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Libération - Page 36

  • Le TGV prend son billet pour le (presque) haut débit

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    REUTERS
    Transport. La SNCF teste ce week-end l’accès wi-fi au Web, avant lancement en 2008.
    CATHERINE MAUSSION
    QUOTIDIEN : samedi 8 décembre 2007

    La SNCF en est convaincue : ses clients TGV sont prêts à payer pour avoir Internet à bord. Surfer depuis sa place sur son portable équipé wi-fi, lire ses mails, faire son shopping ou louer un film et le regarder durant le trajet… Pour Mireille Faugère, la directrice des grandes lignes, «dans le train, ce doit être comme à la maison». Reste une inconnue : combien de passagers sont prêts à payer pour ça ? En pleine querelle sur le pouvoir d’achat, le transporteur a décidé de ne pas relever ses tarifs pour inclure dans le prix du billet TGV la navigation sur le Net.


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    Pas question pour autant d’offrir Internet à perte. D’où le test qui démarre ce week-end. Depuis la gare de l’Est, trois rames vont circuler chaque jour sur la liaison Paris-Strasbourg, puis vers l’ensemble du réseau est, vers Zurich, Munich et Francfort. A bord, un équipement technique complexe, de l’antenne-satellite ultraplate posée sur le toit, aux relais wi-fi disposés dans la rame, le tout fonctionnant à 320 km/h. La SNCF dit avoir mobilisé 20 millions d’euros dans le programme de recherche. «On sera la première compagnie à offrir un service Internet sans couture [c’est-à-dire sans rupture dans les gares ou les tunnels] et à très grande vitesse.»

    Selon un sondage, un passager sur quatre utilisant en continu son PC à bord du train se dit prêt à payer. La liaison avec le réseau est assurée par satellite. Eutelsat, son partenaire, a prévu un débit de 1,5 mégabit/seconde à partager entre les utilisateurs, ce qui n’est pas très généreux. La SNCF s’est livrée à un premier calcul : une cinquantaine de voyageurs sur les 350 que compte une rame pourraient vouloir se connecter en même temps. Pour ne pas saturer la liaison, le réseau les dirige vers un portail, hébergé à bord du train. Un portail confié à Orange. Au menu : services basiques (météo, actualité…) et location de films. Le tarif serait de 3 euros pour l’accès au portail et de 5 à 6 euros le film.

    Mais la location du film est un souci. Comme la diffusion se fait dans la rame en wi-fi, note Tifen Brunet, responsable du projet, «on ne peut pas sécuriser la diffusion». L’internaute pourrait donc faire une copie. D’où des discussions délicates avec les ayants droit. La SNCF se donne trois mois pour évaluer la validité économique de son projet. En cas de feu vert, l’accès Internet par wi-fi aux 52 rames du TGV-Est pourrait être assuré pour début 2009. Une extension aux 400 rames TGV pourrait suivre. Investissement : 80 millions d’euros sur quatre ans. «Si on a 50 connexions par rame à 3 euros, ça passe», assure la SNCF.

    http://www.liberation.fr//actualite/economie_terre/296645.FR.php?utk=008b428a

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Libération, Mes poèmes

    J'aurais voulu

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    J’aurais voulu écrire la vie de mes aïeux
    Pour qu’il reste une infime trace d’eux
    Dans un siècle que je n’ai pas connu
    Pour en faire peut-être d’illustres inconnus

    J’aurais voulu écrire comme un hommage
    Les souvenirs de mes deux grands-mères
    Un hommage aux mille heureux moments
    Passés sans ennui à les écouter religieusement

    J’aurais voulu écrire leurs batailles et guerres
    Leurs défaites, reculs, avancées et victoires
    Les horribles tranchées et l’occupation
    Leurs armistices signés et leurs libérations

    J’aurais voulu écrire les moments historiques
    Qui ont bouleversé leurs mondes et leurs époques
    Leurs permanences et toutes leurs nouveautés
    Leurs vies quotidiennes et leurs intimités

    J’aurais voulu écrire le passé
    Mais le présent m’a happé
    Et aujourd’hui je n’ai plus d’avenir
    A écrire, ni à vivre.

    Le 29/11/2007

    Image:Ferdinand Victor Eugène Delacroix: "Torquato Tasso dans l'asile de fous", 1839.

    "Sur le Tasse en prison, d'Eugène Delacroix"

    Le poëte au cachot, débraillé, maladif,
    Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
    Mesure d'un regard que la terreur enflamme
    L'escalier de vertige où s'abîme son âme.

    5 Les rires enivrants dont s'emplit la prison
    Vers l'étrange et l'absurde invitent sa raison;
    Le Doute l'environne, et la Peur ridicule,
    Hideuse et multiforme, autour de lui circule.

    Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
    10 Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l'essaim
    Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,

    Ce rêveur que l'horreur de son logis réveille,
    Voilà bien ton emblême, Ame aux songes obscurs,
    Que le Réel étouffe entre ses quatre murs!

    1842, Baudelaire, "Les fleurs du mal"


    Source:http://www.kalliope.org/digt.pl?longdid=baudelaire2002021215

    Ecriture ludique 25 : la page blanche (Ter) (participation en forme de) Proposition de thème :


    " Le poète au cachot, débraillé, maladif,
    Roulant un manuscrit sous son pied convulsif
    Mesure d'un regard que la terreur enflamme
    L'escalier de vertige où s'abîme son âme."


    Nous allons poser comme postulat que le manuscrit en question est une page blanche. Vous êtes un/une visiteur/visiteuse de prison et le prisonnier se met soudain à vous raconter ce qu'il n'a pu écrire.

    http://tibazar.over-blog.com/article-14149343.html

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, La littérature, Libération

    Moravia revient

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    Roman. Publication en Italie et en France d’un inédit d’Alberto Moravia, «les Deux Amis». Amour, politique et lutte de classes, dans un texte écrit entre «le Conformiste» et «le Mépris».

    REMO BODEI
    QUOTIDIEN : jeudi 8 novembre 2007

    La publication de textes que leurs auteurs ont laissés délibérément inédits est souvent une déception. Ce n’est pas le cas des Deux Amis d’Alberto Moravia, qui contient des pages splendides, éparses dans les trois variantes d’un roman écrit vers 1952, entre le Conformiste (1951) et le Mépris (1954). On dirait que, pour une fois, vaut le critère herméneutique selon lequel un auteur est le dernier à se comprendre. Si le Conformiste raconte l’histoire d’un homme qui adhère au fascisme pour fuir son propre vide intérieur et achève sa parabole par la trahison et l’homicide politique, les Deux Amis prend en examen le communisme, en sa version la plus diffusée dans le second après-guerre italien.

    La trame : un journaliste cultivé mais pauvre, Sergio, se propose d’amener au Parti communiste son seul ami, Maurizio, un «bourgeois» riche et cynique qui le fascine et avec lequel il engage un duel serré, cachant un inavouable désir de revanche sociale. Sergio veut démontrer sa supériorité au représentant d’une classe qu’il considère comme étant condamnée par l’histoire à l’extinction violente. Fidèle à la trouble conviction qu’il s’est construite, selon laquelle la vie privée doit être subordonnée à la mission suprême de gagner de nouveaux adeptes à la cause, il signe le pacte méphistophélique proposé par Maurizio, dont l’enjeu n’est pas la vente de son âme, mais celle de sa femme. Sergio sacrifie alors son amour pour Lalla, en offrant celle-ci à son ami-adversaire en échange de son inscription au parti – métaphore moderne de la signature par le sang d’un contrat diabolique.

    D’en bas. Sur le point de consommer l’acte sexuel, Maurizio refuse. Il n’a jamais désiré cette femme et n’a aucune intention de devenir communiste : il n’a fait que tendre un piège à Sergio. Il l’a mis à l’épreuve, pour lui montrer comment on peut devenir le maquereau de la femme qu’on aime en croyant poursuivre l’idéal d’une révolution jugée inévitable et imminente, mais qui n’est rien d’autre qu’une égoïste bouée de sauvetage à laquelle il s’accroche pour oublier sa condition d’intellectuel insignifiant, «sans but et sans centre». En se sentant traitée comme le pion d’un jeu dont elle est exclue, la femme revendique à la fin sa propre liberté, sa dignité, et elle abandonne les deux hommes. Les amis-rivaux se trouvent ainsi démasqués et se révèlent marionnettes d’un spectacle plus grand qu’eux, porteurs de préjugés contagieux qui ignorent les besoins et l’humanité «brute» des victimes d’une guerre de religion idéologique moderne (que Moravia refuse en tant que telle, même sur le plan artistique, en revendiquant l’autonomie de l’écrivain).

    Sergio voudrait sauver et convertir les individus, Maurizio les laisser enfermés dans la sphère des jouissances et des ressentiments privés. Tous deux considèrent les personnes comme des moyens, non pas comme des fins. Et ils ont tendance à les mépriser, à les humilier, soit par pulsion obscure et «irrationnelle», soit parce qu’ils les évaluent selon les canons de leurs idéologies respectives – simples paravents de leur incapacité à agir et à influer sur les événements.

    Par rapport au roman néoréaliste, idyllique, de Vasco Pratolini, Chronique des pauvres amants (1947) – où la misère renforce l’amour entre prolétaires –, ici les différences de classes, centrées sur les difficultés de la vie matérielle de Lalla et Sergio, ont une incidence sur les idées et les attitudes des personnages, et insèrent un douloureux coin entre la réalité et les aspirations. A travers Moravia, on redécouvre aujourd’hui une dimension traditionnelle de la lutte de classe, vue d’en bas : celle entre riches et pauvres. Dans le roman, elle est cependant mêlée, de façon ambiguë, à la volonté de revanche sociale, et, surtout, à une variante perverse du primat de l’intérêt général sur l’intérêt des individus. Ce livre inachevé montre une «coupe» de l’Italie de ces années-là, où a éclaté une guerre civile dans les âmes, un conflit qui a impliqué les valeurs et les consciences d’un peuple sorti dramatiquement de vingt années de dictature et d’une guerre civile féroce.

    Le «rideau de fer» traverse aussi les consciences, les familles, les amis, les camarades de travail. Cette hostilité prend tantôt des formes cruelles, de continuation privée de la guerre bien après sa fin officielle, tantôt, et encore plus fréquemment, montre comme des crevasses, à travers lesquelles filtrent des formes de «convivance» occasionnelle, débonnaire, sinon, au quotidien, de compromis (entre catholiques engagés aux côtés de la gauche «athée» et les communistes qui se marient à l’église et font baptiser leurs enfants). Mais il ne s’agit pas seulement de manifestations superficielles de compromis : c’est que la haine politique ne réussit pas toujours à entacher les rapports personnels.

    Militance. Dans les ébauches de Moravia, il semble que la barre graphique qui sépare chez Carl Schmitt le rapport ami-ennemi caractérisant la catégorie du politique ait été effacée, et que les deux notions se confondent. Cependant, la militance – faite de générosité factieuse, de prosélytisme, de mobilisation, de lutte, de sacrifices personnels aux dépens des intérêts immédiats – devient pour beaucoup raison de vie. Et, bien que les phénomènes d’opportunisme ne manquent pas, la double et contradictoire expérience des peurs (guerre, bombardements, faim) et des espérances (renaissance, bien-être, monde meilleur) leur apprend à concevoir et pratiquer la politique en tant qu’engagement total, jalousement exclusif. La conviction est qu’un avenir meilleur s’atteint grâce au parti – lequel demande en échange discipline, obéissance et fidélité à la «ligne générale».

    Moravia lacère l’écorce des idéologies et analyse les pathologies du «tronc» de la société italienne, par le biais de ses deux personnages principaux et de la figure féminine, qui sera à la fin objet de mépris de la part de Sergio. Celui-ci est le prototype de l’intellectuel engourdi et inconcluant de la période du fascisme (digne représentant de cette espèce humaine déjà décrite dans les Indifférents), qui trouve ensuite dans le Parti communiste une solution à son inertie, et l’outil apte à lui faire surmonter le sentiment d’infériorité sociale à l’égard de Maurizio. Si Sergio est un personnage tourmenté et mesquin, qui n’a rien de la fanatique grandeur du Hoederer des Mains sales de Sartre, Maurizio est, lui, un ex-fasciste, qui voit sa propre classe, la bourgeoisie, décadente et corrompue, et se borne désormais à satisfaire les désirs de sa vie privée.

    Aux deux personnages correspondent des milieux, des choses, des vêtements qui évoquent efficacement l’atmosphère de la fin des années 40. D’un côté, des chambres meublées miséreuses, des bassines d’eau froide derrière des paravents crasseux, des chaussettes trouées et des chaussures usées (Lalla rêve d’une maison à elle, même modeste, de toilettes recouvertes de faïence, d’une baignoire avec de l’eau chaude et de posséder des vêtements décents, voire élégants), de l’autre, l’appartement de Maurizio, confortable, mais poussiéreux, vieux, abandonné et presque spectral.

    Pour Sergio, la politique domine, alors que l’amour a dépéri, réduit au seul échange charnel. Chez Maurizio prévaut une sorte de machiavélisme au rabais et, dans une des versions, la revendication vitaliste des élans irrationnels du fascisme. Ainsi, en toile de fond, se révèle le thème de la dévaluation de la vie et des affects – auquel Moravia tenait dans ces années-là. Malgré la grande qualité littéraire qu’on décèle dans maintes parties du roman, ce fut le schématisme idéologique des deux amis-ennemis qui, peut-être, ne parvint pas à satisfaire Moravia et le conduisit à abandonner le projet.


    http://www.liberation.fr/culture/livre/289924.FR.php

    Inédits, Les Deux Amis viennent à propos rappeler l'audace d'une oeuvre de bout en bout sulfureuse.

    > Lire les premières pages:http://livres.lexpress.fr/premierespages.asp/idC=13259/idR=6/idG=4
    Les Deux Amis
    Alberto Moravia
    ed. FLAMMARION

    Source: L'express livres

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Daho Etienne, Libération

    Daho,un père et gagne

    Chanson. Entre mélancolie amoureuse et lettre au père, le bel ami nous revient avec un neuvième album en studio.
    GÉRARD LEFORT
    QUOTIDIEN : mardi 6 novembre 2007
     

    Ami-chemin de l’album l’Invitation, planté comme un pieu dans le cœur de Dracula pour empêcher qu’il se réveille jamais, cette chanson censément exorciste : Boulevard des capucines. Qui dit, au refrain, «Quelle erreur, quelle perte de temps/Si je n’ai pas su te dire à temps/Que je pensais à toi, tout le temps/Mon guerrier, mon roi, mon petit prince» . Qui parle ? A qui ? Et de quoi ? Tous les sens sont permis, sans dessus dessous. Un amant repentant ? (C’est froid). Un vieux parlant à son jeune ? (C’est chaud). Un père à son fils ? (Ça brûle !).

    Crève-cœur. Contre toutes attentes, il s’agit en effet d’une lettre de Daho à Daho, de père en fils – ou l’inverse. Ce qui trouble plus que de raison. Car tout de même, écrire ainsi, en y insistant, cette complainte d’homo erectus, copulation astrale avec Daddy Daho (à l’Olympio !) : «Mais tu ignores mes signes, toi mon cruel funambule/Alors je crache ces lignes, fracassé et somnambule.» Et la semer en chanson à tous vents, sont-ce bien des façons ? Tout le reste est sous influence de ce déchirement crève-cœur. Alors oui, on se sent le droit, pas gêné mais un peu quand même…, de s’adresser à son tour au «garçon».

    Etienne, vous le savez, vous nous importez, corps et âme. Damoiseau depuis si longtemps, hanté par la jeunesse depuis que vous étiez jeune, entre Epaule Tatoo (ouh ?) en jean déchiré, et Week-end à Rome, vacances cinématographiques sur le scooter de référence (un Vespa sinon rien), tout chaud serré contre Gregory Peck au guidon puisque vous avez déclaré que votre mère, qui fut abandonnée par Papa, est un sosie d’Audrey Hepburn.

    A l’aurore des années 80, vous étiez ce héros pour lycéen en phase terminale (A) de province extrême, quand, entre Hubert-Félix Thiéfaine et Francis Lalanne, pour s’identifier on n’avait pas d’autre solution que vous. Mythomane d’entrée de jeu (1981), puis matelot de quincaillerie érotique, plus Querelle que Billy Budd, portant beau le pull à rayures bretonnant pour les enchâssants Pierre et Gilles sur la couverture en mousse de la Notte , la notte (1984). Plus de vingt ans déjà. Et après ?

    Un peu perdu de vue mais toujours à l’œil. Bien qu’il ait fallu endurer quelques égarements sur lesquels mieux vaut ne pas revenir sauf à aimer les scènes de ménage. Ce qui semble être votre cas, qu’on en juge, quand sous prétexte de célébrer Un merveilleux été, vous dites à quelqu’un : «Tu pleures en secret toutes les larmes de ton corps/Fais comme si j’étais mort.»

    Cantharide. Mais quel homme êtes-vous donc ? Artiste et invivable, vous chantez ce pléonasme dans Cet air étrange qui fut la première chanson écrite pour l’album. Où l’on entend aussi, que «si tu flirtes avec les cimes, tu entrevois aussi l’abîme». Aimerait-on à cet égard être votre ami ? Mieux vaut sans doute ne pas vous connaître, écouter vos chansons en restant bons copains. D’ailleurs on est prévenu par un Toi jamais, toujours où Brigitte Fontaine, en coup de main-coup d’écriture, nous abreuve de maux délicieux : «Satan de soie», «crapaud de Dieu», «tubéreuse mortelle» ou «cantharide acide». Hein ? Cantharide ? Une décoction de coléoptères aux vertus aphrodisiaques. On qualifie aussi de «cantharide» une allumeuse. Plus que jamais une Invitation, donc.

    Qui fait un carton «clappé» en guise d’ouverture. Sur un air flamenco, c’est une auberge espagnole où la vie est un banquet entraînant. Les convives, assassins et poètes, sont idéalement excitants, mais s’il venait l’envie de se lever de table pour taper à son tour du talon, c’est «pieds nus sur du verre». Et vous vous (nous) emballez au final tout en décharges d’adrénalines. Fort bien. Et du calme. Pour un tête à tête entre vous et toi, où s’ouvrent les gouffres de la sexualité («Ça fait très, très peur mais aussi très envie»), prétexte aussi à une première bouffée de violonades qui, en arrière-monde, font penser aux déambulations de Gainsbourg dans la maison close de Melody Nelson.

    Gamin. Mélodie en sous-sol, plutôt, qui est aussi le titre d’un film de Verneuil (1963) avec Beau Delon. Ça coule à pic, la fin des années 60 cogne à la porte. Car, ce qui fait surtout écho souterrain à l’arrière-plan de votre Invitation, c’est le Velvet. Vous chantez, Etienne, tandis que ne manquent au rappel ni tambourin ni ligne à haute tension des guitares électriques, comme Nico. Pas faux non, mais… Une voix de gamin, de Petit Prince si vous y tenez, poseur mais posé, qui tinte à nos oreilles comme celle d’un enfant de chœur qui chercherait ses basses dans If, le film soixante-huitard de Lindsay Anderson. Autant dire «gâté pourri», prêt à tirer dans le tas en aube sanglante.

    Comment peut-on chanter français sur un son aussi anglo-saxon ? D’autant qu’autre fantôme, comme une chatte Motown dans la gorge, Diana Ross vous hante. Or, ça colle. Et vous en donnez la preuve dans Sur la terre comme au ciel. Sur des vers boiteux à se ramasser, voilà que tout en montée vers un septième ciel de fantaisie, la voix rapido caracole, de «poussière» en «esprit» jusqu’à un pic de «poésie», juste avant de dévaler d’une octave pour valdinguer «sur terre». Cette galvanique incantation nous cueille et nous terrasse.

    C’est bientôt la fin, le chant du départ. Un Cap Falcon qui est sans conteste le nom d’une pointe aux environs d’Oran (Algérie), histoire d’un retour à rebours, bouffée d’enfant pied-noir inconsolable qui naquit «là-bas» un 14 janvier 1956. Mais aussi, parce qu’un amour d’antan est appelé Lit de Roses, impossible de se quitter sans évoquer Jean Genet-Génie, Notre-Dame-des-Fleurs et des fêlures répandant sa fragrance dans les Fleurs de l’interdit où vos «aubiers» sont à deux doigts des aubépines de Proust. Ce qui vous fait fredonner, cher garçon : «Comme le nectar assassin, tiens, tiens, prends ma main…» Soit. Mais où ?

    http://www.liberation.fr//culture/musique/289424.FR.php?utk=008b428a

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Jeux, Libération, Mes textes en prose

    La jeune fille parfaite

    Le syndicat des héros littéraires - atelier d'écriture spécial Cigale

    C'est mon tour de mettre mon grain de sucre (quelqu'un a dit "enfin" ?) dans ce blog en vous proposant un atelier d'écriture...
    Vous l'aurez sûrement remarqué, les équipières sont assez différentes les unes des autres... (c'est la richesse et l'intérêt d'un blog en commun non ?) : moi, je suis une équipière discrète -mais présente- et ma spécialité dans l'atelier d'écriture, ce sont les "tournantes de poésie" (vous pouvez accéder aux éditions précédents par la rubriques "atelier d'écriture" sur mon blog perso :
    captainelili.blogs.psychologies.com) Seulement la Cigale, bien qu'elle s'en sorte toujours bien, n'est pas très à l'aise avec la poésie (et les rimes en particulier)... Heureusement, je sais m'adapter donc voici une proposition différente (mais ce n'est que partie remise pour la tournante de poésie parce que j'ai une idée de thème qui pourrait être bonne... si, si... à tenter quand Irène aura retrouvé Internet à disposition dans son nouveau chez elle ?)...

    Vous êtes un héros ou une héroïne imaginaire de roman ou de conte (si ce n'est pas un personnage très connu, n'hésitez pas à préciser ses caractéristiques et où on peut le trouver !) Vous écrivez une lettre au SYNDICAT DES HEROS LITTERAIRES pour vous plaindre (ou vous réjouir, après tout, pourquoi pas ?) de l'histoire, de l'auteur, de vos conditions de vie, etc. (La lettre est adressée au Secrétaire du Syndicat des Héros Littéraires.)

    Pas de date de participation mais comme d'habitude, le blog des Equipières est là pour faire le lien vers les textes donc tenez-nous au courant quand vous avez publié la lettre... 

    On pourrait ensuite imaginer, dans un délai de temps raisonnable (du genre, on voit dans 10 ou 15 jours combien de lettres ont été écrites ?), de "poster" les lettres au hasard et que chaque participant imagine une réponse du Syndicat à la lettre d'un autre... Qu'en pensez-vous ?

     

     

    http://lequipedechoc.over-blog.com/article-13398719.html

     

    MA LETTRE:

     

     

    Monsieur le Secrétaire du Syndicat des héros littéraires,

     

     

    Je viens par la présente vous faire part de ma situation  déplorable d’archétype féminin. Je m’appelle Cendrillon, Blanche-neige ou Peau d’âne. Je suis blonde ou brune mais toujours belle, souvent pauvre, exploitée par des riches laids. Surtout, j’attends le prince charmant qui viendra me réveiller, me délivrer de ma triste vie. Et j’en ai marre d’attendre ! …

    Le pire c’est qu’on force à toutes les petites filles dès leurs plus jeune âge à s’identifier à moi.

    Et devenues jeunes filles, elles attendent comme moi un prince charmant qui je le dis ici très haut, n’existe pas ! …

    Quelquefois ces jeunes filles deviennent des femmes sans avoir croisé le beau petit brun ou le grand blond charmant qu’elles ont vu dans leurs livres de petites filles. En attendant, elles font tout pour me ressembler : elles se pomponnent, apprennent la cuisine avec maman qui est ravie : « Tu feras de bons petits plats à ton mari. » Et puis, tiens –toi bien, sois sexy mais pas trop. Tu plais aux hommes tant que tu ne leur cèdes pas.  Garde-toi pour l’homme de ta vie. »

    Quand j’ai vu de loin les années hippies, l’arrivée de la pilule etc. Je me suis dit, c’est fini tous ces clichés. Tu parles ! … Ca n’a pas fait long feu, cette « libération des mœurs » et on appelle toujours une femme qui a couché avec plusieurs hommes une salope alors que l’homme qui a de nombreuses aventures est un Don Juan. Et ce sont les femmes souvent qui perpétuent cette vision culturelle d’elles-mêmes et la transmettent à leurs filles.

    Ca suffit !!! Je ne veux pas qu’elles attendent le « bon » comme moi jusqu’à avoir des cheveux blancs ; je veux que Cendrillon, Blanche-Neige et leurs semblables aient une ou … quelques aventures avant de se marier… pour pouvoir comparer. J’en ai marre d’être une gourde qui doit se dépêcher pour ne pas rater la dernière citrouille…

     

     

                La jeune fille parfaite

     

  • Hier soir sur France 2:Les femmes aux heures noires de la Libération

    NATHALIE SIMON.
     Publié le 16 octobre 2007
    Actualisé le 16 octobre 2007 : 10h37
     Épuration » - Christiana Reali est l'héroïne du cinquième et dernier opus d'une histoire romanesque des femmes au XXe siècle.
    CONCOCTÉE par la scénariste Béatrice Rubinstein et le réalisateur Jean-Louis Lorenzi, l'histoire nous plonge dans la grande Histoire qui dérange. La saga romanesque baptisée La Plus Belle Histoire des femmes, commencée en 1996 avec L'Orange de Noël, suivie de La Tranchée des espoirs, Le Bal des célibataires (plus de 8 millions de téléspectateurs) et Chat bleu, chat noir (diffusé en janvier dernier), s'achève ce soir avec Épuration. En guise de fil conducteur, deux héroïnes fortes et fragiles, généreuses et déterminées. Amoureuses du même homme, elles deviendront pourtant amies.
    Cécile (Sophie Aubry), l'institutrice de L'Orange de Noël, retrouve donc, vingt-cinq ans après leurs premières péripéties, Sylvaine (Cristiana Reali), paysanne, danseuse de revue, mère de famille et résistante, pour « sauver », une nouvelle fois, leur village, à l'heure de la Libération, de l'épuration. « Chaque film peut se voir individuellement, précise, à juste titre, Jean-Louis Lorenzi. Pour Épuration, j'ai pensé à ces images de lynchage montrées par Patrick Rotman dans Été 44. C'est une période qui a été occultée et l'est encore. Les historiens ont beaucoup de mal à trouver des témoignages, notamment sur ces procès sauvages. »
    La joie de la Libération laisse place aux scènes de règlements de comptes et de haine collective. Sylvaine se sent impuissante : « Sylvaine, c'est Robocop, estime Cristiana Reali. Elle se reconstruit à chaque fois, mais dans cet épisode, elle s'est calmée et se situe un peu en retrait. Elle a un vécu que je n'ai pas, elle a mûri. La période qu'elle traverse est très noire et toujours taboue. Sylvaine se retrouve au coeur d'un règlement de compte, une gamine en dénonce une autre par jalousie. Je me demande souvent pourquoi la cruauté des femmes se retourne contre elles-mêmes alors qu'elles devraient se montrer solidaires. »
    Les scénarios sur l'Algérie et Mai 68 refusés
    Née au Brésil, la comédienne n'a pas de proches qui ont connu ce passé, mais sa belle-mère (la maman de son compagnon, Francis Huster) lui a raconté ses souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. « L'animosité envers les femmes était différente de celle montrée envers les hommes, elles étaient punies pour avoir couché avec des Allemands ; eux, pour avoir collaboré. On ne peut pas savoir comment on aurait réagi à cette époque. »
    À l'origine, les aventures de Sylvaine et de Cécile devaient se poursuivre avec la guerre d'Algérie, puis s'achever sur les événements de mai 1968. Mais la nouvelle direction de la fiction sur France 2 a refusé les scénarios. « Nous avons eu une déconvenue avec l'audience de Chat bleu, chat noir (NDLR, une moyenne de 14 % de part d'audience pour les deux parties), mais j'espère bien faire changer d'avis la chaîne. Si nous obtenons entre 20 et 25 % ce soir, cela lui donnera peut-être envie de revenir sur sa décision », anticipe Jean-Louis Lorenzi.
    Pour la même chaîne, le réalisateur s'est déjà attelé à une autre fiction sur Charlotte Delbo, qui fut l'assistante de Louis Jouvet, résistante et rescapée du camp d'Auschwitz. De son côté, sur les planches avec Vincent Elbaz, Cristiana Reali défend un tout autre personnage, étonnamment plus proche d'elle, confie-t-elle, que celui de Sylvaine : une femme « droguée aux amphétamines, déjantée, désaxée, mais lucide ». « John Malkovich voulait Cristiana qui souffre, Cristiana en colère, Cristiana euphorique, je joue ce que je suis », lâche l'actrice avec enthousiasme. Et elle songe déjà à partir en tournée.

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, La peinture, Libération

    La part sombre de Fragonard

    Au-delà du cliché du libertin adulé des puissants, l’exposition au musée Jacquemart-André met en avant la vision inquiète du peintre du XVIIIe siècle.
    Par Gérard Lefort et Didier Péron
    QUOTIDIEN : vendredi 5 octobre 2007
    Fragonard, les plaisirs d’un siècle  Musée Jacquemart- André, 158, bd Haussmann, Paris VIIIe. Jusqu’au 3 janvier. Rens.: 01 45 62 11 59. Catalogue par Marie-Anne Dupy-Vachey, 39 €.
    Les frères Goncourt, un peu bavards et pâmés, voient en Fragonard «l’homme des mytho­logies plafonnantes et des déshabillés fripons, des ciels rosés par la chair des déesses et des alcôves éclairées d’une nudité de femmes.» Autrement dit : Fragonard, l’homme du Verrou, de l’Escarpolette et autres confiseries fleuries. Or, pas seulement. L’exposition du musée Jacquemart-André entend, entre autres, discuter ce jugement devenu cliché. Le parti-pris bien venu d’une mise en ­contexte permet en effet de découvrir un peintre lettré, impertinent, voire inquiet de son temps, ce qui semble la moindre des choses quand on note que l’essentiel de son œuvre est produit dans les vingt années précédant la révolution de 1789.
    Salons.  
    Cela dit, c’est sur ses œuvres qu’il faut juger Fragonard car on ne sait presque rien de l’individu, sinon le strict nécessaire biographique : né à Grasse en 1732 d’un père artisan gantier. Mort à Paris en 1806. Entre les deux, le parcours, au début traditionnel, d’un aspirant peintre : Prix de Rome en 1752 (il n’a que 20 ans) puis agréé en 1765 par l’Académie après le rituel voyage en Italie, Fragonard semble paré pour devenir un peintre d’histoire, genre majeur de l’époque et donc un peintre de cour. Or, pour des motifs mystérieux, il dédaigne les commandes prestigieuses, notamment celle de Versailles, et travaille pour des particuliers fortunés, tous avides que l’on voit en peinture le libertinage en vogue dans leurs salons. Ce «choix» va déterminer sa carrière.
    Goguenards.  
    Quelques salles sont consacrées à ces galanteries. Illustrateur de La Fontaine, Fragonard donne une tournure gaillarde à la fameuse Perette et son pot au lait qu’il figure au final de ses rêves de « veaux, vaches, cochons, etc.», les jupes retroussées sous l’œil de deux témoins goguenards. Mais c’est surtout à l’écoute des contes canailles de La Fontaine que Fragonard exprime le mieux son esprit de malice. Témoin, le Bât, affaire compliquée qui consiste pour le mari à s’assurer de la fidélité de son épouse en lui dessinant un petit âne sur le bas-ventre. Fragonard ne retient que la ruse de cette ruse : un des amants de l’infidèle, peintre de son état, reproduit au pinceau le motif effacé. L’opération a lieu dans l’atelier du peintre qui se tient de dos, assis sur un tabouret, palette et pinceaux à la main, devant le ventre offert de la dame. Ce n’est pas encore l’Origine du monde mais ça reste assez chaud. Dans le même genre, deux portraits de jeune fille : l’une dite « aux petits chiens», l’autre «embrassant un chat». Ce qu’on voit est moins benoît que ces intitulés. Les jeunes filles sont seins nus et les petits animaux, censément tout mignons de compagnie, évoquent plutôt des pitbulls larvaires, qui plus est au bord de la tétée. Même effet de dislocation du sujet évident dans les fameuses pastorales. Le propos galant (la Su rprise , l a Poursuite) est central mais jamais centré. Ce qui domine, ce sont des envolées de végétation peintes telles des échappées de fumée sombre et menaçante, tel un arrière-monde paysager prêt à fondre et engloutir les tendres humains.
    Décor insolite.  A l’inverse de cette surcharge fulminante, d’autres toiles optent pour des fonds vides d’une audace plus grande encore. C’est le cas du tableau les Débuts du modèle d’après une nouvelle de Restif de La Bretonne, sur une mère offrant sa fille dénudée à une peintre. Ce qui retient l’attention, outre le sujet scabreux de la mère-maquerelle, c’est la grande toile blanche en arrière-plan, élément de décor insolite de neutralité vierge.
    Une des meilleures surprises de cette exposition choisie dévoile un Fragonard épique dans une série de dessins illustrant l’ Orlando Furioso de l’Arioste et le Quichotte de Cervantès. Fragonard crayonne plus qu’il ne dessine, comme s’il inventait les règles du croquis de reportage pour fixer le surgissement d’un hippogriffe dans un épisode de l’ Orlando, ou le saccage de la bibliothèque de Quichotte par des jeunes filles riant de cet autodafé. Le rendu est presque abstrait à force d’énergie expéditive. Tiendrait-on là la formule magique du style Fragonard ? Une ambiguïté qui ne choisit jamais entre esquisse et achèvement.

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    La Troyes romaine sort de terre

    fd514ff756c43d0fad331a9ffa6ecf0c.jpgVue générale des fouilles place de la Libération à Troyes - Loïc de Cargouet - INRAP

    Une fouille de sauvetage a permis d'en apprendre un peu plus sur Augustobona, nom latin de Troyes

    Le site de la cité, aujourd'hui chef-lieu de l'Aube, a été romanisé vers les années 20 de notre ère.

    Les fouilles, menées de 2004 à 2006 avant la construction d'un parking par une équipe de l'Institut de recherches archéologiques préventives, ont permis de mettre à jour des objets exceptionnels comme des tablettes d'écriture.

    L'histoire de la ville
    Avant les Romains, le site d'Augustobona se trouvait sur une zone de marécages souvent envahis par des inondations.

    Après la conquête, cette zone a été viabilisée et assainie. L'urbanisme s'y est notamment développé sous les règnes de Tibère (14-37) et de Claude (41-54). A la fin du IIIe siècle après J.-C., la cité gallo-romaine commence à péricliter.

    Les fouilles
    Les archéologues ont dégagé plus d'une vingtaine de... latrines et de puits cuvelés en bois. Remarquablement conservés grâce à l'humidité permanente du sous-sol, ceux-ci ont notamment livré des déchets alimentaires. Appartenaient à l'alimentation des premiers Troyens (les habitants du chef-lieu de l'Aube, pas de la Tonneau gallo-romain (réutilisé comme cuvelage de puits), Ie siècle av. J.-C., découvert lors de fouilles à Troyes (Philippe Kuchler - INRAP)fameuse ville de l'Iliade et de l'Odyssée...) la coriandre, l'origan et le raisin. Une alimentation riche importée du monde méditerranéen. Les fouilles ont aussi livré des... parasites qui passionnent les spécialistes.

    Parmi les objets retrouvés dans les puits et latrines: un peigne, une boîte en buis, un fuseau en érable, de la vannerie d'osier...

    Un des éléments les plus remarquables: un tonneau d'une capacité
    de quelque 1000 litres, réutilisé comme cuvelage (revêtement d'étanchéité) de puits, ce qui a permis sa parfaite conservation. 
    Fabriqué vers 47 de notre ère dans la région lyonnaise, il devait à l'origine mesurer plus de 1,80 m. Il a probablement servi au transport de vin piqué (ou du vinaigre), utilisé pour préparer... la boisson des militaires. 

    Autres objets exceptionnels mis à jour par les archéologues de l'INRAP: des tablettes utilisés pour la correspondance écrite ou la rédaction de documents officiels. Généralement en buis, ces plaquettes de 10 à 20 cm de long possèdaient une surface évidée dans laquelle on coulait une mince couche de cire teintée. Tablette d'écriture à deux faces en bois, Ier siècle av. J.-C., découverte lors de fouilles à Troyes (photo Inka Potthast & Ralf Riens-Konservierungslabor)Celle-ci permettait d'écrire à l'aide d'un style, sur une surface effaçable et renouvelable à l'infini. On peut voir plusieurs de ces tablettes, souvent doubles, sur des fresques murales de Pompéi.

    Celles trouvées à Troyes sont fabriquées dans du sapin, sans doute au cours de la moitié du premier siècle après J.-C. Certaines faces
    portent des incisions dans le bois évoquant des lignes d'écriture, en cours d'étude. 

    Les 26 pièces troyennes constituent une découverte unique qui évoque une autre trouvaille faite en Ecosse.

    Publié le 13/09 à 08:36
    http://cultureetloisirs.france2.fr/archeologie/33944236-fr.php
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    Le recueil de poèmes de Noureddine Mhakkak est maintenant disponible

    bd7190e44e16fe5a63ccccea75f0e753.jpgLes fleurs de l'orient

    Noureddine Mhakkak, écrivain marocain, un vrai casablancais, qui aime jouer avec et par des mots et des signes, et qui aime voir les étoiles de la nuit pendant le temps d’hiver, le temps de la pluie, le temps de la résurrection de la vie. Depuis son enfance, il a essayé d’écrire de la poésie, de créer son univers poétique personnel avec ses propres lettres. Ce monde poétique qui est plein d’amour, d’amitié et de tolérance. Ainsi il a pu écrire et publier plusieurs poèmes dans des journaux et revues marocains de langue française, tels « Vision », « Agora », « Libération », « Albayane » et bien d’autres.

    Fasciné par les poèmes de Charles Baudelaire, Paul Eluard, Stéphane Mallarmé, Arthur Rimbaud et surtout par les poèmes du grand Victor Hugo, Noureddine Mhakkak, n’a pas cessé de plonger dans les mers de la poésie universelle, avec le cœur d’un vrai poète et la vision d’un oiseau mythique qui n’est autre que le Simourg lui-même.

    On trouve ici, comme d’habitude, le vrai poète qui nous fascine par son imaginaire créatif, par ses mots simples mais profonds, par sa vision du monde pleine de vie et de joie. On le trouve ici tel un voyageur qui aime partir vers d’autres terres, vers d’autres cieux, et qui ne cesse jamais de prendre avec lui l’ombre de la bien-aimée, et même l’ombre de son ombre, selon l’expression de Jacques Brel. On le trouve ici – enfin - tel un philosophe artiste qui pense aux autres et qui aime bien partager avec eux son pain.

    Noureddine Mhakkak a déjà publié deux recueils de poésie aux éditions Mille Poètes : « Le jardin des passions » et « Les sirènes de la méditerranée ». Avec ce troisième recueil - Les fleurs de l'orient - Noureddine nous démontre encore une fois ses talents de véritable poète.


    Les fleurs de l'orient
    Format : 56 pages, 6.0 x 9.0 po., broché,
    papier intérieur crème #60,
    encre intérieur noir et blanc,
    couverture extérieure #100 en quatre couleurs.

    EN VENTE ICI >>>>

    Source: Mille poètes

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    "Sur la route" a failli être écrit en français

    a839872456eb1d81943187dd7e0fd495.jpg"On the road", cinquantième anniversaire - AFP/TIMOTHY A. CLARY

    Jack Kerouac avait commencé à écrire "Sur la route" ("On the road) en français

    Se fondant sur la découverte d'écrits inédits à New York,  le quotidien québécois "Le Devoir"  a révélé que l'écrivain avait rédigé une première version d'une dizaine de pages dans sa langue maternelle, en janvier 51, plusieurs mois avant  de s'attaquer à la version anglaise.

    "Sur la route" a été publié il y a cinquante ans, en 1957.

    Kerouac  est né en 1922 à Lowell dans le Massachusetts (nord-est) dans une  famille originaire du Québec et ayant des racines en Bretagne. Parmi les textes de Kerouac  en français figurent notamment des lettres à sa  mère, des nouvelles ainsi qu'un manuscrit de 56 pages intitulé "La nuit est ma  femme", constitué de nouvelles de 5 ou 6 pages. 

    Ce texte "est entièrement écrit en français et prouve pour la première fois  que Jack Kerouac  avait eu de très sérieuses ambitions de devenir, comme il le  disait lui-même, un véritable écrivain canadien-français", estime le journal. "Tous ces documents en français jettent une lumière tout à fait nouvelle sur  l'oeuvre de Kerouac , une lumière qui laisse entrevoir un écrivain encore plus  attaché à sa langue maternelle, à son milieu franco-américain et à ses racines  québécoises qu'il était possible de le soupçonner jusqu'à présent",  ajoute-t-il. S'exprimant dans la langue colorée de son enfance, Kerouac  évoque son  rapport au français dans un manuscrit intitulé "Les travaux de Michel Bretagne",  datant de 1951.

    "Je suis Canadien Français, mis au monde à New England. Quand j'fâché  j'sacre souvent en français. Quand j'rêve j'rêve souvent en français. Quand je  braille j'braille toujours en français", écrit-il. "J'ai jamais eu une langue à moi. Le français patois jusqu'à six ans et  après ça l'anglais des gars du coin. Et après ça, les grosses formes, les  grandes expressions de poète, philosophe, prophète. Avec tout ça, aujourd'hui  j'toute mélangé dans ma gum" (tête), poursuit-il à propos de sa complexe  identité linguistique.

    Dans "La nuit est ma femme", l'écrivain raconte notamment le déménagement de  ses parents à New Haven dans une maison donnant sur l'Atlantique, et évoque de  façon touchante la nostalgie de son père pour ses origines bretonnes. "'Ti-Jean, J'ai retourné à la mer', m'a dit mon père avec des larmes dans  les yeux. J'le sava tout le temps qu'un beau jour j'vivra sur le bord de la mer  de mes ancêtes de Bretagne. C'est dans mon sang dans le tien aussi..."

    Symbole de libération et de rupture, "On The Road" ("Sur la route) qui se vend toujours à  100.000 exemplaires par an fête cette année son cinquantième anniversaire, un  événement célébré par de nouvelles éditions, des expositions et bientôt un  film.

    Près d'un million de Québécois ont émigré vers les villes textiles de la  Nouvelle-Angleterre, principalement entre 1870 et 1930, formant des enclaves  ethniques où le français a longtemps prospéré.

    Publié le 06/09 à 10:49
    Source:http://cultureetloisirs.france2.fr/livres/actu/33706879-fr.php
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    Messmer, le légionnaire du gaullisme

    b9c993cfcb4ebc81c1d00cae26f338ad.jpg
    Depuis 1989, il s'était éloigné du devant de la scène politique. Il s'était alors tourné vers son propre passé, rédigeant un ouvrage de souvenirs, Après tant de batailles.
    Archambault/Figaro.
    PIERRE PELLISSIER.
     Publié le 30 août 2007
    Actualisé le 30 août 2007 : 07h28

    Premier ministre de 1972 à 1974, Pierre Messmer, mort hier à 91 ans, était un gaulliste de la première heure, une figure de la France libre et un des plus ardents défenseurs de l'oeuvre du fondateur de la Ve République.

    IL AVAIT eu un parcours politique hors du commun. Peut-être parce qu'il n'était pas vraiment un homme du sérail et qu'il n'a jamais eu envie de se glisser dans le moule commun et réducteur. Peut-être parce que les circonstances et plus encore les hommes, naturellement poussés aux simplifications, l'avaient habillé d'une autre réputation, celle de l'éternel baroudeur. Pour beaucoup, chez les uns par dérision ou provocation, chez les autres par admiration, Pierre Messmer n'était donc que le « légionnaire » ; évidente injustice consistant à privilégier un seul aspect des carrières d'un homme qui avait su tenir son rang en bien d'autres circonstances.
    Car Pierre Messmer, aux apparences monolithiques, était multiple et complexe. Peut-être même secrètement amusé de ce portrait de lui frisant la caricature, mais qu'il assumait pourtant, avec une lueur égayée au fond d'un regard bleu qui n'était glacial que pour ceux qui se laissaient intimider.
    Avant de surgir, très tardivement, sur le devant de la scène, Pierre Messmer s'était effectivement distingué dans d'autres domaines, là où il fallait allier le courage physique et la finesse politique. Cela s'apprenait sans doute dans une école depuis longtemps disparue : l'École nationale de la France d'outre-mer, dont il était sorti en 1937, ayant également en poche un doctorat en droit et le diplôme de l'École des langues orientales et, en théorie, une belle carrière devant lui.
    L'épreuve du feu
    En fait, il est encore un jeune sous-lieutenant du contingent au 12e régiment des tirailleurs sénégalais quand éclate la guerre. Et ce sera, dès juin 1940, son passage à Londres et son engagement dans les Forces françaises libres. Le voici entrant dans la légende sans encore le savoir : il est affecté à la 13e demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE).
    Chef de section, puis commandant de compagnie, il est engagé en 1940 dans les expéditions de Dakar puis du Gabon ; en 1941, il fait campagne en Érythrée puis en Syrie ; en 1942 et 1943, c'est la Libye avec Bir Hakeim et El Alamein, deux des plus glorieux combats de la France Libre, puis suit la Tunisie. Après la libération de Paris, aux côtés de la 2e DB, après la campagne de France et la conquête de l'Allemagne, de nouveau avec la 13e DBLE, Pierre Messmer aurait pu, comme tant d'autres compagnons de la Libération, rentrer dans le rang.
    Il n'en est rien ; il va continuer de servir la France, sous un autre uniforme. Son passage à la tête de la mission française à Calcutta est éphémère : en 1945, il reçoit une mission hors du commun, accepte d'être parachuté au Tonkin où il tombe entre les mains du Viêt-minh, s'échappe et rejoint la mission française à Hanoï. Enfin démobilisé, il devient secrétaire général du comité interministériel pour l'Indochine puis, en 1947 et 1948, directeur du cabinet du haut-commissaire de France en Indochine.
    L'Africain
    Une série d'affectations lui permet ensuite de découvrir l'Afrique et de s'imprégner des mentalités et des cultures de ces pays qui, un jour, se sépareront de la France, mais avec lesquels il conservera personnellement des liens privilégiés ; parce que les futurs chefs d'État savent qu'il les a compris, même s'il connaît leurs défauts et les dérives menaçant les anciennes colonies. Le voici commandant du cercle d'Atar (1950-1951) puis gouverneur de la Mauritanie (1952-1954), gouverneur de la Côte d'Ivoire (1954-1956), haut-commissaire au Cameroun (1956-1958) puis en Afrique équatoriale française (1958), enfin haut-commissaire général en Afrique occidentale française (1958-1959). Mais, chemin faisant, il est passé par un cabinet ministériel en 1956, à la France d'outre-mer, dont Gaston Defferre est le ministre. Et là, Pierre Messmer travaille sur une loi-cadre préparant l'évolution de l'Afrique française. Une évolution qui prendra un autre tour avec la naissance, en mai 1958, de la Ve République.
    L'avènement de la Ve République change totalement le cours de sa carrière : on va oublier « l'Africain » pour retrouver « le légionnaire » : il devient ministre des Armées le 6 février 1960, fonction qu'il conservera, d'un gouvernement à l'autre, jusqu'à une autre secousse, celle de Mai 68... qui en fera le député de la Moselle ! Député certes, mais avec une carrière ministérielle à reprendre : les DOM-TOM de 1971 à 1972, avant l'Hôtel Matignon.
    Pierre Messmer - qui, comme beaucoup de gaullistes intransigeants, avait redouté que Jacques Chaban-Delmas et sa « nouvelle société » ne dérapent quelque peu - allait en effet succéder à celui dont tous se méfiaient : Chaban éliminé, c'est Messmer que Georges Pompidou fait monter en première ligne.
    Non à l'Élysée
    Ses amis en viendront très vite à regretter qu'il se connaisse si bien, qu'il mesure ses propres limites, que l'ambition ne l'égare jamais : à la mort de Georges Pompidou, il faut faire bloc pour sauver l'Élysée qui menace d'échapper à la famille gaulliste ; car déjà pointe un certain François Mitterrand. Et il y a beaucoup trop de monde, dans l'autre camp, pour rêver à la succession de Pompidou ; Chaban-Delmas par exemple, ou Valéry Giscard d'Estaing, qui propose son retrait aux gaullistes si tout le monde s'accorde sur un candidat unique, sous-entendu pour barrer la route à Chaban. Et les gaullistes pensent à Pierre Messmer. Il les écoute et refuse ; ils insistent, mais il ne fléchit pas ; ils le harcèlent, mais il ne dira jamais oui. Chaban sera candidat, comme Giscard, comme Mitterrand... Au second tour, Giscard l'emporte sur Mitterrand. Et curieusement, Pierre Messmer ne redeviendra jamais plus ministre.
    L'homme de l'Est se replie sur la Lorraine. Il est heureux d'être député de Moselle depuis 1968, maire de Sarrebourg depuis 1971, président du conseil régional de 1978 à 1980. Il ne quitte pourtant pas la scène politique ; il reste un homme d'influence peu habitué à cacher ses sentiments, ce qui fâche peut-être les amis de Valéry Giscard d'Estaing lorsqu'il annonce, en 1981, que sept ans, ça suffit, et que Giscard a tort de briguer un second mandat. Les insuffisances de la politique sociale et, plus encore, les échecs africains de Giscard sont pour beaucoup dans ce choix. Ceux qui le voyaient se rallier à Debré contre Mitterrand seront également déçus : pour Messmer, le seul candidat méritant d'être soutenu par les gaullistes de tradition s'appelle Jacques Chirac... Il devient donc son directeur de campagne, au PC de la rue de Tilsitt. Et Chirac, plus tard, lui confiera encore une mission : tenir en main le groupe parlementaire RPR du Palais Bourbon.
    Avec une autre présidentielle perdue, en 1988, au terme des deux années de cohabitation, puis avec les législatives également perdues dans la foulée, l'effet boule de neige existant aussi en politique, les contrecoups sont cruels pour Pierre Messmer : en juin 1988, il perd son mandat de député ; l'année suivante, il renonce à défendre sa mairie de Sarrebourg : « Si j'étais élu, j'aurais 79 ans en fin de mandat. Il faut parfois se déterminer par rapport à soi-même. C'est la sagesse qui le veut. »
    Discrète éminence grise
    Et sagement, il s'était éloigné. En apparence tout au moins, car il avait toujours ses contacts politiques, toujours ses relations africaines. Avec un fond de tristesse qui ne le quittait jamais plus depuis le décès de son épouse, qui avait tant étonné les journalistes, à l'arrivée de Pierre Messmer à l'Hôtel Matignon, en leur déclarant tout de go : « N'est-ce pas qu'il est beau mon légionnaire... »
    Il était donc devenu une discrète éminence grise pour satisfaire le présent et même l'avenir. Il s'était aussi tourné vers son propre passé, rédigeant un ouvrage de souvenirs, Après tant de batailles, (Albin Michel), ouvrage qui lui avait valu d'être primé par l'Association des écrivains combattants.
    Ce sont aussi ses états de service militaires qui allaient lui permettre d'être élu à l'Académie française en 1999, au fauteuil d'un autre gaulliste historique, Maurice Schumann. Également membre de l'Académie des sciences morales et politiques, puis chancelier de l'Institut de France, Pierre Messmer était, depuis longtemps, devenu l'un des gardiens du temple gaulliste : président de l'Institut Charles-de-Gaulle, puis de la Fondation Charles-de-Gaulle, il avait succédé au général de Boissieu, gendre du général de Gaulle, comme chancelier de l'ordre de la Libération, qui est le véritable sanctuaire du gaullisme.
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    Le masque mortuaire de Napoléon ne serait pas le bon

    NOUVELOBS.COM | 19.08.2007 | 16:07

    Le moulage mortuaire exposé au Musée des Armées représenterait le visage du maître d'hôtel de l'Empereur.

    f8032efce44a4f31b22f44ba5f3394ba.jpgLe masque mortuaire de l'empereur Napoléon Ier exposé au musée des Armées à Paris ne serait pas le bon, le véritable ayant été déposé dans un musée à Londres puis revendu aux enchères en 2004, affirme un historien, Bruno Roy-Henry, dans le journal Libération du 18 août.
    D'après lui, un tableau peint par l'Anglais Charles Locke Eastlake en 1815 le prouve: l'empereur y porte une petite cicatrice sur la joue gauche, qui n'apparaît pas sur son masque mortuaire officiel, alors qu'elle est présente sur le masque britannique.

    Le masque de son maître d'hôtel ?


    L'exemplaire conservé au Invalides pourrait représenter le visage du maître d'hôtel de Napoléon Cipriani Franceschi, selon Libération.
    Cette "embrouille de masques et de cicatrice" pourrait relancer la polémique qui agite les cercles napoléoniens, souligne le journal, et étayer la thèse de ceux qui pensent que Napoléon a été empoisonné à Sainte-Hélène et que le cadavre qui a été rapatrié en France en 1840 ne serait pas le sien mais celui de son maître d'hôtel décédé trois ans plus tôt.
    En effet, le masque juvénile conservé par la France ressemble plus à Cipriani Franceschi qu'à un Napoléon vieillissant et obèse.
    Au ministère de la Défense, gardien du musée des Armées, on ne faisait aucun commentaire à ce sujet samedi.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20070818.OBS1008/le_masque_mortuaire_de_napoleonne_serait_pas_le_bon.html

  • La disparition d’Henri Amouroux

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    C. M. (lefigaro.fr) avec AFP.
     Publié le 06 août 2007
    Actualisé le 06 août 2007 : 07h50

    L'historien et journaliste spécialiste de la période de l'Occupation était âgé de 87 ans. Déposez votre hommage en cliquant ici

    Henri Amouroux s’est éteint dimanche en Normandie, à l’âge de 87 ans. C'est ce qu'a indiqué Le Parisien-Aujourd’hui en France, lundi. L'historien et journaliste, spécialiste de l'histoire de l'Occupation, était né le 1er juillet 1920 à Périgueux. On se souvient de son témoignage, lors du procès de Maurice Papon à Bordeaux, en faveur de l'ancien préfet de Gironde qui était devenu le symbole de la collaboration de certains hauts fonctionnaires français avec les nazis.
    Après ses études à l'Ecole supérieure de journalisme de Paris, Henri Amouroux entre 1938 à l'agence de presse Mundi. Il débute sa carrière dans la presse au quotidien "La Petite Gironde" avant d'entrer, à la Libération, au journal "Sud-Ouest" dont il fut directeur général.
    Critiques
    Mais ce sont surtout ses livres sur la période de l'Occupation qui lui permettront de remporter un vif succès public avec notamment "La Vie des Français sous l'Occupation" et "La Grande Histoire des Français sous l'Occupation", et ce malgré les critiques des universitaires lui reprochant de montrer trop d'indulgence pour le régime de Vichy.
    A partir de 1960, Henri Amouroux quitte Sud Ouest pour la direction de France-Soir, puis la co-direction du quotidien Rhône-Alpes. Il réalise plusieurs grands reportages de politique étrangère, sur le Vietnam, l'URSS et Israël et ainsi que des émissions de radio pour France Inter et de télévision pour TF1. Il est également l'auteur d'ouvrages dont certains sur Israël et un sur l'ancien premier ministre, Raymond Barre. Il collaborait depuis des années avec Le Figaro Magazine.
    Titulaire de la Croix de guerre (1939-1945), il était président honoraire du prix de journalisme Albert Londres depuis 2006, membre de l'Académie des sciences morales et politiques puis président en 199O. Henri Amouroux sera inhumé dans sa région, la Gironde.
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    Littérature:Le seul regret de Norman Mailer

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    Vingt-six ans après le second meurtre commis en 1981 par Jack Henry Abbott, Norman Mailer se sent coupable et responsable.
    S. Soriano/Le Figaro.

    JEAN-LOUIS TURLIN (à New York). Publié le 16 juillet 2007Actualisé le 16 juillet 2007 : 08h07


    Chaque jour, une personnalité du monde de la politique, des arts, du sport et de l'économie confie. Aujourd'hui, le géant de la littérature américaine Norman Mailer.


    « JE LE REGRETTE, oui, je le regrette prodigieusement. » Vingt-six ans après le second meurtre commis en 1981 par Jack Henry Abbott, Norman Mailer se sent coupable et responsable. Non tant d'avoir joint sa voix au choeur des intellectuels new-yorkais qui plaidaient pour la remise en liberté d'un assassin repenti et publié, mais de n'être pas allé jusqu'au bout de ses responsabilités envers un instable, incapable d'affronter sa liberté provisoirement retrouvée.


    En 1978, Norman Mailer travaille sur son livre Le Chant du bourreau, fondé sur l'exécution d'un assassin célèbre, Gary Gilmore. Pour sa documentation sur la vie dans les couloirs de la mort, il s'adresse à un autre condamné, Jack Abbott, qui se révèle un correspondant de talent. Au point que Mailer publie certaines de ses lettres dans la prestigieuse New York Review of Books avant de les réunir dans un livre : Dans le ventre de la bête. Trois ans plus tard, la notoriété épistolaire du meurtrier ferait contrepoids à son casier judiciaire.


    Après une enfance difficile marquée par des séjours successifs en maison de correction, Abbott avait 18 ans quand il a été condamné en 1962 à cinq ans de prison pour falsification de chèques. Trois ans plus tard, il y poignardait à mort un détenu et en blessait un autre au cours d'une rixe. En 1980, il avait fait naturellement appel à son mentor littéraire pour appuyer sa demande de libération sous surveillance après 18 ans de détention. Mailer s'était porté garant de lui en promettant de l'aider à trouver du travail. Mais Abbott était un récidiviste. Lors d'une première remise en liberté, il avait tenté de dévaliser une banque. La seconde allait avoir de plus graves conséquences : six semaines après sa sortie, le protégé de Mailer donnait un coup de couteau mortel à un garçon de restaurant de 22 ans sur le point de commencer une carrière d'acteur à New York, Richard Adan. Réincarcéré à vie, Abbott publiait en 1987 un second livre : Mon retour. Le 10 février 2002, on le retrouvait pendu avec un drap dans sa cellule.


    Aujourd'hui âgé de 84 ans, Mailer est encore hanté par l'affaire Abbott : « Je me suis senti coupable quand c'est arrivé, parce que j'en savais assez sur le compte de Jack Abbott... J'avais écrit Le Chant du bourreau et Jack m'y avait aidé. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu l'aider à mon tour. Il m'avait envoyé de prison 70 lettres merveilleuses et elles m'avaient permis de mieux comprendre la situation carcérale. Je savais donc que quand il sortirait, il causerait des ennuis. Mais quand il m'avait demandé de faire partie du comité qui devait émettre un avis sur sa remise en liberté, j'avais dit oui, pensant qu'il n'avait aucune chance. J'avais bien tort. Ce que j'ai appris des années plus tard, c'est que la commission des libérations conditionnelles était très contente que nous, les intellectuels new- yorkais, nous nous soyons engagés en faveur de sa sortie, car cela lui enlevait une épine du pied. De toute façon, elle l'aurait laissé sortir un an plus tard. Quand Jack s'est retrouvé libre, je savais que mon devoir était de rester proche de lui. J'étais son oncle Norm. Il venait dîner à la maison, mes enfants étaient là et ils ne se sont jamais sentis plus en sécurité près d'un autre homme. Mais, pendant tout ce temps, je savais qu'il n'était pas équilibré, qu'il enrageait et qu'il gardait toute sa rancoeur ramassée. Je ne voulais pas passer tout mon temps avec lui. Ce n'était pas le type le plus intéressant de la terre et je n'avais pas envie de lui consacrer toutes mes soirées, ce qui aurait pourtant été nécessaire, j'en étais conscient. Alors quand c'est arrivé, je ne pouvais être tout à fait surpris. Je n'avais pas assumé mes responsabilités. Je le regrette donc, oui, je le regrette prodigieusement. »


    Agirait-il différemment aujourd'hui ? « Je crois que j'hésiterais à prendre ce genre de responsabilité à moins d'être prêt à m'y sacrifier totalement. Si l'on prend la responsabilité de faire sortir quelqu'un de prison, il faut assumer ou ne pas le faire. J'ai eu du mal à vivre avec ça, car je me suis rendu compte que j'avais non seulement mal agi, mais que les dégâts étaient immenses. Voyez-vous, les détenus détestent Jack Abbott, même s'il est mort maintenant, car il a obéré leurs propres chances de bénéficier d'une libération conditionnelle. Je ne pense pas qu'un type comme Abott soit jamais à 100 % sincère. Il était incapable de faire face à sa nouvelle vie. Il n'était absolument pas prêt à affronter le monde. »


    « Si l'on prend la responsabilité de faire sortir quelqu'un de prison, il faut assumer ou ne pas le faire. J'ai eu du mal à vivre avec ça. »





    Source:http://www.lefigaro.fr/reportage/20070716.FIG000000253_le_seul_regret_de_norman_mailer.html

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    Littérature:Nouvelle édition des "Essais" de Montaigne

    Par Mathieu LINDON
    QUOTIDIEN : jeudi 24 mai 2007
    Montaigne Les Essais Edition établie par Jean Balsamo, Michel Magnien et Catherine Magnien-Simonin. Edition des «Notes de lecture» et des «Sentences peintes» établie par Alain Legros. Gallimard, «la Pléiade», 2076 pp., 69 € jusqu'au 31 août, 79 € ensuite. Album Montaigne Iconographie choisie et commentée par Jean Lacouture, 286 pp., volume offert par le libraire pour l'achat de trois volumes Pléiade durant la Quinzaine de la Pléiade (jusqu'au 2 juin).
    «L 'ignorance et l' incuriosité sont deux oreillers fort doux; mais pour les trouver tels, il faut avoir la tête aussi bien faite que Montaigne.» La vingt-septième des Pensées philosophiques de Diderot dit bien pourquoi une nouvelle édition des Essais est bienvenue. Parce que c'est une bénédiction de lire, relire ou relire encore Montaigne, et que toute occasion est bonne. Lettre de Flaubert : «Je lis du Montaigne maintenant dans mon lit. Je ne connais pas de livre plus calme et qui dispose à plus de sérénité. Comme cela est sain!» On pourrait dire, non pas que les Essais ­ cette nouvelle édition ajoute l'article au titre habituel ­ apportent une réponse à toutes les questions que le lecteur peut se poser, mais qu'il permet de trouver un réconfort à tous les états dans lequel ce lecteur peut se trouver. Montaigne apparaît comme ce que l'humanisme a de meilleur, mélange de simplicité et d'érudition, d'intelligence, de tolérance et de générosité, ouverture dans ce que le terme a de plus respectable. «Homme libre, toujours tu chériras Montaigne», pourrait-on parodier Baudelaire.
    Par ses notes, cette nouvelle édition, qui comprend strictement les Essais et non Journal de voyage en Italie ni aucune correspondance, fait deux cents pages de plus que la précédente et chaleureuse édition Pléiade des OEuvres complètes de 1962 qui semble devenue aussi inexistante qu'une apparition de Trotski sur une photo stalinienne. «Cette nouvelle édition offre non pas l'hypothétique texte idéal des Essais , mais le texte qui se rapproche le plus du dessein de son auteur», écrivent les trois maîtres d'oeuvre de ce volume. Ah, le dessein de l'auteur, ce «pain merveilleux qu'un dieu partage et multiplie» tel l'amour maternel selon Victor Hugo, que voilà une notion délicate à déterminer et respecter dans toute sa rigueur. Toujours est-il qu'il s'agit en l'occurrence du texte posthume établi en 1595 (Montaigne est né en 1533 et mort en 1592) par Marie de Gournay, sa fille adoptive, à partir de deux exemplaires de l'édition précédente annotés par l'écrivain, dont l'un aujourd'hui perdu. Il s'ensuit divers ajouts et un changement de numérotation dans les chapitres du Livre premier. L'orthographe et la ponctuation posthumes sont également préservés ici, si ce n'est dans les détails aidant la lecture pour différencier à coups d'accent grave et à ou la et là . Pour le confort du lecteur, on a aussi eu l'excellente initiative de traduire en bas de pages les citations latines et certains mots d'ancien français.
    L'édition 2007, ce qui est moins immédiatement à l'avantage du lecteur, refuse tout paragraphe qui introduit un sens indu dans le texte de Montaigne, de sorte que, comme à l'origine, chaque chapitre se présente en un seul bloc, tel un texte de Thomas Bernhard. L'écrivain autrichien, qui mettait presque systématiquement un extrait de ses propres textes dans ses épigraphes, avait d'ailleurs choisi une citation de Montaigne en tête de son chef-d'oeuvre Extinction : «Je sens la mort qui me pince continuellement la gorge et les reins. Mais je suis autrement faict : elle m'est une partout.» L'édition 2007 supprime aussi les discrets «(a)» ou «(b)» qui indiquaient précédemment les diverses strates du texte (1580, 1588, ensuite), au titre que ressentir dans la continuité les contradictions du texte est plus dans l'esprit de son auteur, et que de toute façon le nombre de ces strates est indéterminable. «La lente élaboration d'une des phrases les plus fameuses des Essais en apporte la preuve. Devant la difficulté d'analyser les raisons de son amitié pour La Boétie, Montaigne avait reconnu avant 1580 : " Si on me presse de dire pourquoy je l'aymois, je sens que cela ne se peut exprimer"; après 1588, il a tout d'abord ajouté en marge: " qu'en respondant : Par ce que c'estoit lui"; puis, dans un moment ultérieur, d'une autre encre, beaucoup plus pâle, il achève et équilibre enfin la formule sublime : " par ce que c'estoit moy." » Preuve à multiples tranchants, car les indications des éditions précédentes n'ont certes pas empêché la phrase de faire son chemin.
    Les éditeurs de 2007 rendent hommage à la fidélité du travail de Marie de Gournay en 1595, et il est vrai que leur propre travail serait moins intéressant si la fille adoptive de Montaigne eût été désinvolte. Mais on nous assure que ce retour au texte posthume est consensuel chez les spécialistes d'aujourd'hui. Il y a de toute façon quelque chose d'admirable et de quasi romanesque dans cette recherche qu'a dû être ce nouvel établissement du texte et dont le lecteur n'a idée qu'à travers quelques mots échappés ici ou là aux éditeurs, comme quand on comprend qu'ils ont dû collationner le maximum des volumes trouvables et introuvables de l'édition de 1595 pour prendre en compte les corrections faites au fil de l'impression, les exemplaires de l'époque pouvant varier de l'un à l'autre.
    SOURCE DE CET ARTICLE:

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    Je viens de lire

    b2ae8d6d46024f9d060d8847500636d3.jpg(SOURCE DE L'IMAGE:http://www.info-presse.fr/revue/telerama-hors-serie_M2096H.htm)

    « René Char. Le géant magnétique », hors-série de Télérama, pour revenir longuement sur l’itinéraire personnel et poétique de celui qui inscrivait ses pas dans ceux de Rimbaud et écrivait : « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. » 100 p., 7,80 €.

    Quand l’obscur éclaire

    Il n’est pas utile d’être clair pour changer le monde : ce credo, Char le défendit toute sa vie. Cent ans après sa naissance, le poète résistant est célébré dans une exposition à Paris.

    René Char passe pour un poète « difficile », « obscur ». Pourtant, l’écrivain de L’Isle-sur-la-Sorgue, dont on fête le centenaire ce 14 juin, est aussi, dans un concert littéraire où la poésie s’est faite discrète, l’un des auteurs français contemporains les plus cités et les plus lus. Comme si, les textes se mêlant à la vie, il incarnait la figure du poète dont nous éprouvons tant le besoin aujourd’hui...

    Les poètes ne parlent pas comme tout le monde, ils utilisent des modes­ particuliers du langage. Autrefois, ce langage particulier était mis en évidence et comme justifié par les contraintes multiples auxquelles devait se soumettre le poème – rimes, métrique, rythmique, composition – et par les licences, les exceptions à la règle langagière courante qu’on lui accordait. Puis les contraintes tombèrent, mais le poème demeura. C’étaient les mêmes mots, la même grammaire souvent, mais, à la différence des prosateurs, les poètes n’administraient pas la langue, ils ne la géraient pas pour la rendre plus efficace : au contraire, ils ne l’employaient que pour mieux en affaiblir les pouvoirs et les maléfices, et mieux atteindre le réel.

    Du coup, la question de l’« obscurité » de la poésie prit un tour nouveau. Mallarmé en fit une sorte de dogme, afin de séparer radicalement le poème de « l’éternel journalisme » et de ses fausses clartés. Puis survint le surréalisme, désireux de surprendre, provoquer, déstabiliser, rompre avec la société et avec les logiques qui la soutenaient. La clarté­ rationnelle et le raisonnement articulé ne faisaient pas partie de son arsenal. Pas plus que le désir de « faire de la littérature » ou de toucher un vaste public. René Char se sentit immédiatement à son aise, dès la fin des années 20, avec le groupe formé autour d’André Breton, d’Aragon et surtout de Paul Eluard, son ami. Et le groupe surréaliste adopta sans hésitation ce poète de 22 ans, aussi épris de révolte que de beauté. Tous désirent que la poésie agisse, qu’elle ne soit pas un ornement du langage, mais une manière de «changer la vie», comme disait Rimbaud.

    Lorsque Char, à la fin de 1934, s’éloigne d’un groupe déchiqueté par les querelles internes et par les passions politiques, c’est sur la pointe des pieds et sans la moindre polémique. Même s’il ne pardonnera pas à Aragon d’avoir assujetti la poésie aux intérêts d’un parti. Car Char, lui, refuse la confusion des langages et celle des actions. Et lorsque survient l’occupation nazie, il cesse, sinon d’écrire, du moins de publier. L’action poétique est devenue impossible sous le règne de la barbarie, et faire croire le contraire reviendrait à leurrer les lecteurs sur la nature de ce qu’ils vivent, à les tromper sur le réel.

    Dès 1941, réfugié en Provence après sa démobilisation, Char prend contact avec des petits groupes de résistants. En 1942, le capitaine Alexandre devient le chef du secteur­ Durance-sud de l’Armée secrète. En 1944, il est expédié à Alger pour y collaborer au débarquement allié. L’ancien poète a abandonné sa plume pour suivre cette petite cohorte d’hommes disparates réunis par un refus de « l’innommable » : « Ce conglomérat fut sur le point de devenir, entre les mains d’hommes intelligents et clairvoyants, un extraordinaire verger comme la France n’en avait connu que quatre ou cinq fois au cours de son existence et sur son sol. Mais quelque chose qui était hostile, ou simplement étranger à cette espérance, survint alors et la rejeta dans le néant. »

    Comme nombre de ses camarades de combat, Char est en effet désespéré par la désillusion de la Libération. Il attendait l’aurore de temps nouveaux, il assista à l’affrontement des communistes qu’il n’aimait pas, face aux gaullistes qu’il n’appréciait pas davantage. Les Feuillets d’Hypnos­, qui paraissent en volume en 1946, rassemblant 237 fragments écrits entre 1943 et 1944, ne sont pas seulement un témoignage sur la Résistance écrit dans une langue magnifique, c’est aussi une réitération, dans une perspective plus vaste­ et plus concrète, de la profession de foi du jeune surréaliste dans le pouvoir de la poésie, infiniment plus efficace que le pouvoir de la politique et de ses bavardages.

    C’est le paradoxe de ces années 60, où s’affirme et s’affermit la figure majeure de Char dans la littérature française. Pour l’essentiel, sa gloire se construit sur sa stature de combattant exemplaire dont la parole, puissante et grave, se dresse face aux énigmes du mal, de la violence, de la domination et de la laideur. Mais, en même temps, le poèterésistant que l’on célèbre, que l’on cite sans arrêt – et sans toujours bien comprendre – dans les discours cultivés, que l’on apprend dans les écoles et que l’on récite sur les plateaux des théâtres, est celui qui, dans le silence du retrait et de la méditation, élabore une poésie qui ne demande rien qu’à elle-même et ignore superbement l’actualité.

    D’où la séparation, plutôt brutale, qui divise les poètes d’aujourd’hui, à propos de Char. Séparation, une fois encore, qui est plus affaire de « figure » que de textes ; comme si la légende, déjà, avait pris le pas sur la réalité. Certains d’entre ces poètes, et pas parmi les plus médiocres, avouent ne pas supporter, sauf en parodie, ce culte poétique dont Char s’était fait le grand prêtre. Ils moquent les extases et les illuminations du prophète. D’autres, pas forcément plus âgés, pas toujours moins savants ou moins sensibles, publient au contraire leur admiration pour cette parole capable d’atteindre le cœur des choses et des êtres. Char n’a évidemment pas de disciple, mais sa radicalité sert d’exemple.

    Quant au public, il a, semble-t-il, tranché : René Char, poète réputé hermétique, est un succès de librairie. Jean-Pierre Siméon, le directeur du Printemps des poètes, qui a mené une enquête, souligne qu’il s’est déjà vendu plus de 62 000 exemplaires des Œuvres complètes de Char dans la bibliothèque de la Pléiade, que Fureur et Mystère a atteint 200 000 exemplaires en édition de poche. Dans l’atelier du poète, l’antho­logie illustrée, réalisée par Marie-Claude Char pour Quarto-Gallimard, vient d’être rééditée. Quant à Lettera amorosa, le grand poème accompagné de dessins de Braque et de Jean Arp, son édition de poche parue à l’occasion du centenaire (1) connaît un très grand succès. A croire que les Français, s’ils délaissent la poésie, aiment encore les poètes. .
     

     
    A LIRE

    Pays de René Char.
    Un bel ouvrage, richement illustré, sur les visages et les paysages de sa vie. Les nombreux documents inédits – photos, dessins, peintures, lettres, manuscrits – dialoguent avec un texte sobre. De Marie-Claude Char, éd. Flammarion, 260 p., 45 €.
     
    A VOIR
    Exposition « René Char » à la BnF
    La Bibliothèque nationale de France organise une grande exposition qui, se veut une mise en perspective de l’homme et de l’œuvre, à travers témoignages, correspondances, documents photographiques, manuscrits enluminés… Jusqu’au 29 juillet, site François-Mitterrand, hall Est, Paris 13e. Tél. : 01-53-79-59-59.

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     1) Ed. Gallimard, coll. Poésie, 70 p., 15,30 €.

    Télérama n° 2991 - 12 Mai 2007

     

     

     

     

     

     

    SOURCE DE L'ARTICLE:http://www.telerama.fr/livres/M0705071111027.html

  • Etymologie: nos racines arabes

    Bougie, guitare, tulipe ou épinard... Un ouvrage recense près de 300 mots français issus de la langue arabe.
    Par Natalie LEVISALLES
    QUOTIDIEN : vendredi 18 mai 2007
    I l y a deux fois plus de mots français d'origine arabe que de mots français d'origine gauloise», nous apprend Salah Guemriche. Peut-être même trois fois plus. Pour une centaine de mots gaulois, donc, on a près de trois cents mots arabes dans le français d'aujourd'hui, les plus anciens arrivés il y a six ou sept siècles, les plus récents datant de la colonisation de l'Afrique du Nord, et de ses conséquences. Dans le Dictionnaire des mots français d'origine arabe (et turque et persane) (1), Salah Guemriche recense tous ces mots et nous raconte leur étymologie (certaine ou probable) et leur métamorphose progressive. En linguiste amateur et enthousiaste (il est romancier et journaliste), il a compilé différents dictionnaires ( Trésor de la langue française, Dictionnaire étymologique de tous les mots d'origine orientale ...), acceptant souvent leurs hypothèses, en proposant parfois d'autres. Comme l'indique la parenthèse du titre, et comme la lecture le confirme, une bonne partie de ces mots arabes sont eux-mêmes des importations du turc, et surtout du persan.
    Si l'origine de certains ­ «caravane», «bazar», «macache», «kif-kif», «maboul»... ­ est transparente, il y a bien d'autres mots dont la présence dans cette liste est inattendue. Au hasard (de az-zahr , le coup de chance) et fissa (de l'arabe maghrébin fissa'a , illico) : «arobase», «amiral», «avanie», «albatros», «bougie», «carat», «douane», «guitare», «houle», «luth», «mage», «mesquin», «mortaise», «raquette», «truchement» ou «vérin». On remarquera que la langue arabe a généreusement alimenté certains domaines du vocabulaire : équitation, astronomie, botanique, mais aussi cuisine («café», «pilaf», «sirop», «sorbet», «sucre»), chimie («alambic», «alchimie», «alcool») ou navigation («patache», «récif», «calfater»).
    Parmi les découvertes les plus surprenantes, on apprend que «crouillat» (ou «crouille»), ce terme violemment raciste, vient de l'arabe dialectal khouya , qui signifie «mon frère». De même que «bicot», autre terme raciste, vient de l'arbi (l'arabe), d'où «arbicot», puis «bicot». Autre étonnement : le nombre de doublets (mots différents qui ont une étymologie commune). «Azimut» et «zénith» viennent tous deux de as-samt (la direction), «turban» et «tulipe» de tülbent (turban en turc), «azur» et «lapis-lazuli» de l'arabe lazurd , emprunté au persan lazward , (bleu clair et intense), «tambour» et «timbale» du persan tabir (tambour). Mais le record est battu par qirmiz (cochenille) qui, à lui seul, a donné trois mots : «carmin», «cramoisi» et le médicament ancien «alkermès».
    Calligraphie Hassan Massoudy
    (1) Dictionnaire des mots français d'origine arabe, Salah Guemriche, Seuil, 878pp.
    Hassan Massoudy est aussi l'auteur de ABCdaire de la calligraphie arabe, Flammarion et de Calligraphie pour l'Homme, Alternatives.
    Mes propres textes sont en capitales dans la liste des catégories.

  • Beckett les mots mis à nu

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    www.parisbeckett.com

    A Beaubourg, une exposition claire et dynamique sur l'univers de l'auteur d'«En attendant Godot».
    Par LANÇON Philippe
    QUOTIDIEN : mercredi 21 mars 2007
    Samuel Beckett Centre Georges-Pompidou, Paris IVe. Jusqu'au 25 juin.

    Des mots qui la ferment, c'est rare. Ceux de Samuel Beckett ont cette élégance-là. Ils s'effacent eux-mêmes. Quand ils disent : «Je vais le leur arranger, leur charabia» (citation avant l'entrée, écrite au mur, exposée bilingue comme toutes, mi-noir mi-gris), c'est d'eux-mêmes qu'ils parlent. Ils sont là parce qu'ils ne peuvent pas ne pas y être. Ils mériteraient de n'y être pas. Ils le savent, le portent. Ils jaillissent, se regrettent, s'étranglent. En somme, ils meurent vivants, au comptoir, verre au pied, après la fin du monde. Qui a le culot d'être toujours là.

    Beau et raté.

    Comment montrer ça ? Donner à voir cette extinction ? Célébrer la cérémonie sans cérémonie ? L'exposition que consacre à l'auteur de Molloy le centre Pompidou s'y essaie. C'est beau. C'est clair. C'est réussi. Donc c'est raté. Au sens où l'écrivait Beckett : «Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.» La citation est inscrite sur un mur, section oeil. Elle est aussi au dos du catalogue intitulé Objet . Une lettre inédite y donne le sens du combat que l'itinéraire va montrer : «Espérons que viendra le temps [...] où le langage sera utilisé au mieux là où il est malmené avec le plus d'efficacité. Comme nous ne pouvons pas le supprimer d'un seul coup, tâchons au moins de le discréditer.» La lettre est écrite en 1937, après un long voyage en Allemagne. L'horreur s'annonce. Beckett a compris avant. Le langage précède l'événement. Le ton suit. Le ton est en vitrine, parmi manuscrits et tapuscrits. Par exemple, dans cette lettre à Roger Blin, premier metteur en scène d' En attendant Godot : «L'esprit de la pièce, dans la mesure où elle en a, c'est que rien n'est plus grotesque que le tragique, et il faut l'exprimer jusqu'à la fin, surtout à la fin.» L'exposition n'est pas grotesque. Les musées ne sont pas faits pour ça. Mais elle le fait sentir, remonter du sérieux. Les musées servent parfois les sentiments qu'ils n'ont pas.

    Champ d'onomatopées.

    Huit espaces rythment le chemin, de la voix au vide. Ils sont baptisés au couperet : Voix, Restes, Truc, Scènes, oeil, Cube, Bram, Noir. Beckett est l'oiseau qui chante bref, un échassier posé sur un champ de ruines et d'onomatopées. Il a dessiné un volatile qui lui ressemble peut-être, mi-oiseau de feu, mi-oiseau de farce, posé sur un perchoir dans le blanc à petits carreaux. C'est le cahier autographe de Mercier et Camier (1946).
    On entre par Voix. Dans un couloir à néons, projetée sur le mur, une bouche parle. Elle dit, en anglais, Not I («Pas moi»), un texte de 1989. Un murmure de l'acteur Michael Lonsdale enveloppe l'antichambre. En vis-à-vis, dans le dos, le négatif agrandi d'une photo de livres en rayon. Chambre noire, bibliothèque, caverne vocale, oraison de nuit et brouillard. La bouche ? «Un organe d'émission sans intellect», dit plus loin une actrice interviewée. Pour jouer Beckett, ajoute-t-elle, «il faut se déposséder, se vider de soi, de sentiments». Pour le découvrir aussi : l'exposition y aide. Restes est une salle en long, sans régularité. Des tableaux, des films underground, des manuscrits au centre de la pièce, souvent illisibles : chambre d'échos. L'image est une expérience qui épuise l'image comme le mot éteint le mot. Un néon rouge de Jean-Michel Alberola dessine cette parole : Rien. Au mur, ceci : «D'abord le corps. Non. D'abord le lieu. Non. D'abord les deux.» Cap au Pire, 1991. C'est le pays des vanités. Scènes, l'espace suivant, montre le théâtre. Le long d'un mur, des extraits de pièces. Voici Comédie, filmé en 2001, par Anthony Minghella pour la BBC : trois acteurs aux visages couverts de boue, dont Kristin Scott Thomas, plongés chacun dans une amphore. Ils récitent en anglais, à grande allure. Le champ s'élargit : un arbre mort, d'autres amphores pleines, un paysage dévasté. Les ruines elles-mêmes ont quitté Pompéi. Reste ça, des bouts de corps et un peu de langage. Dit comme si tout ce qui doit l'être était ­ presque ­ indicible. Plus loin, face aux photos de Beckett contrôlant sans fin le respect des didascalies de ses pièces d'un bout à l'autre du monde, quelques extraits fameux d 'En attendant Godot , d' Oh les beaux jours . Madeleine Renaud, Winnie d' Oh les beaux jours en 1963, parle bref, plantée en terre. Devant, sous vitrine fétiche, le sac en cuir et les accessoires que l'actrice en sortait peu à peu. Penchez-vous : le bâton de baume à lèvres était à l'huile de jojoba. Les objets sont des mots, les mots sont des objets. Geneviève Serreau, interviewée en 1968, se souvient du public des premières représentations d' En attendant Godot , quinze ans plus tôt : «C'étaient les visons qui partaient les premiers.» La pièce eut du succès. Beckett dit : «J'ai dû faire des concessions au public. Je n'en ferai plus.»

    Tapis biographique.

    Section oeil, cinéma (lire ci-contre). Filmés en vidéo, des écrivains parlent de l'auteur, de l'homme. Ils sont intimidés, chaleureux, simplifiés par celui dont ils parlent. Raymond Federman, souriant : «Les textes de Beckett disent ce qu'ils disent : "Qu'est-ce que je fous ici en train de faire ce que je fais ?" Il faut tenir le coup, chez Beckett. Il faut tenir le coup malgré tout.» En riant comme on boit, sec. Voilà l'espace Truc : tableaux, lettres, photos, présence des anciens, Joyce avant tout. Truc : une mine, le tapis biographique d'un homme qui a beaucoup lu, beaucoup su, beaucoup voyagé, beaucoup combattu (dans la Résistance), avant de faire le vide. Truc ? «Ce truc qu'on appelle ma vie.» Plus on avance, plus ça tourne en absurdie. Au mur, dans l'espace Cube, ceci : «Va donc pour la monotonie. C'est plus stimulant.» Bram, c'est Bram Van Velde, le peintre, l'ami, l'homme qui peint malgré comme Beckett écrit malgré. Lettre à Bram, 14 janvier 1949 : «Vous résistez en artiste, à tout ce qui vous empêche d'oeuvrer, fût-ce à l'évidence même. C'est admirable. Moi je cherche le moyen de capituler sans me taire ­ tout à fait.» Dernière salle, derniers tableaux, dernière bande : Noir. Des oeuvres de Richard Serra, de Bram encore, de Tal Coat. La voix de Beckett sort du mur, lisant Lessness : un manque intraduisible. Federman : «Il aimait les préfixes, les suffixes.» Leurs contradictions, leurs impossibilités avouées. Avec le moins de syllabes possible entre les deux. Cloison, chute et fin.

    http://www.liberation.fr/culture/242289.FR.php


    Et jusqu'à juin 2007, pour célébrer le 100 e anniversaire de la naissance de Beckett, le Festival Paris Beckett: http://www.parisbeckett.com/

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, La peinture, Libération

    Miloud LABIED à la galerie Venise Cadre (Casablanca-Maroc) jusqu'au 23 avril 2007(clin d'oeil à Estelle)

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    Après une absence de plus de sept ans, Miloud Labied expose ses oeuvres récentes du 5 au 23 avril 2007 à la Galerie Venise Cadre à Casablanca.

    Miloud Labied est né en 1939 à douar Oualad Youssef dans la région de Kalat Sraghna. Il émigre à Salé, en compagnie de sa famille, en 1945. Autodidacte, Miloud Labied n'a jamais été au msid ou à l'école. Il s'est cramponné à la peinture. « C'était un moyen d'expression vital pour moi », se souvient l'artiste.

    Il fréquente l'atelier de Jacqueline Brodskis où il développe sa technique. Sa première exposition remonte à 1958 au musée des Ouddayas à Rabat. Il participe aux premières expositions importantes consacrées à la peinture marocaine. Une reproduction de l'un de ses tableaux figuratifs, « L'homme et la paix », figure au catalogue de l'exposition « Rencontre internationale des artistes », organisée en décembre 1963 au Musée des Ouddayas à Rabat.

    Après une courte période de peinture figurative, Miloud Labied s'oriente vers l'abstraction. « J'ai compris que la figuration ne mène à rien. J'ai cherché autre chose. » Peintre chercheur qui renouvelle constamment son art, il a exploré plusieurs formes.

    Aucune de ses périodes ne ressemble à l'autre. Il ne s'est jamais complu en un seul style. La solution à un problème le plonge à chaque fois dans une nouvelle aventure. Miloud a été figuratif, abstrait lyrique, abstrait géométrique, sculpteur et photographe.

    Dans ses derniers tableaux, il mêle abstraction et figuration. Sa peinture témoigne d'une grande maturité et d'une façon très personnelle de créer des foyers énergiques dans ses tableaux.

    Alors que la plupart des peintres acccentuent le traitement du centre de leurs toiles au détriment des alentours, Miloud procède inversement. La tension dans ses oeuvres ne vient pas du centre, mais des abords.

    Miloud Labied a créé une fondation d'arts graphiques où il expose des estampes de peintres étrangers et marocains. La fondation se situe en rase campagne entre Marrakech et Amzmiz. La vie et le travail de Miloud Labied sont partagés entre cette fondation et son appartement à Rabat.


    http://fr.allafrica.com/stories/200703220560.html

    Je n'ai pas trouvé sur le net les tableaux que j'avais préférés dans l'exposition dont j'ai (grâce à Estelle) heureusement le catalogue.

    Merci Estelle.

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  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Libération, Mes textes d'adulte

    La protection

    La protection
    C’est la passion
    De la vie

    La protection
    C’est un compagnon
    Une relation
    A l’unisson
    Où tout se confond
    Qui fait tenir bon
    Les sensations
    Les frissons
    Les pulsions.
    L’abandon
    L’abdication
    Sans renonciation
    La libération
    Au diapason
    De l’union.

    La protection
    C’est la contemplation
    De la nature
    Un bourgeon
    En éclosion

    La protection
    C’est l’admiration
    De quelques-uns
    Qui nous font avancer

    La protection
    C’est la passion
    De la vie

    3/04/2007

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des expositions, L'art, Libération

    Odilon Redon, rêveur ultime

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    Odilon Redon
    Lithograph from Temptation of Saint Anthony portfolio, 1933

     

     

     

     

     Hommage à Francfort au peintre français, fantaisiste fantomatique.

    Par Gérard DUPUY
    QUOTIDIEN : vendredi 9 février 2007
    Envoyé spécial à Francfort-sur-le-Main
    Odilon Redon «Wie im Traum» («Comme en rêve»), à la Schirn Kunsthalle de Francfort, jusqu'au 27 avril.
    S'il est un peintre français qu'on n'irait pas chercher à l'ombre de la Banque centrale européenne, c'est bien Odilon Redon (1840-1916). Pourtant, c'est à Francfort qu'il faut se rendre pour découvrir l'exposition complète que cet artiste n'a pas eue en France depuis très longtemps. La Schirn Kunsthalle, connue pour la qualité et l'originalité de ses manifestations, justifie ainsi à nouveau sa réputation. Mais n'est-ce pas une façon de rappeler que Redon, artiste discret, a connu de son vivant un réel succès international... et qu'il était déjà montré en Allemagne à la veille de la déclaration de guerre d'août 1914 ? Et que, comme tant d'autres de ses compagnons, à commencer par Mallarmé dont il a fréquenté le cercle, il était wagnérien ? Quitter à rester fidèle, quant à lui, à son frêle solo singulier.
    Ténébrisme lunaire. Au commencement, pour Redon, était le dessin ­ en noir et blanc, avec une propension au ténébrisme lunaire, selon la posture romantique en usage. La Schirnhalle montre quelques exemples de ce point de départ, du côté de Goya, Delacroix ou du Hugo des lavis. Mais, très vite, il trouve sa voix, à la fois flûtée donc, et monstrueuse. Ses anges déchus se font bêtes étranges ou têtes humaines au corps perdu, qui flottent dans l'espace impassible comme un aérostat qui ne serait qu'un oeil immense. L'atmosphère est bien celle d'un rêve ­ ce mot s'est imposé pour Redon, et d'abord à Redon lui-même, qui a intitulé Comme en rêve un des recueils de dessins qu'il a publiés. Mais ce sont des rêves sans anecdote ni scénario qui nous sont donnés à voir. Des corps ­ parfois des sortes d'organismes ­ sont formés ou déformés par une aventure dont on ne sait rien. Etrangement, le bestiaire qui en résulte, et qui pourrait être menaçant, baigne dans une sorte d'étrangeté sereine ou ironique. L'art de Redon apprivoise les monstres qu'il engendre.
    On prononce presque inévitablement, à son propos, le mot de surréalisme, mais André Masson était plus précis quand il écrivait que Redon «est grand par son fantastique biologique. Il s'intéresse aux phénomènes d'éclosion, de germination, ce qu'aucun peintre n'avait fait avant lui». Il faudrait décliner : fantasque fantaisiste et fantasmatique fantomatique. Cet univers n'est pas noir seulement de couleur, et diverses représentations carcérales reprennent le vieux thème de l'âme prisonnière. Ainsi ce personnage, le Prisonnier, devant une sorte de mappemonde trois fois plus grosse que lui : son «boulet», autre titre du dessin. Ces oeuvres, surnommées «les Noirs» de Redon, sont réalisées à la mine de plomb ou au fusain (malgré son admiration pour Goya, Redon n'a pas pratiqué la gravure), dans un format parfois assez grand. Achevées, elles sont destinées à être montrées telles quelles, dûment encadrées, comme celles que collectionne Des Esseintes dans le roman de Huysmans.
    Accords de tons. 
    Mais autour de la cinquantaine, Redon allume les couleurs. Il ne lâche pas tout à fait le crayon pour cela : le pastel devient son outil de prédilection et il y excelle. Les accords de tons auxquels il parvient d'emblée resteront sa marque jusqu'à la fin de sa vie. A la fois acides et précieux, doux et violents, ils dynamitent le ronron contemporain : après avoir ignoré l'impressionnisme, Redon l'enjambe. Les peintres nabis qu'il côtoie alors (ils sont d'une bonne génération plus jeunes que lui) ne feront pas plus péremptoire en matière de dissonances neuves que ce «symboliste» lunaire. Mais, proche de l'improbable spiritualisme fin de siècle à la Péladan, Redon continue à ne guère s'intéresser au monde réel, notamment au paysage que pratiquent beaucoup ses jeunes amis. Rêveur définitif, il s'en tient à sa «barque mystique» et n'imagine de paysage que mental.
    Il approche alors d'une sorte de tachisme organique et apprend à plier la peinture à l'huile à sa singulière palette. D'énormes papillons planent dans des jardins inouïs, de vagues silhouettes se dessinent sur un brouillard chatoyant. Cette manière conduira à l'oeuvre la plus ambitieuse qu'il ait entreprise, deux fresques, le Jour et la Nuit, faites à l'abbaye de Fontfroide (Aude) à la demande d'un esthète qui y logeait. Celles-ci concluent l'exposition de Francfort... en fac-similé.
    Alors, à près de 70 ans, Redon devient un peintre de fleurs, jetant sur la toile d'imaginaires bouquets multicolores sidérants de liberté. Il s'est avancé très loin de l'imagier qu'il avait été et qu'on dira proto-surréaliste. Néanmoins, il demeure très lui-même. «J'ai fait un art selon moi», avait-il écrit. Il n'a jamais dévié de ce programme élémentaire.
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     - Der Buddha
  • Des nouvelles du salon du livre de Casablanca (Maroc)

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     « La poésie au Maroc » avec Zaghoul Morsy, Amina Benmansour(que j’ai vu et entendu, cf. café littéraire, notes du 20 décembre 2006), Brahim Allabi,

    , Ghita El Khayyat

     
    ISHMAEL OU L'EXIL
    MORSY ZAGHOUL  
    Est-ce seulement parce que Husseyn est arabe et que Sylvia est juive que leur amour est impossible ? Ou bien, dans ce Maroc du milieu des années soixante, agité par les émeutes qui soulèvent le pays après la disparition de l’emblématique Medhi Ben Barka, les féodalités omnipotentes et arrogantes, les mentalités rétrogrades, les illusions libératrices sur fond de guerre froide, de tragédie israélo-palestinienne... interdisent-elles tout avenir au couple ?
    Entre bien des approches et des interprétations possibles, ce livre magnifique est à la fois une odyssée intérieure, où se pose de façon quasi obsessionnelle la question du destin de l’arabité et celle de la vulnérabilité et de la survie du couple, et un voyage circulaire très précisément circonscrit dans le temps et l’espace, de Rabat à Casablanca en pleine lumière, et de Casablanca à Rabat dans la nuit.
    C’est aussi le passage irréversible du sacré au laïque, de l’aliénation infligée à toute tentative de libération que suggère le mythe Quetzalcoatl évoqué en filigrane.
     

    http://www.gallimardmontreal.com/gallim/site/livre.jsp?pEAN13=9782729114824&pRayonID=29&pPreviousPageID=9&pNOPRESERVECurrentPageNumber=13

     

    Brahim Allabi

    « Incandescence » est à lire en effet comme le lieu d’un feu, à la fois immémorial et spectral, sculpté dans les mots.

    Le poète - la figure du poète - y épouse d’emblée la figure mythique du phénix et s’élance, toutes ailes déployées, pour propager ce qui fait son essence : le feu. Tout doit dès lors s’embraser à son passage, à commencer par les mots eux-mêmes, devenus soudain braises crépitant. D’où la forte intonation " musicale " des vers, soutenus par un rythme haletant. Furtivité et fulgurance s’y conjuguent, ne laissant aucune place à la lenteur, comme s’il s’agissait de faire vite face à la mort toujours prompte à frapper

    http://www.bladi.net/8372-incandescence.html

     

    Ghita El Khayat

    Médecin psychiatre à Casablanca, Ghita El Khayat est née en 1944 à Rabat. Elle est aussi l’auteur de nombreux articles et livres sur la condition féminine dans le monde arabo-islamique. Son portait par le photographe Gérard Rondeau. Parmi ses œuvres  Le Monde arabe au féminin  (L’Harmattan, 1985) : L’ouvrage commence par des généralités, mais s’intéresse aussi à chacun des 21 pays arabes et évoque les particularismes régionaux.  Le Maghreb des femmes  (Ediff, 1992).  Le Somptueux Maroc des femmes  (Dédico, 1994) : Une recherche des traditions des plus fastueuses aux plus quotidiennes.  Une psychiatrie moderne pour le Maghreb  (L’Harmattan, 1994) : L’auteur évoque la situation au Maroc et dans les pays voisins.  Les Sept Jardins  (L'Harmattan, 1996) : roman.  Le Livre des prénoms  (Ediff, 1998).

    http://www.bibliomonde.com/pages/fiche-auteur.php3?id_auteur=61

    Latifa Bennari : « Pédophilie, une approche différente. La fin d’un silence »

    COMPTE-RENDU PLUS PERSONNEL A VENIR AVEC D'AUTRES RENCONTRES...

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Libération, Web

    Liberté d’expression sur le Net : table ronde le samedi 3 février

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    Écrit par RSF   

    01-02-2007

     

    A l'occasion du Festival de la création sur Internet, Reporters sans frontières organise, le samedi 3 février, à Romans, une table ronde sur la censure du Net et les enjeux du Réseau en matière de liberté d'expression.

    « Il y a encore dix ans, les opposants politiques vietnamiens ou tunisiens imprimaient des tracts dans leurs caves. Ils distribuaient ensuite leur prose à quelques poignées de compagnons de lutte lors de réunions clandestines, résume Reporters sans frontières. Aujourd'hui, les informations "subversives", ou "contre-révolutionnaires", circulent sur Internet. Les dissidents et les journalistes sont devenus des "cyberdissidents" et des "cyberjournalistes". Ils savent monter un blog, organiser un chat, téléphoner par Internet ou utiliser un proxy pour contourner la censure. Malheureusement, si les citoyens se saisissent des fonctionnalités offertes par Internet, les dictateurs eux aussi tentent de mettre la main sur ce nouveau média. »

    La table ronde sera animée par Cai Chongguo, Réza Moini et Julien Pain.

    Cai Chongguo, professeur de philosophie, est l'auteur du blog « Journal d'un chinois ». Il a récemment défrayé la chronique avec un billet relatant son « petit déjeuner avec Nicolas Sarkozy ». Cai était l'un des leaders étudiants des manifestations de Tiananmen, en 1989. Il est l'auteur de « Chine : L'envers de la puissance », publié aux éditions Mango.

    Réza Moini est journaliste et responsable du Bureau Iran de Reporters sans frontières. Il est rédacteur en chef du site d'informations sur les droits de l'homme Bidaran.com. Il est à l'origine de plusieurs campagnes en faveur de la libération de blogueurs emprisonnés en Iran. Il a lui-même passé trois ans derrière les barreaux en Iran, entre 1980 et 1983, en raison de ses prises de positions politiques. Il est réfugié en France depuis 1987.

    Julien Pain, journaliste spécialisé dans les nouveaux médias, est responsable du bureau Internet et libertés de Reporters sans frontières depuis septembre 2003. Il a dirigé la rédaction du « guide pratique de blogueur », paru en 2004 et traduit en sept langues. Il est responsable de www.rsfblog.org, un site qui fait chaque semaine une revue internationale de blogs sur un grand thème d'actualité. Il collabore au site LeblogMédias et à la revue Médias (dernier article paru : « Ras-le-bol de la Netpolitique ! »).

    Rendez-vous le 3 février, salle Les Cordeliers, Place Jules-Nadi à Romans (26)
    Plus d'informations sur le festival de la création sur Internet de Romans : www.festivalderomans.com

    http://www.categorynet.com/v2/content/view/38638/315/

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Le paysage, Libération

    Panorama du panorama

    Voir le paysage et le représenter: une expérience esthétique et politique.
    Par Jean-Baptiste MARONGIU
    QUOTIDIEN : jeudi 14 décembre 2006
    michel baridon Naissance et renaissance du paysage Actes Sud, 414 pp., 32 €.
    L e paysage est une portion de l'espace qu'un observateur embrasse du regard en lui conférant une signification globale et un pouvoir sur ses émotions» :  plus qu'une définition, c'est là le principe structurant Naissance et renaissance du paysage, de Michel Baridon A double titre. D'un côté, l'ouvrage entend en effet rendre raison de l'existence de la chose depuis toujours (bien avant, en tout cas, que le nom ne commence à exister, à la fin du XVIe siècle). De l'autre, il chemine dans les discours pour reconstituer l'histoire qui, depuis l'invention des écritures, a façonné, en les fixant et en les transmettant, nos manières de voir et de représenter le paysage. Historien des jardins et des paysages, Michel Baridon a enseigné la civilisation britannique à l'université de Bourgogne.
    Quoi qu'ils aient pu ressentir devant ce qu'on appelle aujourd'hui un paysage, les anciens Egyptiens ne nous en ont légué que des aperçus succincts, puisqu'ils ne possédaient pas les moyens techniques de faire apparaître trois dimensions sur une surface plane. On le comprend : une chose est de voir un paysage, une autre de le représenter. Mais là où la reproduction par l'image échoue, les textes écrits, même les plus reculés, savent témoigner et d'un monde que le temps allait engloutir et de la sensibilité grandissante, voire d'une tendance irrépressible, des sociétés humaines à «paysager» ce même monde. L'érudition de Baridon est inépuisable, qui collecte, relie, confronte ces textes vénérables qui tous, la Bible en tête, donnent moins un paysage à voir qu'un paysage à imaginer.
    C'est en Grèce ancienne qu'ont été élaborées les techniques donnant lieu aux premiers paysages peints, où l'espace est représenté à la fois dans son ampleur cosmique et comme une entité que le regard peut mesurer et rendre intelligible. Mais comment se fait-il que le paysage ­ production (du) sensible ­ ne se soit manifesté que là où l'explication du réel a commencé à se faire de manière scientifique, au point de rencontre de l'observation et de l'abstraction ? Le paradoxe n'est qu'apparent. C'est justement parce que les Grecs ont vécu dans un espace construit qu'ils ont été capables de le représenter sensiblement : «Ils ont été les premiers à utiliser le même outil mathématique pour tracer les plans de leurs cités, pour délimiter leurs champs, pour établir des cartes et surtout pour échafauder une théorie de la vision.» On peut lire une carte géographique et contempler le cosmos : dans le premier cas, on se donne les moyens de maîtriser l'espace ; dans le second, on s'y abandonne en se laissant envahir par le sentiment de l'infini : «Ces images du monde n'excluent nullement, dans le vécu quotidien, ce lien personnel avec des lieux donnés, ce bonheur de voir des horizons amis qui font le charme de la littérature grecque.» 
    Dans l'histoire du paysage, la diffusion des techniques et leur mise en oeuvre, Rome n'a pas fait que changer d'échelle par rapport à la Grèce. Elle a apporté aussi une sensibilité toute latine à la matière, une manière d'habiter le monde et de le représenter plus terrienne, pour ainsi dire, que les Grecs. Mais la ligne des transformations n'est pas aisée à établir étant donné la rareté des exemples grecs qui nous sont parvenus (quelques fresques, un nombre infime de peintures sur bois, aucun paysage sur toile), alors que la production romaine (à commencer par Pompéi) est imposante. On peut parler d'une véritable évolution du goût, selon Michel Baridon, dont témoigne par exemple une personnalité comme Pline le Jeune, grand collectionneur de tableaux représentant la nature, amateur de beaux paysages et écrivain inspiré par les uns et les autres.
    On a mis sur le compte du christianisme et/ou des invasions barbares la disparition du paysage, tout autant dans le discours que dans les oeuvres. Il est certain qu'avec la nouvelle religion, la ligne d'horizon prend d'autres significations, valorisant tout ce qu'on ne voit pas, l'au-delà de cette ligne justement, au discrédit de l'en deçà, le visible. Pauvres ou riches, ignorants ou cultivés, les gens continuent à aimer cette terre, à être attachés à ses beautés, probablement à en jouir et à en souffrir s'ils en sont arrachés ­ mais le discours ne suit pas, ni les techniques, en partie perdues, comme si le paysage n'avait pas disparu mais s'était éclipsé.
    Pour que le paysage renaisse, pour qu'il redevienne un sujet pour les peintres, les philosophes et les écrivains, il aura fallu, au sortir du Moyen Age, que la nature elle-même s'affirme comme un sujet en soi. Cela n'a pu se faire qu'avec une avancée dans la maîtrise des moyens techniques, aptes à rendre visible la profondeur de l'espace, à travers le retour et la valorisation de l'héritage artistique, littéraire, scientifique gréco-romain. Aussi, à l'aube du XIVe siècle, l'optique était-elle en mesure d'établir un rapport entre l'oeil humain, l'éventail des couleurs et la géométrie. La perspective est en train de naître, sur laquelle se bâtira la manière moderne de saisir et de représenter le paysage. Pétrarque, avec le récit de son ascension du mont Ventoux, et Ambrogio Lorenzetti, dans les fresques sur les effets du bon et du mauvais gouvernement dans le Palazzo pubblico de Sienne, exemplifient parfaitement, aux yeux de Michel Baridon qui interrompt ici son enquête, cette renaissance du paysage après un millénaire d'enfouissement. Depuis, embrasser du regard un paysage requiert qu'on mobilise les sens et l'intelligence, pour aboutir à une expérience à la fois esthétique et éthique, individuelle et sociale, bref politique ­ en ce qu'elle engage la responsabilité de l'homme face au visible.