cette raison, attractif. La Commission s’est dotée de groupes d’experts, dont l’un se consacre aux partenariats public-privé, qui va remettre son travail dans deux mois. Je l’attends avec beaucoup d’intérêt. En juillet dernier, nous avons proposé d’examiner les modalités d’extension de l’expérience française BNF-SNE au niveau européen. Et ce projet baptisé «Arrow» est soumis à l’examen de la Commission. Une doctrine sur le partenariat public-privé au niveau européen est indispensable. Il n’y aura pas d’autre solution, à mon sens.

    (1) Gallica2.bnf. fr

    http://www.liberation.fr//culture/307568.FR.php?utk=008b428a

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des expositions, Libération

    Rodin remis à plat

    Exposition. A Paris, 200 images mettent en lumière le travail du sculpteur.
    édouard Launet
    QUOTIDIEN : lundi 4 février 2008
    «Rodin et la photographie», Musée Rodin, 79, rue de Varenne, 75007. Jusqu’au 2 mars. Rens. : 01 44 18 61 10.

    Que gagne-t-on, que perd-on en photographiant des statues ? Quels chemins emprunte-t-on pour passer du volume à la surface, du 3D de la sculpture au 2D de l’image ? Voilà de jolis sujets de réflexion pour les visiteurs du musée Rodin, qui expose 200 images des œuvres du sculpteur (choisies parmi quelque 7 000 tirages rassemblés entre 1870 et 1917). Réalisés par différents photographes, à des fins documentaires ou artistiques, ces clichés ont des ambitions évidemment très différentes (photo : George Bernard Shaw posant nu pour le Penseur). Mais dans tous les cas, la sculpture propose et la photographie dispose, en faisant des choix (d’angle, de lumière, de netteté). Les options les plus radicales sont ici celles de Jean Limet et d’Edward Steichen. Avec un procédé singulier (tirage à la gomme bichromatée), Limet, ancien patineur de bronze, emmène les statues vers l’abstrait, avec des images telles des lithographies aux contours flous, aux lumières tranchées. L’Américain Steichen, en particulier avec sa série sur le buste de Balzac, fait surgir un monde étrange et inquiétant, proche des lavis d’encre de Victor Hugo.

    http://www.liberation.fr//culture/307811.FR.php?utk=008b428a

  • Monsieur: "J'ai signé la liste des 121»

    En décembre 2001, Françoise Sagan adressait, par fax, au rédacteur en chef de Libération, ce courrier conservé par son secrétaire Jean Grouet...

    38e9cf571d23a141bf32651276a39401.jpgMonsieur,

    Je m'étonne de ne pas voir mon nom, ni celui de Bernard Frank dans la liste des signataires des 121. Nous fûmes pourtant sur ce sujet, interrogés le même jour par la police française et je fus, pour ma part, plastiquée un peu plus tard. Ce que rapporta la presse d'alors.

    Ma réputation de futilité étant bien assise, je vous serais reconnaissante d'en citer à l'occasion les exceptions.

    Avec mes meilleurs sentiments

    Françoise Sagan

    http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=52056/idR=200

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, L'actualité, Libération

    Louis de Cazenave, l'un des deux derniers poilus, disparaît

    e16bed604e2b817afcae3d562c9dc677.jpgD. Ch.
    21/01/2008 | Mise à jour : 07:51

    Mobilisé en 1916, Louis de Cazenave servit dans l'infanterie coloniale avant de rejoindre, en janvier 1918, des unités d'artillerie. Crédits photo : AFP

    Décédé dimanche matin à l'âge de 110 ans, il avait participé aux batailles de la Somme et du Chemin des Dames.

    L'avant-dernier «poilu» s'est éteint dimanche au petit matin à son domicile de Brioude, en Haute-Loire. Louis de Cazenave, 110 ans, «est mort comme il le désirait, chez lui, dans son sommeil, sans souffrir», a témoigné son fils, également prénommé Louis.

    Le secrétaire d'État aux Anciens Combattants, Alain Marleix, a salué la mémoire du soldat : «Il a été de ceux, parmi les plus braves, qui ont tenu, dans les tranchées et les casemates de la Grande Guerre, la France “à mains nues” jusqu'à l'armistice du 11 novembre».

    Né le 16 octobre 1897 à Saint-Georges-d'Aurac, en Haute-Loire, Louis de Cazenave était le doyen des poilus survivants. Mobilisé en 1916, à l'âge de 18 ans, il ser­­­vit dans différents régiments d'in­fanterie coloniale  dont le 5e bataillon de tirailleurs sénégalais et rejoignit, à partir de janvier 1918, des unités d'artillerie. Il participera notamment à la bataille de la Somme, à l'offensive du Chemin des Dames et à la libération du territoire national, avant d'être dé­mobilisé en 1919. Devenu cheminot, marié et père de trois fils, il prit une retraite partielle à 41 ans.

    Lazare Ponticelli, le dernier

     

    Dimanche, le président Nicolas Sarkozy a adressé «à sa famille les condoléances attristées de la nation». En 1995, l'ancien combattant avait reçu la Légion d'honneur. Il sera enterré mardi. «Sa disparition est l'occasion pour chacun d'entre nous d'avoir une pensée particulière pour les 1,4 million de combattants français qui ont fait le sacrifice de leur vie durant ce conflit» , a ajouté le chef de l'État.

    Lazare Ponticelli, lui aussi âgé de 110 ans, est désormais le dernier survivant de la Première Guerre mondiale. Cet ancien chasseur alpin d'origine italienne, engagé à 16 ans, a déjà indiqué qu'il refusait les funérailles nationales promises en 2005 par Jacques Chirac, estimant que «ce serait un affront pour les gens qui sont morts avant moi».

    http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/01/21/01001-20080121ARTFIG00313-louis-de-cazenave-l-un-des-deux-derniers-poilus-disparait.php

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, La littérature, Libération

    François Nourissier quitte l'Académie Goncourt

    C.J (lefigaro.fr) avec AFP et AP
    08/01/2008 | Mise à jour : 17:03
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    François Nourissier (AFP/Demarthon)

    L'écrivain, 80 ans, est contraint de laisser son siège qu'il occupait depuis 30 ans « pour raisons de santé ».

    L'Académie Goncourt perd un de ses jurés. François Nourissier, citant des «raisons de santé » en a démissionné. C'est la fin d'une histoire de 30 ans. L'écrivain, âgé de 80 ans, avait été élu à l'Académie Goncourt en 1977 au couvert de Raymond Queneau avant d'en devenir secrétaire général en 1983 puis président de 1996 à 2002. Un poste auquel Edmonde Charles-Roux l'a remplacé.

    Auteur d'une vingtaine de romans, souvent autobiographiques, François Nourissier publie en 1951 son premier livre l'Eau Grise. La consécration vient en 1966 avec une Histoire française qui reçoit le Grand Prix du Roman de l'Académie Française. Quatre ans plus tard c'est le Femina qui couronne La Crève. Son dernier ouvrage, la Maison Mélancolie, est sorti en 2005. En 2003, dans le Prince des Berlingots, il avait évoqué son combat contre la maladie de Parkinson. Son successeur au jury Goncourt sera désigné dans les prochains mois.

    L'Académie Goncourt se réforme

     

    La démission du romancier coïncide avec le déjeuner de rentrée de l'Académie Goncourt. Les membres de l'Académie ont profité, mardi, de ce rendez-vous mensuel pour modifier son règlement intérieur. Dorénavant, seul le vote des membres du jury présents sera pris en considération lors du vote pour le prix Goncourt. Le scrutin ne pourra se porter que sur les ouvrages figurant sur la dernière sélection. Un débat sur la composition du jury avait surgi lors de l'attribution du dernier Goncourt à Gilles Leroy. Alabama Song avait émergé vainqueur à l'issue de quatorze tours de scrutin en novembre dernier.

    Edmonde Charles-Roux souhaite que le débat, les plaidoiries des académiciens soient au centre des délibérations. « Il n'y aura rien de confidentiel, ce seront des choses racontables après la proclamation du résultat, chacun pourra connaître la teneur du débat, qui a voté pour qui » souligne-t-elle. Une réforme des statuts de l'Académie Goncourt «prévoyant un passage automatique à l'honorariat à partir d'un certain âge» va aussi être engagée.

    http://www.lefigaro.fr/livres/2008/01/08/03005-20080108ARTFIG00536-francois-nourissier-quitte-l-academie-goncourt.php

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des expositions, Libération

    L’Europe, creuset de créations

    Arts. A Bruxelles, un parcours éclairant sur les échanges à travers les âges.
    Envoyé spécial à Bruxelles SEAN JAMES ROSE
    QUOTIDIEN : mardi 8 janvier 2008
    Le grand atelier : les chemins de l’art en Europe du Ve au XVIIIe siècle Palais des beaux-arts, rue Ravenstein, 23, Bruxelles. Jusqu’au 20 janvier. 10 €, réduit 8 €/5 €. Catalogue 340 pp., 35 €. Rens. : 00/32 (0) 70 22 52 26 ou www.europalia.eu

    L’Europe, trop souvent pensée comme simple zone de libre-échange, est cette fois à l’honneur sur le plan artistique. Pour les 50 ans du traité de Rome, la 21e édition du festival bisannuel Europalia célèbre un autre espace à travers l’exposition «Le grand atelier : les chemins de l’art en Europe du Ve au XVIIIsiècle», au Palais des beaux-arts de Bruxelles.

    Voici donc un voyage à travers les âges - de la fin de l’Antiquité à l’aube de l’invention du musée - et les 27 pays de l’Union, de Florence à Stockholm, de Dublin à Sofia… Un foisonnement de chefs-d’œuvre provenant de plus de 150 prêteurs et institutions culturelles européennes : le Buste d’homme accoudé en grès rouge de Nicolas de Leyde (1465-1467), tel un penseur pétrifié par un sortilège du temps ; la puissante Chasse au sanglier de Rubens (vers 1616) ou encore la délicate Vue sur Tivoli de François Boucher (1730).

    Ivoires. Il s’agit, pour le commissaire Roland Recht de l’université de Strasbourg et ses complices Catherine Périer-d’Ieteren et Pascal Griener, respectivement de l’Université libre de Bruxelles et de l’université de Neuchâtel, de tracer «un espace mental en même temps qu’artisanal où l’idée d’artiste devient marbre, ou pigment de couleurs, ou dessin gravé dans le cuivre». Les quatorze «chambres» de l’expo nous font certes évoluer des enluminures des Evangiles irlandais, dits Livre de Dimma, à des ivoires carolingiens et à un portrait de Van Dyck en passant par une Vierge à l’enfant de Van Eyck. Mais ils ne recouvrent pas les sections d’un manuel d’histoire bête et méchant.

    «Le grand atelier» fait dérouler la chronologie avec une cohérence plus souple - une approche thématique modelant de manière sensible le visage artistique du continent grâce à des «dossiers» tels «un art pour l’exportation : les émaux, les albâtres et les retables», ou «l’estampe au service des métiers». Pour Recht, «il n’y a pas un art roman mais des arts romans» ; de même, le gothique censément «international», ne reflète que la réalité artistique de certaines grandes villes de l’Europe médiévale. Alors, quid de l’identité culturelle européenne ? Existe-t-elle ? Pour éviter la nomenclature facile, il faudra se rappeler la devise communautaire, In varietate concordia, «unité dans la diversité». Traduire également : la civilisation gréco-romaine, la chrétienté, l’influence orientale par le biais de Byzance (via Venise) et des Arabes (via l’Espagne et la Sicile), l’humanisme, Gutenberg et le livre imprimé…

    Ne pas oublier non plus, dans l’édification de cette identité, les notions d’atelier (titre de l’expo) et d’artiste au sens d’artisan. Les peintres n’ont pas attendu les fondateurs de la CEE pour bouger, ni les marchands pour faire circuler les œuvres. Pour preuve, la superbe mise en abyme de la dernière salle, reconstruction du cabinet d’amateur, figure le vertige d’un marché de l’art mondial à venir.

    Ligne de fuite. C’est bien cette capillarité des idées artistiques que démontre l’exposition belge. Des Italiens on apprend «la perspective» ; des Flamands, la couleur fixée par l’huile. Mais tous les chemins de l’art européen ne mènent pas directement à Florence, où se produisit la révolution de l’espace pictural : la fameuse fenêtre d’Alberti (théorie de la ligne de fuite), par laquelle converge le regard et se raconte l’histoire d’un tableau désormais en 3D. Il existe une perspective plus atmosphérique que géométrique en Europe du Nord. Ainsi le maniérisme de l’après-Renaissance déborde-t-il les frontières de l’Italie, avec notamment Bartholomeus Spranger, le peintre de l’empereur Rodolphe à Prague. Les sensuelles courbes de son Hermaphrodite et Salmacis (vers 1585) ont de quoi faire rougir la Vierge au long cou du Parmesan.

    http://www.liberation.fr//culture/302300.FR.php?utk=008b428a

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    Le baiser de feu du Stromboli

    Au nord de la Sicile, l’île italienne vit au rythme du volcan, toujours en activité. Ascension sportive ponctuée de souvenirs du tournage de Rossellini et d’éruptions mythiques.
    KARL LASKE
    QUOTIDIEN : samedi 5 janvier 2008

    «Je veux les gens autour de moi, tonne Zaza. On est sur un volcan actif, et s’il faut tracer, il faut être prêts !» Mario Zaia, dit Zaza, tend son menton barbu et jette un œil d’autorité sur ses derniers marcheurs. Le guide a prévenu les plus essoufflés : ceux qui ne tiennent pas la route devront redescendre. C’est lui qui décide, à mi-chemin, aux alentours de 400 mètres d’altitude. Ainsi, grimpe-t-on assez vite, groupés derrière les basques de Zaza, sur un chemin de mule qui s’assèche. Soudain, il désigne une lointaine flèche rocheuse dans la mer. «Regardez le Strombolicchio : il a 240 000 ans.» C’est l’ancien volcan, frère aîné du Stromboli. Il n’en reste qu’une colonne de lave pétrifiée. On a posé un phare dessus. «Stromboli, lui, n’a que 100 000 ans, c’est un ragazzo !» Zaza commente quelques vieilles photos, montrant plusieurs vallons de vignes alignées, en noir et blanc : «Ici, la terre est fertile. En 1880, on cultivait la malvasia [un cépage méditerranéen provenant de Madère, ndlr].» Aujourd’hui, c’est une garrigue. Seuls les environs des villages restent verts et parfumés - figuiers, jasmins, et câpriers y sont encore abondants. «On est peu nombreux. Une fois les touristes partis, on est six cents. Cette île, c’est comme un bateau. L’hiver, il faut s’en occuper, repeindre, restaurer.»
    Et de fait, vue des autres éoliennes, l’île de 12 kilomètres carrés, avec son point culminant à 924 mètres, semble flotter les jours de beau temps. C’est un cône presque parfait qui s’enfonce 3 000 mètres sous la mer, à la charnière de la plaque africaine.

    Centre suréquipé. Interdite pendant cinq ans, la montée au volcan est désormais autorisée depuis le mois d’août dernier, malgré un dernier épisode éruptif en février et mars. A mi-chemin, Zaza invite à poursuivre, avec force clins d’œil amicaux. Désormais, les pieds commencent à s’enfoncer dans la cendre. On entend les premiers grondements. Depuis 2002-2003, des moyens de surveillance électronique ainsi qu’un centre opérationnel avancé suréquipé, animé par des scientifiques de diverses universités italiennes, permettent d’anticiper un peu plus les éruptions. «On a cinq minutes pour se mettre à l’abri, au lieu de vingt secondes auparavant», assure Zaza. Cinq petits abris en béton à toute épreuve ont aussi été arrimés au sommet de la montagne.

    Le sentier devient lunaire, gris. On zigzague dans la caillasse volcanique. Rouges, noirs, bicolores, ces cailloux font un bruit de porcelaine brisée. Périodiquement, une colonne de fumée s’élève dans le ciel. Le vent ramène des odeurs de soufre. «En 2002, une partie du flanc nord s’est effondrée, lance Zaza, mystérieux. Le vent a envoyé des pierres à Ginostra, de l’autre côté de l’île, la mer a fait un tsunami sur toute la Sicile.» Seize mille mètres cubes de pierres et de terre ont glissé dans la mer en quelques heures.

    La petite colonne parvient à la crête ultime après deux heures et demie d’un bon train. Ceux qui parmi les marcheurs ont vu le Stromboli, Terra di Dio de Roberto Rossellini se souviennent qu’à la fin du film Ingrid Bergman avait grimpé jusque-là, fuyant son mari pêcheur, sa valise à la main, pour finalement s’effondrer dans la cendre, en larmes. Il paraît que l’actrice a passé la nuit avec Rossellini au sommet du volcan en 1948. «C’est une île fantôme, ici. Personne n’y vit», lâchait-elle dans le film. Et les Stromboliens de lui expliquer le feu, la lave, les maisons détruites par les pierres, l’éruption historique de 1930…

    En file indienne, un casque sur la tête, la montée continue sur l’arête du cratère. C’est un cirque gris au fond duquel trois bouches incandescentes respirent, bouillonnent, explosent, alternativement. Dans la nuit noire, un feu d’artifice illumine régulièrement la faille la plus étroite, crachant des pierres rougies autour d’elle. Un randonneur français est mort dans les années 70 pour avoir tenté une descente dans ce cirque. Il espérait passer entre deux explosions. Mais il n’y a rien de plus aléatoire. Le volcan a sa propre loi. Au village, les plus anciens l’appellent Iddu, ce qui veut dire «Lui». «Il fait ce qu’il veut, confirme Zaza. Après l’explosion du 7 mars, il y avait moins de magma, pas de gaz, on ne l’entendait plus. Il a mis trois mois à se recharger.» Les marcheurs sont hypnotisés.

    Etreintes angoissées. Soudain, le cratère roi explose plus bruyamment et libère un immense champignon de fumée. On sursaute. Se recroqueville. Des couples s’étreignent. Sur la mer, mille mètres plus bas, des flashs photo clignotent sur les bateaux de plaisance. «On ne prépare pas les gens à voir l’explosion d’un volcan, confie le guide. Parfois, les gens pleurent ici.» C’est dans les entrailles de l’île voisine de Vulcano que la légende a situé les forges du dieu du Feu, Vulcain.

    Le talkie-walkie de Zaza crache des paroles inintelligibles. On ne peut rester qu’une demi-heure. Les passages des groupes de randonneurs sont plus ou moins chronométrés - en plein été, il peut y en avoir jusqu’à cinq. La descente se fait par un autre sentier noyé sous le sable noir.

    Trois heures de marche, encore. Mais cette fois en apnée. La cendre est volatile. Il faut allumer sa lampe de randonnée, porter un masque antipoussière et, pour ceux qui ont les yeux fragiles, ajouter des lunettes de plongée. Personne n’empruntait ce chemin avant que le film de Rossellini n’attire les premiers curieux. Jusqu’en 1950, le père de Rosangela Guadagna, seul médecin sur l’île, était l’un des rares à monter sur le volcan, pour rejoindre le village de Ginostra quand la mer ne le lui permettait pas.«Le vrai Strombolien n’a pas peur du volcan, explique Rosangela. On reconnaît en lui quelque chose de grand, de plus grand que nous.» Rosangela n’est jamais allée voir le cratère, mais elle l’écoute. «On s’inquiète quand on ne l’entend pas. Quand le mauvais temps s’approche, il nous avertit quelques jours avant. Tiens, le temps va changer ! C’est un baromètre.»

    Couverts de cendre, les randonneurs, un peu hagards, se dispersent maintenant dans la rue principale du village aux alentours de minuit. Restaurants et cafés ferment. L’unique rue relie le quartier de Scari, voisin du port, à l’église du centre-ville et à Piscita, le village abandonné où Rossellini avait tourné son film. Selon la légende, à Piscita, l’église rose et son protec teur, san Bartolo, avaient stoppé et détourné une coulée d e lave en 1930. Quelques-unes de ses maisons de pêcheurs ont été discrètement rachetées par la jet-set.

    Le 8 septembre 1930. En contrebas de l’église du village, point de ralliement des guides, l’un des plus vieux Stromboliens, Zio Stefano, dit aussi Stefanino, scrute l’horizon depuis sa terrasse. «Iddu n’est plus comme avant, dit-il. Il envoie beaucoup de cendres. On ne l’entend plus beaucoup, comme s’il dormait, comme s’il était un peu malade. Je le regarde. Je sens sa respiration, et j’attends.» Pêcheur, paysan, commerçant, Stefanino a fait tous les métiers. Agé de 8 ans en 1930, il se souvient de l’éruption mythique. «Personne n’avait vu quelque chose comme ça, raconte-t-il. Il était 11 heures, le 8 septembre. On ne sortait pas des maisons. Si tu sortais, tu mourais. Des pierres tombaient du ciel. Des feux s’allumaient partout. Ici, on ne s’échappe pas. Il faut attendre la fin de l’éruption. Beaucoup de familles sont parties. Sans revenir.» Stefanino est resté. Deux de ses huit enfants font partie des derniers pêcheurs de l’île.

    Un peu plus haut dans le village, Stefanino récite un poème en l’honneur d’Iddu. C’est l’histoire d’une montagne qui rend heureux. Elle a une jolie bouche, et cherche à se faire embrasser. Et l’on n’oublie jamais son baiser, car il est de feu.

    http://www.liberation.fr//culture/tentations/voyages/301860.FR.php?utk=008b428a

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    Mes journées chez Julien Gracq

    Léon Mazzella journaliste et écrivain.
    QUOTIDIEN : jeudi 3 janvier 2008

    Nous échangions des lettres depuis quinze ans. Je respectais sa vision des choses : un écrivain n’est que ce qu’il écrit.

    Je ressentis malgré tout le besoin de le voir. C’est à Saint-Florent-le-Vieil qu’il m’accueillit en janvier 1999, comme un «lecteur partisan» dans sa maison face à l’Evre - d’où les Eaux étroites découlent, et où je revins chaque année ou presque. Nous avons parlé des heures de littérature et de tout. Nous avons «sifflé» une bouteille de vin d’Anjou avant d’aller déjeuner.

    Au fil de nos rencontres et au rebond de ses phrases - il avait une tchatche ! -, j’appris ces petites choses qui ne sont pas dans les livres. En visitant mon monument préféré, j’avais l’impression de visiter Stendhal ou Proust. Le grand écrivain des confins et de l’attente, l’essayiste hiératique et rigoureux, impeccablement fidèle à ses maîtres, était là. Chétif et curieux. Une sensation étrange me saisit, qui me reprit à chaque fois. Je fus surpris d’entendre son opposition, à propos de l’idée de voir ses livres repris en poche : «Cela ne rapporte rien à l’auteur ! Je lisais des Simenon, jeune, dans le Paris-Angers, et une fois leur lecture terminée, je les abandonnais sur la banquette comme des journaux. Ce sont des jetables qui ne méritent pas qu’on s’y attarde.» Son aversion se doublait de la satisfaction de savoir que cinq mille Rivage des Syrtes «sortaient» chaque année. Je rétorquais, au moment de la parution de Belle du Seigneur en Folio, le succès de cette édition courante. Il m’avoua, un peu gêné, ne pas avoir encore lu le roman emblématique d’Albert Cohen. Je le lui adressai aussitôt revenu à Paris. Il le lut poliment.

    Lui qui me justifia sa vocation pour une existence en retrait du monde et même son célibat par son expérience du pensionnat, où subir des inconnus vingt-quatre heures sur vingt-quatre lui fit constamment fuir la vie en communauté, aura abordé par accident les rivages du sentiment amoureux dans son œuvre. Tandis que les lumières douces du fleuve entraient par réfraction dans la maison, j’évoquais le bijou intime qu’est son long poème d’amour Prose pour l’étrangère (un texte aussi fort que Lettera amorosa de René Char), lisible en Pléiade et qui n’avait jamais été publié (si l’on excepte une édition hors commerce, à soixante-trois exemplaires, de 1952) : «J’ai toujours été farouche à la publication de textes relevant du domaine privé, mais j’ai fini par accepter sa publication dans les œuvres complètes.»

    «Happy few man», austère patron des lettres qui ne me parla jamais d’amour mais plus volontiers de football et qui interpellait la grande rôdeuse : «J’ai l’impression d’être en surnuméraire. Mes amis ont tous disparu.» Ces dernières années, il ne lui arrivait plus rien, mais il continuait d’écrire des fragments.

    Sa solitude était troublée par les visites de «fans» comme moi, ou bien par celle du couvreur cet après-midi d’avril 2001 : «Excusez-moi, ça sonne, c’est mon couvreur qui vient pour le toit d’une autre maison que je possède à côté.» Juste de quoi animer sa «vie plate», «si plate qu’elle interdit de fait de tenir un journal». Julien Gracq n’a jamais tenu de journal intime. Qu’on se le dise.

    Le salon de réception respirait la paix rassemblée. La retraite dans tous ses états, mâtinée d’une envie de rigoler à l’occasion. Il y livrait ses réflexions ciselées sur la littérature. La vision romantique de l’écriture ? «J’écrirai ou je me tuerai, cela n’a jamais été pour moi.» Le sacre de l’écrivain ? «Pourquoi parle-t-on toujours de Rimbaud et si peu de Racine ? L’un et l’autre cessèrent d’écrire à l’apogée de leur talent.» Sa crainte de voir la langue anglaise étouffer les autres : «Nous finirons par parler français en petit comité, cela deviendra chic. Comme en Russie au temps de Pouchkine, quand les Russes parlaient français entre eux et ne s’adressaient en russe qu’à leurs domestiques.»

    Je lisais sa fierté de pouvoir encore réciter Baudelaire par cœur. Je le sentais content de m’épater avec des remarques bien senties sur l’actualité brûlante, histoire de glisser un «je suis encore dans le coup». Sa conversation bifurquait, il pratiquait la sortie de virage, évoquant «tout à trac» une corrida à Aranjuez où toréait Paco Camino, alors que le sujet tauromachie l’agressait.

    J’aimais sa gaieté de M. Hulot, au souvenir d’une traversée de la forêt des Landes jusqu’à Hossegor. Il ajoutait, comme on prend un chemin de traverse : «Je n’aime guère le bassin d’Arcachon et le Gois à Noirmoutier à cause de ces étendues de sable à marée basse d’où jaillissent des squelettes de bateaux qui m’évoquent un paysage d’après la débâcle.» Une expression tellement sienne !

    Et ce plaisir de le lire en l’écoutant. Son visage s’éclairait lorsque nous abordions les rives de l’amitié : Breton, «qui parlait comme il écrivait»; Jünger, «ah ! l’ambiance casque à pointe de son 85e anniversaire en Allemagne, où je m’étais rendu avec Christian Bourgois».

    En lançant une invitation à déjeuner autour d’une bonne table des environs, je découvrais un Gracq gourmand. A la Gabelle, sa cantine, il dévorait : entrée, plat, fromage, dessert. «Choisissez la bouteille de vin», me lançait-il. J’adorais ce «Non !» qui commençait la plupart de ses phrases et qu’un oui suivait de près. Il soulignait, comme l’usage de l’italique dans ses livres donne du relief, combien Gracq a été l’homme du renoncement.

    Avez-vous fui les êtres comme vous avez fui les honneurs ? risquai-je un jour. La blessure originelle du pensionnat fut-elle si déterminante ? Il répondit d’un silence entendu.

    L’âge avançait comme la nuit tombe. Lors de ma dernière visite, sur le seuil en partant, je le jugeais en pleine santé. Il fit une grimace et un lent mouvement de la main. Et puis il y eut sa dernière lettre, à la mi-octobre 2007, qui s’achevait terriblement par ce «Je ne suis hélas guère plus visitable».

    Depuis, j’achetais le journal avec appréhension. Julien Gracq a pris l’autre grand chemin deux mois plus tard. Et je le relirai, ce soir encore.

    Dernier roman paru :Flamenca aux éditions la Table ronde.

    http://www.liberation.fr//rebonds/301441.FR.php?utk=008b428a

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    547 romans pour le début 2008 !

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    Ce second moment fort de la vie littéraire -après le rendez-vous de septembre- se révèle désormais plein d'excellentes surprises, qui  s'exemptent de la course aux prix.


    Après le joli succès de "J'étais derrière toi", la nouvelle oeuvre de Nicolas Fargues, " Beau rôle" (chez POL), paraît ce jeudi 3 janvier. Malgré l'alléchante quatrième de couverture ("Jeune premier plus si jeune ayant connu succès public au cinéma cherche rôle aux côtés jeune actrice célèbre. Présente signe particulier mais demande à être jugé sur place. Metteurs en scène franco-français s'abstenir"), ce roman enjôleur ne tient pas toutes ses promesses.

    Le ton est séduisant, comme le héros, un métis de 35 ans qui s'interroge sur son identité (noir chez les blancs, blanc chez les noirs), son avenir (un premier rôle flatteur au cinéma lui assurera-t-il une carrière ?) et son existence (celle d'un trentenaire qui commence à mesurer le temps qui passe). Mais la construction fait défaut, ainsi que l'élan ravageur qui expliquèrent le succès de "J'étais derrière toi"). 

    Des fictions prometteuses aussi chez Stock, notamment le fulgurant dernier roman de Daniel Arsand, "Des amants". Une histoire d'amour, sous Louis XV, entre un noble (Balthazar de Cléon) et un fils de paysan (Sébastien Faure). Le roi fera payer très cher au plus titré des deux Laurence Tardieu © Francesca Mantovanison refus des hypocrisies et de la servilité versaillaises.

    Toujours chez Stock, le nouveau livre de Laurence Tardieu, "Rêve d'amour". L'auteur de "Puisque rien ne dure" s'attache à rendre une figure de mère trop tôt disparue pour sa fille.

    Chez Grasset, Patrick Rambaud laisse tomber Napoléon pour une "Chronique du règne de Nicolas 1er", Yann Moix revient sur "Mort et vie d'Edith Stein" (née en Allemagne en 1891, philosophe, juive convertie au catholicisme, elle fut déportée à Auschwitz et assassinée en août 1942.  Jean-Paul II la béatifia en 1987). Sorj Chalandon publie "Mon traître", autour de la question irlandaise qu'il couvrit si longtemps pour "Libération".

    Chez Actes Sud (maison qu'il a fondée et désormais confiée à sa fille), l'éditeur Hubert Nyssen signe "Les déchirements", enquête du héros sur son frère aîné disparu dans un accident de voiture.

    Enfin, Jean-Christophe Ruffin livrera en février chez Gallimard un récit autobiographique où il retrace son trajet, de la médecine au combat humanitaire et de l'humanitaire à la littérature.

    Du côté des étrangers
    Toujours selon Livres-Hebdo, 189 romans étrangers seront publiés début 2008, dont 101 Anglo-Saxons. Mais le plus imposant, "Le seigneur de Bombay", roman-fleuve de plus d'un millier de pages sur les bas-fonds de la mégalopole indienne (20 millions d'habitants), nous vient de l'Indien Vikram Chandra. Si la littérature indienne fut l'invitée du Salon du Livre l'an dernier, ce sera au tour de la littérature israélienne d'être à l'honneur à Paris, du 14 au 19 mars, avec quarante écrivains israéliens, dont Amos Oz, David Grossman et Aharon Appelfeld.

    Anne BRIGAUDEAU
    Publié le 02/01 à 14:14
    http://cultureetloisirs.france2.fr/livres/actu/37515214-fr.php
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    Gentlemen de fortune

    Entretien. Une nouvelle fois, la Britannique Mary Gentle reconstruit la grande histoire, en y mêlant les petites qu’elle imagine.
    Recueilli par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
    QUOTIDIEN : jeudi 27 décembre 2007

    Mary Gentle vit à Stevenage, non loin de Londres. Née en 1956 dans le Sussex, elle a écrit son premier livre à 15 ans. Les lecteurs français l’ont véritablement découverte en 2004 avec la traduction en quatre tomes du Livre de Cendres, une vaste fresque de violence et de sang mettant en scène Cendres, une femme de 19 ans. Avatar de Jeanne d’Arc et de… Cendrillon.

    L’histoire a oublié cette guerrière blonde au visage balafré, capitaine d’une troupe de mercenaires. La légende dit que, stratège hors pair, elle était guidée par la voix d’un saint. En 1476, Cendres se dresse sur la route des Carthaginois qui envahissent le sud de l’Europe pour détruire l’empire de Frédéric de Habsbourg. Mary Gentle raconte son épopée en mêlant de faux documents d’époque retrouvés par Peter Ratcliffe, un historien contemporain, et sa correspondance avec l’éditeur.

    Son roman suivant, l’Enigme du cadran solaire, part de l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac, puis se déplace en Grande-Bretagne où règne Jacques Stuart. Depuis, l’auteur a publié Ilario, une sorte de suite au Livre de Cendres, qui se situe deux générations avant. Elle vient tout juste de signer un contrat pour un prochain roman qu’elle veut situer autour de 1820 en Italie. Mary Gentle donne de rares interviews. «Que dire de plus que mes livres ?» dit-elle. Rencontre à Londres.

    Le premier chapitre de «l’Enigme du cadran solaire», qui raconte à la première personne la découverte des manuscrits de Rochefort, est-il autobiographique ?

    C’est moi qui prétends être moi… Une critique a même écrit quelque part que j’avais dit la vérité, et que le manuscrit était bien celui des Mémoires de Rochefort, traduit du français. J’ai trouvé ça vraiment mignon. Il faut plutôt y voir le résultat de la forte influence de Lovecraft et surtout de Rider Haggard, un auteur très populaire en Angleterre. Je l’ai lu pour la première fois à 9 ans. Je venais de dévorer le Seigneur des anneaux de Tolkien, et l’enfant avide de lectures que j’étais n’en avait pas eu assez. Ce fut une révélation. Rider Haggard avait pour habitude de remettre en question toutes les évidences pour bâtir une histoire. Le lecteur en arrive à se demander si ce n’était pas réel. Dans les premiers chapitres de She, il présente des documents archéologiques pour amener à croire à l’existence d’une femme vieille de deux mille ans. Lovecraft crée son Necronomicon de la même manière, avec l’appui de lettres, d’articles de journaux… Je suis littéralement tombée amoureuse de ce cadre de narration. Pour le Livre de Cendres, cela m’a paru assez naturel. J’ai imaginé croiser deux niveaux de temporalité : 2000, avec l’historien Peter Ratcliffe qui travaille sur des documents datant de la fin du Moyen Age, et 1476, l’Europe transformée en champ de batailles avec Cendres pour héroïne. L’Enigme du cadran solaire joue un peu sur le même tableau.

    Comment expliquez-vous cette passion pour l’histoire ?

    Elle vient peut-être de mon expérience personnelle : jusqu’à l’âge de 10 ans, j’ai passé beaucoup de temps avec mon grand-père, le père de ma mère adoptive. Il vivait à la campagne, sans électricité, sans eau courante, et il fallait aller ramasser du bois pour alimenter le poêle. Les arbres craquaient. J’adorais ça. Mon grand-père n’avait jamais peur de rien. Grand voyageur dans sa jeunesse, il aurait aimé être écrivain, mais je crois qu’il était meilleur conteur. Je me rappelle d’histoires incroyables au sujet de monstres volants. C’est lui qui m’a appris la valeur des histoires. Il m’enseignait des tas de choses qui énervaient ma mère, comme siffler ou grimper dans les arbres. Pour lui, une fille devait être capable de faire les mêmes choses qu’un homme. Il est mort quand j’avais 10 ans, mais il m’a énormément marquée.

    Des études inspirent-elles vos romans ?

    Adolescente, je ne pensais pas aller à l’université un jour. J’ai quitté l’école à 16 ans, quand ma mère a décidé que mon job de cet été-là deviendrait permanent. J’ai fait divers petits boulots tout en écrivant. Mon deuxième roman a été publié quand j’avais 18 ans. A 25 ans, je me suis dit qu’il me fallait obtenir des qualifications pour trouver un travail. J’ai découvert que j’aimais les études, et que les cours pouvaient me fournir quantité d’idées pour des fictions. Depuis, j’ai obtenu deux masters à l’université de Londres : le premier sur le XVIIe siècle, qui m’a beaucoup appris en histoire des sciences ; le second sur la guerre, que j’ai suivi au moment de la première guerre du Golfe. Voir le monde du point de vue militaire est fascinant. Mon intérêt pour la guerre n’était pas nouveau : je l’avais pratiquée sous l’angle ludique par le biais du jeu de rôle. J’ai également appris à me battre à l’épée quand j’ai voulu écrire l’Enigme du cadran solaire, vers 1989. Je m’intéresse aux épées depuis l’adolescence. J’avais Cendres en tête avant d’entamer ces études sur la guerre, mais j’avais besoin d’engranger. Je savais que ce serait un roman épique qui allait me demander de profondes connaissances historiques. Mais l’université n’a pas seulement été un moyen d’alimenter mes romans, j’adore le travail académique.

    Vous pratiquez une sorte d’histoire spéculative. Pourquoi ?

    Dans l’Enigme du cadran solaire, Valentin Raoul Rochefort, qui n’a bien sûr jamais existé (il est un conglomérat de mauvais garçons), remplit un creux de l’histoire. La mort du roi Henri IV à Paris en 1610 s’est déroulée dans une atmosphère de conspiration sujette à spéculations. J’en ai profité pour remplir les «vides». D’où Rochefort. L’idée est de parvenir à le faire si habilement que nul ne peut prouver que cela n’est pas arrivé. J’en profite aussi pour remettre de la lumière sur des événements occultés. C’est le cas dans le Livre de Cendres, où je réhabilite à ma manière un acteur d’importance, le duché de Bourgogne.

    Dans les sources historiques anglaises, la Bourgogne n’existe que comme si elle n’avait été qu’une province de France. Elle a disparu de la conception populaire de l’histoire européenne presque instantanément quand Charles de Bourgogne a été tué à la bataille de Nancy en 1477. Je n’en connais évidemment pas la raison. Mon roman propose une explication, qui n’est probablement pas la vraie, mais elle me plaît. Est-ce une forme de réflexion sur l’histoire ? Imaginer des pistes spéculatives vient sans doute de ma conviction que l’histoire est une construction. On en attend certes un plus grand degré de véracité que de la fiction, mais elle reste une construction. Quelles que soient les recherches que je mène aujourd’hui dans des archives, elles seront dépassées dans trente ans. Dans l’intervalle, de nouveaux manuscrits vont émerger, des documents anciens auront été réévalués… L’histoire ressemble à un puzzle, le passé laisse une poignée d’indices et de reliques derrière lui. Et le jeu que j’affectionne particulièrement est de caser une histoire secrète dans les interstices de l’histoire telle que nous la connaissons. Beaucoup d’événements et de personnages du Livre de Cendres et de l’Enigme du cadran solaire ont existé sur le papier. J’imagine des possibles en me débrouillant pour que le lecteur ne puisse pas voir les coutures.

    La violence ne vous fait pas peur…

    Cendres est aussi violente qu’elle aurait pu l’être en 1476. C’était une époque barbare. Certaines scènes me sont parfois insoutenables : j’écris d’une main quand l’autre s’occupe ailleurs. Je sais que ces passages doivent être là pour le vrai, donc il me faut les écrire. La plupart des sources dont nous disposons viennent du XIXe siècle, du romantisme, avec l’idée que les méchants sont punis et tués. La réalité n’est pas comme ça. La sensualité et l’érotisme non plus. J’ai fait cinq ou six titres érotiques lorsque j’écrivais Cendres, principalement pour des raisons financières. Ils étaient destinés à un éditeur de Londres qui publiait une collection de livres érotiques écrits par des femmes, «Ex-Libris». J’ai eu beaucoup de plaisir à les faire. Je suis pour que les femmes aient accès à la fantaisie sexuelle, comme les hommes par le passé. Par ailleurs, c’est un excellent exercice d’écrivain : l’écriture érotique doit faire ressentir par le biais de tous les sens et à l’instant même où elle se dévoile au lecteur. J’écrivais ces livres sous le pseudonyme de Roxanne Morgan. Roxanne était le nom de mon personnage dans un jeu de fantasy «grandeur nature» avec des décors médiévaux. On se retrouvait à deux mille personnes tout un week-end d’août, chacun prétendant être quelqu’un d’autre. J’ai pensé que Roxanne pouvait aussi écrire ses propres livres.

    http://www.liberation.fr/culture/livre/300444.FR.php

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    La folie Lovecraft

    Arts. En Suisse, le musée européen de la Science-Fiction célèbre les 70 ans de la mort de l’écrivain américain en conviant une centaine de dessinateurs à s’inspirer du «Livre de raison», son carnet de cauchemars.
    Envoyée spéciale à Yverdon-les-Bains (Suisse) Frédérique Roussel
    QUOTIDIEN : jeudi 27 décembre 2007
    L’expo qui rend fou, H. P. Lovecraft et le Livre de raison Maison d’Ailleurs à Yverdon-les-Bains (Suisse). Mer.-ven. 14h-18h, sam. et dim. 12h-18h. Jusqu’au 6 avril. Rens.: (00 41) 24 425 64 38 ou www.ailleurs.ch
          

    Au commencement, un petit carnet de notes. A l’intérieur, Howard Phillips Lovecraft griffonnait des idées, des rêves, des citations, «dont le but est de permettre l’envol de l’imagination et du souvenir». Rien de bien exceptionnel pour un écrivain, avide de détails quotidiens susceptibles de nourrir une narration. Ecrites de 1919 à 1934, les courtes phrases de l’auteur de Providence (Rhode Island) apparaissent comme l’essence de sa pensée. Lovecraft arrive à y évoquer, cliniquement, des horreurs indicibles, des monstres tapis dans l’obscurité, des cités sous-marines ou des rêves se confondant avec le réel.

    Sur le même sujet

    Vision. Lovecraft pensait que nous vivons dans l’illusion et que des choses se cachent à la périphérie de la vision. Exemples tirés du fameux carnet, intitulé le Livre de raison (The Commonplace Book) : «Une chose vivante, informe, constitue le cœur d’un vieux bâtiment» ou «Rôder la nuit autour d’un étrange château sans lumières, au milieu d’un décor surprenant». Ces notes lancinantes ont parfois servi à bâtir des fictions à faire se dresser les cheveux sur la tête (1).

    L’idée de mettre ce «pense-bête» au cœur d’une exposition est venue du dessinateur-humoriste suisse Mix & Remix. A 47 ans, il a découvert l’univers de Lovecraft après avoir lu la monographie de Michel Houellebecq. Il a alors entendu évoquer le petit Livre de raison. Pourquoi ne pas donner ces 222 suggestions brutes à des illustrateurs ? Mix & Remix lui-même a croqué une cinquantaine de dessins en un temps record. Tout ne l’a pas inspiré. «Vous avez ce petit détonateur qui fait que vous avez envie de dessiner une image ou pas», explique-t-il à l’émission Sonar de la radio suisse romande Espace 2. Certaines phrases ont parlé à tout le monde, d’autres sont restées dans les limbes.

    Tentacules. Une centaine d’illustrateurs, de dessinateurs de bande dessinée, d’albums pour enfants se sont prêtés au jeu. Au total, près de 500 œuvres inédites fêtent à leur manière le 70e anniversaire de la mort de H.P. Lovecraft (1890-1937). «C’est l’expo qui rend fou… les organisateurs», s’amuse Patrick Gyger, directeur de la Maison d’Ailleurs, musée de la Science-Fiction, de l’Utopie et des Voyages extraordinaires (lire page suivante). La production ne montre pas que des tentacules sur le point d’étrangler un pauvre humain, mais aussi des collages humoristiques, des visions burlesques ou poétiques. «L’expo qui rend fou» permet de revisiter la légende avec une multitude de points de vue. «Ce n’est pas une exposition sur Lovecraft, mais une exposition lovecraftienne», estime Patrick Gyger. Ainsi d’Albertine, illustratrice pour enfants, qu’a inspirée en bleu et rose la sinistre pensée qui dit : «Sensation de noyade. Sous la mer - villes, navires, âmes de morts. La noyade est une mort horrible.» Caza imagine «l’Intrigue du Dr Eden Spencer» avec une main de monstre sur le point de sonner à la porte dudit docteur. Tom Tirabosco voit dans «Un bruit hideux dans l’obscurité» un monstre qui boit à la paille le cerveau d’un chat, sous les yeux d’un sympathique canard, sa mascotte. Un homme de dos en marcel regarde par une fenêtre et se demande : «Où est passée ma bagnole ?» L’œuvre signée Antoine Guex accompagne en réalité la pensée lovecraftienne, «Quelqu’un regarde par la fenêtre et se rend compte que la ville et le monde au-dehors sont désormais sombres et morts».Nyarlatote

    Lignée. L’exposition propose également de courts textes fictifs rédigés par des écrivains, comme les Américains Terry Bisson, James Morrow ou Norman Spinrad, le Britannique Christopher Priest ou le Belge Jacques Finné.

    Loin d’être un panégyrique à un mort qui hante encore, l’exposition d’Yverdon a donné du matériau lovecraftien à remoudre. Après sa mort, il a été vite adapté aux Etats-Unis par des magazines d’horreur. Dans cette lignée, un hors-série de Métal Hurlant sera exclusivement consacré à HPL en 1978. Son univers se retrouve aussi chez Philippe Druillet, Tibor Csernus ou Jean-Michel Nicollet. Car l’envers de la réalité reste une source d’inspiration inépuisable.

    (envoyée spéciale à Yverdon)

    (1) Dans Night Ocean et autres nouvelles, traduit par Jean-Paul Mourlon, Belfond, 1986.

    http://www.liberation.fr//culture/300459.FR.php?utk=008b428a

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, La littérature, Libération

    Bourgois et son poisson pilote

    philippe garnier correspondant de Libération à Los Angeles.
    QUOTIDIEN : jeudi 27 décembre 2007
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    «Vous n’avez pas répondu à mes deux fax et votre silence me surprend un peu, mais j’ai toujours admis que nos relations pouvaient ne pas être faciles…» (Christian Bourgois à P.G., 19 juin 1995).

    On a déjà suffisamment, ici et ailleurs, écrit sur Christian Bourgois l’homme, Bourgois l’obstiné ou le mondain, pour que cela donne envie de savoir comment cela se passait dans la boutique. L’aperçu que j’en donnerai sera par le très petit bout de la lorgnette : à côté de Walter Benjamin, une bio de Nicholas Ray, tous ces livres de Vian, Burroughs ou Ginsberg, ceux qu’on a faits ensemble paraîtront de la petite bière. Je ne prétends pas non plus être un intime, ni même un ami, en tout cas pas très souple (voir ci-dessus), mais j’ai travaillé pour lui dans des circonstances et capacités diverses, et si sur plus de vingt ans nous avons eu des différends, le mode de fonctionnement, pour être intermittent, est néanmoins resté le même jusqu’à la fin : la simplicité même. Au-delà de ses goûts personnels, Bourgois savait faire confiance. Il était toujours partant, même si parfois l’enthousiasme initial se perdait dans le tourbillon d’une vie surmenée, de ses ennuis réels (les années Rushdie) et d’activités extralittéraires pas toujours perçues comme essentielles à son vrai métier. C’était important pour des gens comme nous, les directeurs de collection SDF qui n’insistent pas pour marquer de leur nom les auteurs comme du bétail, de pouvoir toujours compter sur une lecture attentive. «Je contacte l’éditeur demain» était toujours la réponse. «Merci de votre lettre du 2 avril [1990]. Tout d’abord, en chapeau, si je peux dire, laissez-moi vous dire que lorsque j’arrive le matin à 8 h 30, j’aimerais bien écrire à mes amis, Philippe Garnier à Los Angeles, René Vienet à Taipei, Francis Deron à Pékin, ou à X, Y, Z à Londres, New York, Milan ou Berlin qui me donnent des conseils amicaux et m’ont permis de faire Bourgois et 10/18.» Pour dire qu’il n’y avait pas que le plaisir dans la vie. Mais il finissait toujours par répondre.

    Nous avons commencé à travailler ensemble, informellement, à la fin de l’été 1984. J’avais publié un article dans Libération sur John Fante, signalant la réédition de ses livres oubliés chez Black Sparrow. Sur la foi de ce papier, Bourgois m’annonçait qu’il en avait acheté quatre ! Et désirais-je en traduire un, ou plusieurs ? Demande à la poussière me suffirait, merci. Ce coup-ci fut le bon, il n’y en eut jamais de meilleur, mais j’étais aussi interloqué qu’inquiet. A tort : trois ans plus tard, il y avait des piles de Fante dans les kiosques d’aéroports.

    La collaboration dura ainsi, j’étais poisson pilote non sollicité ni rémunéré, ravaudeur de traductions foireuses dans les années Presses de la Cité-10/18, tout comme après. Début 1991, je lui signalai un drôle de livre sur le pétrole, par un inconnu nommé Rick Bass. A peine avais-je eu le temps d’écrire sur lui dans un de mes livres que Bourgois récidivait, écrivant de son côté : «Je viens de recevoir un contrat pour les deux titres de Rick Bass que vous m’avez conseillés et j’attends que Seymour Lawrence (son agent) m’envoie des épreuves du troisième titre.» Quand, n’y croyant plus, je dus m’arrêter en cours de traduction d’un des deux livres, l’éditeur acceptait mon forfait embarrassé avec bienveillance, mais restait ferme : «Je vous remercie de m’avoir communiqué vos doutes sur la commercialité de ces livres (Brice est d’accord avec vous), mais je désire cependant continuer à publier Rick Bass.» Il continue encore.

    Cette fidélité aux auteurs faisait mieux passer d’autres de ses pratiques, plus cavalières. Bourgois a longtemps été fameux pour ses couvertures. Il a longtemps fonctionné sur l’illusion que si un tableau ou une photo était reproduits en détail et non entièrement, il n’avait pas à se soucier des droits de reproduction, même quand il pouvait les avoir pour des nèfles. Pour la couverture de Demande à la poussière, je lui avais signalé une photo de Dorothea Lange, un très gros plan sur des jambes de Mexicaine avec des bas troués et des huarachas qui me semblaient idéals pour évoquer cette période, ainsi que le personnage de Camilla dans le roman. Ayant pris la peine de relever le numéro qui lui permettrait d’obtenir de la Library of Congress, pour la somme de quinze dollars, port compris, un très beau tirage de cette photo de la Farm Security Administration, je commis l’erreur de lui envoyer pour référence une repro de la chose découpée dans un livre. Dans un délai qui m’a toujours paru n’être guère plus long qu’un retour de courrier, Christian m’envoyait un premier exemplaire du livre, avec ce mot : «J’ai un photograveur inestimable.» D’où le flou et la trame de la couverture, qui, ma foi, allait bien avec le livre. Mais ces pratiques finirent par le rattraper, et je crois savoir qu’il lui en coûta. Après une longue brouille plus sérieuse que d’habitude, nous nous étions retrouvés sur un coup nous rappelant à tous les deux la complicité des débuts. Par un hasard dément, nous nous étions chacun de notre côté passionnés pour un obscur livre de Tom Kromer sur la dépression américaine, Waiting for Nothing.

    Bourgois venait d’acheter les droits d’une récente réédition universitaire pour la seule raison qu’il avait lu le livre cinquante ans plus tôt. Répondant à ma lettre enthousiaste, il m’annonçait aussi qu’il avait déjà mis le livre en traduction. La chose traîna, et entre-temps un ami bouquiniste me trouva la traduction française parue à l’époque chez Flammarion, les Vagabonds de la faim, due à un extraordinaire personnage nommé Raoul de Roussy de Sales. Elle était incroyablement juste et fidèle, fleurant bon un ton qu’aucun traducteur aujourd’hui, fût-il excellent, ne saurait trouver. Celle commanditée par Christian était parfaitement bonne, mais il prit sur lui de «s’arranger» avec le traducteur, de reprendre la traduction Flammarion, et de m’en confier la présentation. A ma grande surprise, le livre marcha assez bien et obtint de nombreuses critiques. Je crois que ma dernière communication sur le sujet fut de rouspéter à propos de la couverture, que je jugeais peu appropriée. Mais c’était cela le secret de la collaboration : je connaissais mon métier, il connaissait le sien.

    http://www.liberation.fr//rebonds/300448.FR.php?utk=008b428a

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Libération, PLAN DE CE BLOG

    PLAN DU BLOG 3

    Pour l'instant, tous les liens ne fonctionnent pas mais vous pouvez faire copier-coller ou vous reporter aux catégories à droite de ce blog.

    1.Ce que j’écris

    1.1.Mes textes par genre

    1.1.1.Mes poèmes(204 notes)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_poemes/

    Petit récapitulatif des derniers poèmes parus sur le blog : http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/10/20/petit-recapitulatif-des-derniers-poemes-parus-sur-ce-blog.html#comments

    Mes acrostiches(14)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_acrostiches/

    1.1.2.Mes textes en prose(50)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_en_prose/

    cf. pETIT RECAPITULATIF des textes parus sur ce blog

    1.1.2.1.Mes travaux universitaires (15)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_travaux_universitaires/

    1.1.2.2. Mon roman de Cannelle (9 extraits)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mon_roman_de_cannelle_extraits_/

    1.2.Mes textes par période d’écriture

    1.2.1.Mes textes d’adolescence(41)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_d_adolescence/

    1.2.2.Mes textes d’adulte(122)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_d_adulte/

    1.2.3.Mes textes d’enfance(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_d_enfance/

    1.3.Mes textes par utilisation

    1.3.1.Ecrivain public(1)

    http://www.lauravanel-coytte.com/ecrivain_public/

    1.3.2. Mes textes commandés(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_commandes/

    1.3.3. Mes textes exposés(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_exposes/

    1.3.4. Mes textes primés(29)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_primes/

    1.3.5. Mes textes publiés(32)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_publies/

    1.3.6.Mes textes sur le web(19)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_sur_le_web/

    1.3.7.Mes textes en vente

    1.3.7.1.Mon mémoire de maîtrise (3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mon_memoire_de_maitrise_en_vente/

    1.3.7.2.Mon premier recueil de poèmes (35)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mon_premier_recueil_de_poemes_en_vente/

    1.3.7.3. Mon deuxième recueil de poèmes(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mon_deuxieme_recueil_de_poemes_en_vente/

    1.4.Mes textes par thème

    1.4.1. A mon mari(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/a_mon_mari/

    1.4.2. Mes paysages au miroir(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_paysages_au_miroir/

    1.4.3.Mes textes de circonstance(12)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_de_circonstance/

    1.4.4. Mes textes sur l’amour (6)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_sur_l_amour/

    1.4.5.Mes textes érotiques (9)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_erotiques/

    1.4.6.Mes textes pour enfants (3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_pour_enfants/

    1.4.7. Mes textes sur l’écriture(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_sur_l_ecriture/

    1.4.8. Mes textes sur la souffrance(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/mes_textes_sur_la_souffrance/

    2.Ce(ux) que j’aime

    2.1.Ce que j’aime(ce qui m’intéresse)

    2.1.1. Blog(24)

    http://www.lauravanel-coytte.com/blog/

    2.1.2. Des thèmes

    2.1.2.1.Carpe diem(12)

    http://www.lauravanel-coytte.com/carpe_diem/


    2.1.2.2. Et in arcadia ego (2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/et_in_arcadia_ego/

    2.1.2.3. La mélancolie(7)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_melancolie/

    2.1.2.4. La représentation des bohémiens dans l’art et la littérature(23)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_representation_des_bohemiens_art_et_litterature/

    2.1.2.5. Le paysage(22)

    http://www.lauravanel-coytte.com/le_paysage/

    2.1.2.6. Les couleurs(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/les_couleurs/

    2.1.3. Culture(25)

    http://www.lauravanel-coytte.com/culture/

    2.1.3.1. La philosophie(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_philosophie/

    2.1.3.2.Le patrimoine(14)

    http://www.lauravanel-coytte.com/le_patrimoine/



    2.1.3.3.La langue française(12)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_langue_francaise/

    2.1.3.4. L’ésotérisme(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_esoterisme/

    2.1.3.5.L’univers celte(6)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_univers_celte/

    2.1.4. Des événements(72)

    2.1.4.1.Des anniversaires(8)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_anniversaires/

    2.1.4.2.Des concours de poèmes(10)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_concours_de_poemes/

    2.1.4.3.Des événements(70)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_evenements/

    2.1.4.4.Des expositions(70)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_expositions/

    2.1.4.5.Des spectacles (6)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_spectacles/

    2.1.5. Des lieux(60)

    2.1.5.1.Des bibliothèques(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_bibliotheques/

    2.1.5.2.Des librairies(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_librairies/
    2.1.5.3. Des lieux(60)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_lieux/

    2.1.5.4. Des musées(29)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_musees/

    2.1.5.5. Le Maroc(88)

    http://www.lauravanel-coytte.com/le_maroc/


    2.1.5.6. Des villes

    2.1.5.6.1.Lille(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/lille/


    2.1.5.6.2. Lyon(8)

    http://www.lauravanel-coytte.com/lyon/

    2.1.5.6.3. Paris(8)

    http://www.lauravanel-coytte.com/paris/

    2.1.5.6.4. Saint-Etienne(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/saint-etienne/

    2.1.5.7.L’Ariège (6)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_ariege/

    2.1.6. L’art et les artistes (54)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_art_et_les_artistes/


    2.1.6.1.Des photographies(14)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_photographies/

    2.1.6.2.. La peinture (81)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_peinture/


    2.1.7.Lire

    2.1.7.1.Des poèmes (19)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_poemes/

    2.1.7.2.Des poèmes sur l’espoir(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_poemes_sur_l_espoir/

    2.1.7.3.La poésie(21)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_poesie/

    2.1.7.4.La littérature(129)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_litterature/

    Isa Dick : "Mon père, ce visionnaire"

    http://www.lefigaro.fr/litteraire/20071011.FIG000000190_isa_dick_mon_pere_ce_visionnaire.html

    2.1.7.5. La presse(8)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_presse/

    2.1.7.6.Les livres d’amis blogueurs(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/les_livres_d_amis_blogueurs/

    2.1.7.7. Les polars(41)

    http://www.lauravanel-coytte.com/les_polars/

    Carlene Thompson , "PAPA EST MORT, TOURTERELLE
    Graham Hurley , " LA NUIT DU NAUFRAGE "
    Leif Davidsen , "LE DANOIS SERBE"
    John Burdett ,"TYPHON SUR HONG KONG "
    http://www.gallimard.fr/Vient_de_paraitre/accueil.go?cgi=...

    Des Femmes bien informées de Carlo Fruttero
    http://madame.lefigaro.fr/culture/critiques/1-livres/586-des-femmes-bien-informees

    "L’Interprétation des meurtres" de Jed Rubenfeld
    http://www.evene.fr/livres/livre/jed-rubenfeld-l-interpretation-des-meurtres-30588.php

    2.1.7.8. Livre(57)

    http://www.lauravanel-coytte.com/livre/


    2.1.7.9.Ma liste de livres à lire(19)

    http://www.lauravanel-coytte.com/ma_liste_de_livres_a_lire/

    2.1.8.Le cinéma(24)

    http://www.lauravanel-coytte.com/le_cinema/

    Film(25)

    http://www.lauravanel-coytte.com/film/

    2.1.9. Jeux(22)

    http://www.lauravanel-coytte.com/jeux/

    Questionnaire transmis par Irène : http://www.mamirene.com/article-13148363-6.html#anchorComment

    http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/10/18/questionnaire-transmis-par-irene.html#comments

    http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/10/19/mon-texte-en-prose-inedit-sur-ce-blog-ecrire-la-suite-de-mad.html#comments

    Le poème exquis

    Le jeu des pareils

    2.1.10. La cuisine(6)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_cuisine/

    Programmer sa semaine du goût :

    http://madame.lefigaro.fr/cuisine/en-kiosque/806-programmer-sa-semaine-du-gout


    2.1.11. L’histoire(30)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_histoire/

    2.1.11.1.La période du romantisme(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_periode_du_romantisme/

    2.1.11.2.Le XIX e siècle(16)

    http://www.lauravanel-coytte.com/le_xix_e_siecle/

    2.1.11.3. Les Lumières(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/les_lumieres/

    2.1.12. La télévision(22)

    http://www.lauravanel-coytte.com/la_television/

    Les femmes aux heures noires de la Libération :

    http://www.lefigaro.fr/culture/20071016.FIG000000211_les_femmes_aux_heures_noires_de_la_liberation.html

    2.1.13.L’humour(23)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_humour/


    2.1.14. Musique(19)

    http://www.lauravanel-coytte.com/musique/

    2.1.15. Science(14)

    http://www.lauravanel-coytte.com/science/

    2.1.16. Shopping(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/shopping/

    2.1.17. Sport(11)

    http://www.lauravanel-coytte.com/sport/


    2.1.18. Voyage(24)
    http://www.lauravanel-coytte.com/voyage/

    2.1.19.Web(47)

    http://www.lauravanel-coytte.com/web/

    2.1.20. L’actualité (75)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_actualite/

    2.1.21.L’érotisme (34)

    http://www.lauravanel-coytte.com/l_erotisme/

    2.2.Ceux que j’aime

    2.2.1.Albrecht Dürer(7)

    http://www.lauravanel-coytte.com/albrecht_durer/

    2.2.2.Alphonse de Lamartine(12)

    http://www.lauravanel-coytte.com/alphonse_de_lamartine/

    2.2.3.Charles Baudelaire(28)

    http://www.lauravanel-coytte.com/charles_baudelaire/

    2.2.4.Charles Méryon(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/charles_meryon/

    2.2.5.Cyril Collard (3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/cyril_collard/

    2.2.6.Des poètes(9)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_poetes/


    2.2.7.Edvard Munch(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/edvard_munch/

    2.2.8.Etienne Daho(1)

    http://www.lauravanel-coytte.com/etienne_daho/

    2.2.9.Eugène Delacroix(5)

    http://www.lauravanel-coytte.com/eugene_delacroix/

    2.2.10.Fernando Pessoa (2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/fernando_pessoa/

    2.2.11.François Truffaut(7)

    http://www.lauravanel-coytte.com/francois_truffaut/

    2.2.12.Gérard de Nerval (19)

    http://www.lauravanel-coytte.com/gerard_de_nerval/

    Goethe et Nerval:
    http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/10/12/goethe-nerval-et-baudelaire.html#comments
    http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/10/16/nerval-et-goethe-2.html#comments
    Sources : http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Ann%C3%83%C2%A9es_d'apprentissage_de_Wilhelm_Meister
    http://poesie.webnet.fr/poemes/France/nerval/6.html



    2.1.13.Goethe(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/goethe/

    Goethe et Nerval:
    http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/10/12/goethe-nerval-et-baudelaire.html#comments
    http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/10/16/nerval-et-goethe-2.html#comments
    Sources : http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Ann%C3%83%C2%A9es_d'apprentissage_de_Wilhelm_Meister
    http://poesie.webnet.fr/poemes/France/nerval/6.html


    2.2.14.Guillaume Apollinaire(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/guillaume_apollinaire/

    2.2.15.Gustav Klimt (2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/gustav_klimt/

    2.2.16.Gustave Courbet(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/gustave_courbet/

    Une vie de scandales
    Le peintre qui multiplie les citations

    http://www.lefigaro.fr/culture/20071011.WWW000000342_une_vie_de_scandales.html


    2.2.17.Hervé Guibert(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/herve_guibert/

    2.2.18.Jules Barbey d'Aurevilly(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/jules_barbey_d_aurevilly/

    2.2.19.Kandinsky (2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/kandinsky/

    2.2.20..Marc Chagall(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/marc_chagall/


    2.2.21.Novalis(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/novalis/

    2.2.22.Paul Verlaine(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/paul_verlaine/

    2.2.23.Philipp Otto Runge(7)

    http://www.lauravanel-coytte.com/philipp_otto_runge/

    2.2.24.Pierre Loti (3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/pierre_loti/

    2.2.25. Rembrandt(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/rembrandt/

    2.2.26.René Char (5)

    http://www.lauravanel-coytte.com/rene_char/

    2.2.27.René-Guy Cadou(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/rene-guy_cadou/

    2.2.28.Rudyard Kipling(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/rudyard_kipling/

    2.2.29.Victor Hugo(7)

    http://www.lauravanel-coytte.com/victor_hugo/

    2.3.Celles que j’aime/Des femmes comme je les aime(48)

    http://www.lauravanel-coytte.com/des_femmes_comme_je_les_aime/

    2.3.1. Anaïs Nin(4)

    http://www.lauravanel-coytte.com/anais_nin/

    2.3.2. Bettina Brentano(3)

    http://www.lauravanel-coytte.com/bettina_brentano/



    2.3.3. Frida Kahlo (7)

    http://www.lauravanel-coytte.com/frida_khalo/

    2.3.4. George Sand(1)

    http://www.lauravanel-coytte.com/george_sand/

    sources : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre11585-chapitre52211.html

    http://perso.orange.fr/chabrieres/translations/poe_alone.html

    http://www.crlc.paris4.sorbonne.fr/pages/conferences/conf...

    http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2006/08/21/correspondances-les-fleurs-du-mal.html

    2.3.5. Jacqueline de Romilly (2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/jacqueline_de_romilly/

    2.3.6. Kiki de Montparnasse(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/kiki_de_montparnasse/

    2.3.7. Marceline Desbordes-Valmore(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/marceline_desbordes-valmore/

    2.3.8.Marilyn Monroe(2)

    http://www.lauravanel-coytte.com/marilyn_monroe/

    2.3.9. Virginia Woolf(7)

    http://www.lauravanel-coytte.com/virginia_woolf/

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Char René, Libération

    René Char, l’abandon d’un don

    Enchères. La bibliothèque Doucet n’a jamais récupéré le legs de la compagne du poète.
    VINCENT NOCE
    QUOTIDIEN : jeudi 20 décembre 2007
     

    Le succès de la dispersion d’une collection René Char par l’étude Renaud-Giquello à Drouot, le 5 décembre, cache une réalité moins reluisante. Jamais ces «aphorismes» et «dialogues», cette suite de manuscrits, livres rares, lettres, dessins, aquarelles ou gravures n’auraient dû être mis à l’encan : ils avaient été donnés par la compagne du poète, disparu en 1988, à la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet. «Cette vente est l’histoire d’un don dédaigné» : Anne Favre-Reinbold avait écrit un texte liminaire destiné au catalogue, finalement abandonné par pudeur. Elle a bien voulu nous en confier le récit.

    Fin 2000, elle a offert, sans contrepartie, la totalité des archives accumulées durant les vingt ans partagés à l’Isle-sur-la-Sorgue. Le don «est accepté avec reconnaissance» par cette bibliothèque prestigieuse qui dépend de l’université de Paris. Elle est reçue par un directeur, Yves Peyré, charmant et mondain. Mais il n’ira jamais la voir.

    Listes. Anne Reinbold attend une aide pour inventorier cette masse, d’autant qu’elle redoute un peu l’émotion de cette plongée. Rien ne vient. Elle finit par s’y mettre, dressant des listes, dont chaque feuillet sera signé par le directeur, sans voir aucun document. Elle empaquette tout. En novembre, onze mois après son offre, elle reçoit un courrier d’acceptation, dans lequel le recteur, René Blanchet, la remercie de son «précieux concours», lui assurant que, comme requis, sa collection «ne sera jamais divisée, ni séparée de la bibliothèque Doucet». «La bibliothèque est objectivement enrichie et Char ne peut qu’y gagner», s’enthousiasme Yves Peyré, quelques jours plus tard. Mais personne ne vient prendre livraison des cartons. Yves Peyré semble toujours débordé. «Tout a été réglé concernant votre donation, il ne s’agit que de prendre possession au mieux des documents», écrit-il en juillet 2002.

    Bobards. Sans nouvelles, cet été, elle rouvre les cartons, et remet les ouvrages en place. Elle en avertit la bibliothèque. En mars 2003, le directeur la prie de tout remettre en caisses. Ce qu’elle fait. Le 8 avril, il promet le transport pour septembre. Toujours rien. On lui raconte des bobards, allant jusqu’à lui parler d’un transporteur qui ne s’est jamais manifesté. Finalement, plus personne ne répondra à ses appels ou courriers. Lassée de tant d’«impéritie des institutions», elle se résigne à une vente, qui rapportera plus de 500 000 euros. «Il s’agissait d’un ensemble particulièrement cohérent», se désole-t-elle. On pouvait y retrouver le parcours du poète, de la notule jetée à l’aube, reformulée en carte postale, jusqu’aux épreuves corrigées. Une eau-forte de Giacometti accompagne une édition originale de Poème des deux années, avec cet envoi : «Pour Anne, des années que les dieux n’ont pas compté pour nous, R.»

    http://www.liberation.fr//culture/299197.FR.php?utk=008b428a

  • Paris en couleurs

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    Magnum Photos ©
    Photographie Robert Capa © 2001 by Cornell Capa

    Pour célébrer les cent ans de la commercialisation de l’autochrome, premier procédé industriel de photo couleur inventé par les frères Lumières, trois cent photographies inédites de la capitale sont exposées à l’Hôtel de ville de la capitale. Un voyage dans le temps en version couleur !


    Vivant et coloré : tel est le Paris ainsi dévoilé par l’exposition Paris Couleurs ! De 1907 à nos jours, ces témoignages en couleur de la capitale immortalisent sa transformation au cours du siècle tout en révélant à chaque période, les progrès de la photographie moderne.

    Les plaques autochromes sont mises à l’honneur dans la première partie de l’exposition (1907-1930), avec notamment une cinquantaine d’images extraites des Archives de la planète, voulues par le banquier et mécène Albert Kahn. L’occasion de voir également des films courts de 1929. Les débuts de la photo couleur sur support film sont eux exposés dans la seconde partie (1930-1960) : l’on découvre ainsi des tirages originaux de Gisèle Freud, des témoignages de l’Exposition internationale des arts et techniques de 1937 et des images étonnantes de la vie quotidienne des Parisiens pendant l’occupation et la libération.

    "La couleur libérée : un nouveau regard sur Paris"

    Bruno Barbey, Pierre et Gilles, Jean-Paul Goude, Sarah Moon, Martin Parr ou encore Philippe Ramette… Autant de photographes de renom qui ont porté leurs regards en couleur sur Paris, présentés dans la troisième partie de l’exposition (de la fin des années 60 à nos jours). Enfin, le magazine de mode Vogue et ses célèbres photographes tels Henry Clarke, William Klein ou encore Helmut Newton s’affichent dans une section consacrée au défilé de mode.




    "Au-delà de l’intérêt esthétique des images, les couleurs font soudain ressortir des détails incongrus, émouvants, étrangement réels. A première vue, tout nous est familier : les rues, les façades, les perspectives, les plaques de rues, les colonnes Morris, le 'gaz à tous les étages', les carrefours, les tables de bistrots même. Et pourtant tout a changé, la vie surtout : la rue, les commerces, les automobiles, les enseignes lumineuses, les publicités, le mobilier urbain, les vêtements, l’exubérance des manifestations publiques, des fêtes et des foules, les enfants dans la rue." Virginie Chardin, Commissaire de l’exposition


    Paris en couleurs, des frères Lumières à Martin Parr
    Salle Saint-Jean de l'hôtel de Ville
    du 4 décembre 2007 au 31 mars 2008
    Entrée libre et gratuite tous les jours sauf dimanches et fêtes
    de 10h à 19h.
    Catalogue disponible aux éditions du Seuil, 39€.

    Pour voir d'autres images, cf. ma source:http://www.maisonapart.com/edito/immobilier-paris-en-couleurs-985.php

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Le Maroc:vie et travail, Libération

    Le Maroc droit dans les yeux

    Panorama. La septième édition du festival de Marrakech, moins people et plus pointue, a permis de découvrir une production nationale en ébullition.
    Correspondance au Maroc NADIA HACHIMI ALAOUI
    QUOTIDIEN : mercredi 12 décembre 2007
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    Plus de cinéma, 110 films projetés durant toute une semaine, plus de salles de projection, sept au total, et moins de paillettes, le Festival international du film de Marrakech prend de la bouteille et de l’ampleur. A mi-parcours, la septième édition, ouverte vendredi dernier par Leonardo DiCaprio et Martin Scorsese, a déjà réussi à se démarquer des précédentes. «C’est la première fois où l’on sent que les gens de Marrakech se sont approprié le festival et qu’ils se sentent concernés», remarque Tayeb Houdaïfa, journaliste marocain et critique de cinéma. Comparé au glamour élitiste des premières années où le principal enjeu consistait à faire venir au Maroc un maximum de people, le festival a aussi gagné en profondeur.

    Symbolique. En témoigne la qualité de la sélection des films en compétition - 14 films d’auteurs venus d’Asie, d’Afrique ou d’Europe de l’Est - et la série d’hommages dont celui rendu lundi soir au réalisateur japonais arty Shinji Aoyama, applaudi par une salle comble. Au grand soulagement de Bruno Barde, directeur artistique du festival, qui confiait la veille sa crainte de projeter le dernier long métrage du cinéaste,Sad Vacation, devant une salle vide. «Depuis deux ans, la fréquentation du festival a augmenté, mais il est encore difficile d’attirer un grand nombre de spectateurs vers un cinéma plus pointu.»

    Dans les cinq principaux cinémas de la ville qui, pour un ticket à 1 euro, reprennent une grande partie des films projetés au Palais des congrès, réservé, lui, aux happy few accrédités, ce ne sont en effet pas les films d’auteurs qui drainent le public, mais la rétrospective des films égyptiens dont le festival fête cette année les cent ans.

    Décriés régulièrement pour le peu de visibilité accordée à la production nationale, les organisateurs du festival ont programmé cette année un «Panorama du cinéma marocain», soit 14 films, tous produits en 2007. Reflet symbolique d’un cinéma encore trop immature, et dont la principale audace tient aux thématiques abordées. Présenté samedi, Où vas-tu Moshé ? du réalisateur Hassan Benjelloun n’échappe pas à la règle. Le long métrage traite avec plein d’émotion, et tout autant de maladresses, de la délicate question du départ massif des Juifs marocains au lendemain de l’indépendance. Le film ouvre une page de l’histoire marocaine jusque-là oubliée des manuels scolaires et n’évite aucun tabou.

    Riche. Même chose pour les Jardins de Samira, de Latif Lahlou, seul film marocain à être présenté dans le cadre de la compétition, qui met en scène un mari impuissant et une épouse pleine de vie rongée par ses désirs inassouvis. Les dialogues crus, parfois même improbables, et une scène de masturbation, qui fera d’ailleurs refuser le rôle à sept actrices, n’ont pas empêché, dimanche, le public d’entrecouper la séance d’applaudissements.

    En 2007, avec 18 longs métrages et une trentaine de courts, la production cinématographique marocaine n’aura jamais été aussi riche. Du moins en quantité. Violence politique, sexe, corruption, les réalisateurs marocains portent à l’écran des sujets de société plus qu’ils ne font réellement du cinéma. Au grand dam des critiques, mais au bonheur du public. «Avec tous ces défauts, le cinéma marocain a tout de même permis cette année le retour du public dans les salles», constate, chiffre à l’appui, Noureddine Sail, président du Centre national cinématographique marocain et codirecteur du festival. Cette année, au box-office, les Anges de Satan, histoire inspirée d’un fait divers où de jeunes rockers se sont vus accusés de satanisme, détrône Harry Potter et Spider-Man 3.

    Agonie. Mais la performance masque aussi une autre réalité. Sur les étals des marchés ambulants, où s’alignent en masse pour moins de 1 euro les versions piratées des dernières sorties américaines avant même leur sortie française, les films marocains sont introuvables par peur des représailles d’auteurs présents pour se défendre. De quoi redonner le goût des salles obscures ou presque. Les leaders du box-office marocains font aujourd’hui 100 000 entrées quand en 1998 Femmes Femmes, du réalisateur Saad Chraïbi, attirait 600 000 spectateurs. On comptait 250 salles dans le pays il y a dix ans, elles ne seraient désormais plus qu’une soixantaine. Objet d’une grosse polémique entre les exploitants de salle de cinéma et le président du Centre national cinématographique accusé de ne rien faire, l’agonie des salles de cinéma marocaines est loin des préoccupations du festival. Aujourd’hui, Marrakech s’apprête à recevoir sur le tapis rouge du Palais des congrès les grandes stars du cinéma égyptien. Le festival se clôt samedi.

    Source: Libération.fr

  • Retour à Bar-sur-Aube

    Hommage. La disparition de la philosophe Suzanne Bachelard.

    JEAN-CLAUDE PARIENTE

    QUOTIDIEN : jeudi 6 décembre 2007

    Née le 18 octobre 1919, Suzanne Bachelard est morte, à 88 ans, le 3 novembre. Fille de Gaston Bachelard, elle a, depuis la mort de sa mère, quand elle avait 10 mois, été élevée par son père. Elle l’accompagnait aussi bien dans ses promenades autour de Bar-sur-Aube ou de Dijon, que, plus tard, dans les congrès auxquels il prenait part en France ou à l’étranger.

    Pudeur. A la suite d’études secondaires brillantes, elle suivit un double cursus de sciences et de philosophie ; elle acquit une licence de mathématiques, mais attendit l’année 1946 pour se présenter à l’agrégation de philosophie, car elle ne voulait pas prendre un poste qui aurait pu manquer à des personnes rentrant de captivité ou qui avaient été plus marquées qu’elle par les années d’Occupation. Elle ne parlait qu’avec une extrême pudeur des années sombres au cours desquelles elle avait eu la douleur de voir disparaître Jean Cavaillès.

    Elle entama sa carrière universitaire en remplissant les fonctions d’agrégée-répétitrice à l’Ecole normale supérieure de jeunes filles. Après avoir soutenu sa thèse de doctorat, en 1957, elle obtint un poste de professeur de philosophie à la faculté des lettres de Lille, puis fut élue à la Sorbonne, où elle termina sa carrière d’enseignante tout en assumant, à la suite de Georges Canguilhem, la direction de l’Institut d’histoire des sciences et des techniques, et en prenant en charge un grand nombre de thèses pour lesquelles elle fit plus que guider : elle accompagna les auteurs avec un dévouement et une probité qui lui gagnèrent souvent leur amitié.

    Suzanne Bachelard a consacré toutes ses recherches à la philosophie et à l’histoire des sciences, les plus dures des sciences : la physique et les mathématiques. Si elle s’est inscrite par là dans la postérité de Gaston Bachelard, elle a trouvé son style original en allant du côté de la phénoménologie husserlienne. Ses thèses expriment cette double filiation : d’un côté, en 1957, une traduction de Logique formelle et logique transcendantale, suivie d’une étude, la Logique de Husserl, qui a fait d’elle une spécialiste internationalement reconnue de cette pensée, de l’autre, la Conscience de rationalité, sous-titrée «Etude phénoménologique sur la physique mathématique» (1958), dans laquelle elle s’interroge sur les voies par lesquelles la raison réussit à capter l’expérience en analysant finement les niveaux et les paliers de cette entreprise.

    Si elle ne publia pas d’autre livre, elle fit connaître les résultats de ses travaux ultérieurs dans une série d’articles, dont chacun constitue une mise au point d’une parfaite précision sur le sujet abordé, que ce soit en mathématiques (par exemple la représentation géométrique des nombres imaginaires ou l’algèbre de Boole) ou en physique (voir ses études sur le principe de moindre action ou sur l’influence de Huygens aux XVIIIe et XIXe siècles).

    Lectrice. Indifférente aux modes intellectuelles, Suzanne Bachelard était avant tout soucieuse de justesse dans la pensée comme dans l’expression. La connaissance qu’elle avait de plusieurs langues, anciennes ou modernes, lui permettait de lire dans le texte les auteurs qu’elle étudiait et de rectifier, quand besoin en était, les traductions courantes, comme elle le fit parfois pour l’italien de Galilée ou le latin de Descartes. En même temps, elle se plaisait à lire dans l’original les grands textes de la littérature anglaise, allemande ou italienne. Car si, à la différence de son père, elle n’a publié aucune étude sur des œuvres littéraires, elle n’en était pas moins une grande lectrice. Un goût prononcé la portait également vers la musique, qu’elle avait longtemps pratiquée. Aussi longtemps qu’elle eut la force de se déplacer, elle assista à des concerts, à Paris.

    Elle laisse l’image d’une grande universitaire, à la conscience professionnelle irréprochable, d’une philosophe exigeante, peut-être trop exigeante pour avoir pu beaucoup produire, et ceux qui l’ont accompagnée à Paris ou à Bar-sur-Aube gardent le souvenir de la femme sensible et de l’amie délicate qu’elle était pour eux.



    http://www.liberation.fr/culture/livre/296062.FR.php

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Hugo Victor, Libération

    Les ombres d’encre de Victor Hugo

    Expo. A Paris, l’univers de l’écrivain fait l’objet d’une nouvelle confrontation graphique avec plusieurs grands noms contemporains.

    ÉDOUARD LAUNET

    QUOTIDIEN : jeudi 6 décembre 2007

    L’esprit de la lettre exposition à la Maison de Victor Hugo, 6 place des Vosges, 75004. Jusqu’au 3 février. www.musee-hugo.paris.fr

    Le spectre de Hugo revient nous tourmenter - tous les jours, sauf lundi et fériés - avec ses dessins glaçants, ses lavis d’encre, son ego colossal. Et c’est pour de bonnes raisons.

    Le 19 septembre 1854, à Jersey, la mort en personne s’invite à la table tournante autour de laquelle Victor Hugo et son clan ont pris place. La Faucheuse tient alors ce discours : «Tout grand esprit fait dans sa vie deux œuvres: son œuvre de vivant et son œuvre de fantôme.» Le vivant parle à son siècle la langue qu’il comprend, tandis que le spectre creuse plus profond : «Les mots s’effarent, le papier s’agite comme la voile d’un vaisseau dans la tempête, l’encrier devient abîme», explique la mort aux attablés.

    Fantôme. C’est beau comme du Victor Hugo, et c’en est probablement, puisque les tables ne répètent jamais que ce qu’on leur dit. Aujourd’hui, on est enclin à penser que le Hugo vivant s’est exprimé en poète, et que le fantôme nous taraude avec ses ombres d’encre.

    Cet épisode jersiais est évoqué (dans le catalogue, superbe, de l’exposition) par l’universitaire Laurent Jenny, qui l’assortit de ce commentaire : «Le poète spectralisé se mue en visionnaire passif et horrifié, comme happé par la noirceur d’une encre qui, tout à la fois, menace de l’engloutir dans sa nuit et lui sert à traduire en mots l’innommable.» Excellente introduction à ce nouveau déballage des mondes hugoliens, focalisé cette fois sur la présence fréquente de lettres (de l’alphabet) dans l’image. On sait que chez le Grand Homme, la frontière entre le texte et l’image était assez poreuse : manuscrits dessinés, dessins pleins de mots.

    L’exposition orchestrée par Danielle Molinari et Florian Rodari en profite pour confronter l’œuvre graphique hugolienne, passablement en avance sur son temps, avec les avant-gardes (Michaux, Braque, Picasso, Ernst, Schwitters, Rodtchenko, etc.) qui ont, eux aussi, mêlé traits et mots. Sans doute le motif de la rencontre est-il un peu anecdotique, mais qu’importe ?

    Ce n’est la première fois que l’amant de Juliette Drouet est convoqué sur le ring face à des poids lourds des arts moderne et contemporain. En 2002, l’exposition «Aubes - Rêveries au bord de Victor Hugo» l’avait confronté aux œuvres de Christian Boltanski, Marcel Duchamp, Gary Hill, René Magritte, Annette Messager, etc.

    «Ex-IL». Deux œuvres sont emblématiques de cette nouvelle confrontation. Exil (1854), vision abstraite où le reclus des îles de la Manche mélange les lettres du mot exil et ses initiales VH. Plume et lavis d’encres brune et noire sur vélin composent un singulier paysage d’orgueil et de douleur. Comprendre : «ex-IL», puisqu’une part d’Hugo est morte. En contrechamp, on peut placer Tè li lè (1914), une hectographie en couleurs de deux poètes futuristes russes, Kruchenykh et Rozanova, en pleine pratique du «zaum», cette «langue transrationnelle» qu’engendre l’écriture versicolore (dont la couleur est changeante).

    Laurent Jenny écrit aussi cette belle chose : «Chez Hugo, les encres du temps de l’exil présentent ceci de singulier qu’elles semblent toujours au bord d’une parole». Comme les tables tournantes, comme les bouches d’ombre. Et comme les fantômes, bien sûr.

    http://www.liberation.com/culture/296082.FR.php

  • Gainsbourg en vedette à la Villette

    Exposition. Le musée de la Musique consacrera une rétrospective au chanteur en 2008.

    Service Culture

    QUOTIDIEN : jeudi 6 décembre 2007

    Après Hendrix, Lennon et Pink Floyd, le musée de la Musique à la Villette consacrera une exposition au dandy musicien local Serge Gainsbourg.

    L’installation - du 20 octobre 2008 au 1er février 2009 - se propose de retracer en beauté la trajectoire édifiante du célèbre personnage bohème titi, aux résonances de plus en plus internationales. Du spleenétique alcoolo au mythe pop, en passant par le juif en butte à l’antisémitisme étoilé (qui lui inspirera son fleuron sulfureux Rock Around the Bunker), le rapin rentré (qui tringlait en série sur les toiles de Dali) ou l’écrivain à vent (Evguénie Sokolov), le chansonneur rock transformeur (d’Edith Piaf à Brigitte Bardot, de Dutronc à Bashung, de Hardy à Faithfull, de France Gall à Vanessa Paradis), le provocateur professionnel, le séducteur érotomane, le politique métaphysique, le mondain, sans oublier le poète, l’acteur de péplums, voire le cinéaste gabonais et plus si affinités…

    A coups de manuscrits, photos, témoins, dessins, l’expo entend balayer le sujet en 3 D («Images, Mots, Musique» - certes) et quatre périodes. «Période bleue : 1958-1965», «Idoles : 1965-1969», «Décadanse : 1969-1979» - l’essentiel - et «Ecce Homo : 1979-1991» - le déclin triomphal. On ignore à ce stade si figurera au tableau l’étrange soldat piétiné, mystérieuse poupée fétiche de papier mâché, emblématique des années «Verneuil»…

    http://www.liberation.fr/culture/musique/296081.FR.php

  • Monstrueux de laideur

    Livres. Le concept esthétique en textes et en images.
    VINCENT NOCE
    QUOTIDIEN : samedi 8 décembre 2007
    0 réaction
    «Le beau n’a qu’un type, le laid en a mille», écrivait Victor Hugo. Deux ouvrages lui donnent raison. Deux anthologies de textes, qui font scintiller mille facettes de la laideur, accompagnées de courts éclairages. L’Histoire de la laideur d’Umberto Eco est remarquable par certains écrits de la Renaissance et son iconographie. L’auteur s’échappe dans le peuple des monstres, offrant une fantastique galerie de peintures : la tête coupée de laMédusede Rubens en nid grouillant de serpents, monstrueux parmi les monstres, asticots qui entreprennent la chair sanglante… Pour ceux qui les ont fait naître, ces mythes étaient loin d’avoir l’imagerie anodine d’aujourd’hui ; les Sirènes d’Homère étaient d’infects rapaces, les Harpies de Virgile, des oiseaux aux pattes crochues, au teint «blême de faim». Imagination et périples nourrissent cet univers de cynocéphales, de Scythes qui se couvrent le corps de leurs oreilles. Toutes ces «races au visage monstrueux» nées en Orient. Les autres, donc.

    La métamorphose peut cependant gagner en complexité en se faisant aimable - cas des licornes… Saint Augustin va plus loin, réintégrant le laid dans la cité divine. Non seulement Dieu a son dessein dans toute création, mais Il sait «par quels contrastes s’agence la beauté de l’univers». Le laid prend donc son sens, fût-ce en faisant briller la beauté. Le Mal n’ayant pu être désiré par Dieu, il n’est que soustraction au projet divin : la laideur ne peut en être sa forme. Eco parle d’une «rédemption de la laideur». Diderot reprendra cette idée du laid comme élément organique du cosmos : l’artiste doit peindre genoux gonflés et jambes courtes, mais en faisant «ressentir cette liaison secrète» avec un univers qui, cette fois, prend le nom de nature.

    Souffrance.Entre-temps, la pensée augustinienne et l’évolution de l’Eglise auront fait basculer l’histoire de l’art : le Christ en majesté, flottant sur la Croix dans l’iconographie byzantine, a cédé la place à un corps martyrisé, jusqu’à devenir dans le gothique rhénan une plaie purulente, incarnation d’une atroce laideur. Donc homme. «C’est pour le bien de ta foi que le Christ s’est rendu difforme, mais il reste toujours beau» (Augustin, reprenant Platon). Sa difformité est «ce qui te donne forme».

    Parallèlement, épidémies, guerres et famines font reprendre leur liberté aux spectres. Cavaliers de l’Apocalypse et tourbillon du Jugement dernier, l’effroi rappelle le chrétien à ses devoirs. La science aussi ouvre un espace à la puissance imaginative des artistes, l’alchimie dans les scènes d’un Jérôme Bosch, le darwinisme, au XIXe siècle, qui entraîne l’éclosion des mouvements culminant dans le transformisme. Loups-garous, Dracula ou créature de Frankenstein sont les héros blêmes de cette littérature.

    Contredisant Kant, pour lequel la laideur anéantit la satisfaction esthétique, Hegel cherche l’étincelle de la création dans le choc affrontant beau et laid. Pour Hugo, «le sublime et le grotesque se croisent dans le drame» comme dans la vie. Cette notion du sublime fait exploser l’opposition du beau et du laid en les entremêlant, mais aussi en les occultant. Baudelaire brouille encore davantage les frontières en se posant parmi ces «esprits curieux et blasés», avides d’une «jouissance de la laideur, qui est la soif de l’inconnu et le goût de l’horrible», l’appel secret de «la vermine qui vous mangera de baisers».

    Sorcières. Le laid est aussi le souffrant, le malheureux de Dickens ou de Hugo, celui des expressionnistes, qui dit la laideur de la société. La laideur sert également de fondement à la haine de la femme, périodiquement réduite à l’état de force terrifiante, d’une dangerosité rendue infinie par sa faculté d’enfantement. C’est la preuve de la sorcière : si elle est difforme, c’est l’évidence de sa corruption ; si elle est belle, c’est qu’elle excelle à la dissimuler.

    Dans sa théorie de l’esthétique, Adorno développe la dialectique hégélienne en évoquant «le sombre éclat» du rayonnement des œuvres d’art, d’une beauté «gouvernée de part en part par la négativité qu’elle semble avoir maîtrisée». L’art, lance-t-il à la création contemporaine, ne peut cependant renoncer au beau ni ériger la laideur en loi formelle, au risque de se perdre dans l’impuissance.

    Dissonance. Eco embrasse beaucoup. L’assimilation de la laideur à la monstruosité prête à discussion. On ne le suit pas toujours sur le futurisme, le kitsch ou le risible de la caricature. L’ambition d’exhaustivité touche à ses limites par le foisonnement même dans lequel il entraîne son lecteur, avec tout son charme.

    Dans un opus plus modeste, Gwenaëlle Aubry explore le sentiment de la laideur, en écho à son dernier roman, Notre vie s’use en transfigurations. Elle cite Rilke, Kandinsky, ou Schönberg sur la dissonance… Elle fait ressortir avec davantage de nuances la positivité montrée envers la laideur dès l’Antiquité. Plotin a ainsi de belles lignes sur la grâce de l’homme contrefait, plus beau que la plus belle des statues parce que vivant. L’historien d’art Panofsky a montré l’influence de cette poésie sur le maniérisme, pour lequel la véritable beauté réside dans le feu de la vie.

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