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Des poèmes - Page 6

  • Joachim Du Bellay,Au fleuve de Loire

     


    Ô de qui la vive course
    Prend sa bienheureuse source,
    D’une argentine fontaine,
    Qui d’une fuite lointaine,
    Te rends au sein fluctueux
    De l’Océan monstrueux,
    Loire, hausse ton chef ores
    Bien haut, et bien haut encores,
    Et jette ton oeil divin
    Sur ce pays Angevin,
    Le plus heureux et fertile,
    Qu’autre où ton onde distille.
    Bien d’autres Dieux que toi, Père,
    Daignent aimer ce repaire,
    A qui le Ciel fut donneur
    De toute grâce et bonheur.

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  • Pour accompagner "Paysages de bohémiens"

    Charles Baudelaire:"Bohémiens en voyage" dans "Les Fleurs du Mal."medium_bbohem.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La tribu prophétique aux prunelles ardentes
    Hier s'est mise en route, emportant ses petits
    Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
    Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

    Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
    Le long des chariots ou les leurs sont blottis,
    Promenant sur le ciel des yeux appesantis
    Par le morne regret des chimères absentes.

    Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
    Les regardant passer, redouble sa chanson;
    Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

    Fait couler le rocher et fleurir le désert
    Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
    L'empire familier des ténèbres futures.

    http://www.poetes.com/baud/bbohemien.htm

  • Cantos

    JPG - 24 koEzra Pound.

    Reverrais-je jamais la Giudecca ?

    ou les lumières qui la masquent, Ca’Foscari, Ca’ Giustinian

    ou la Ca’, comme ils disent, de Desdémone

    ou les deux tours qui n’ont plus leur cyprès

    ou les bateaux amarrés devant la Zattere

    ou le quai nord de la Sensaria DAKRUON DAKPYCON

    et frère Gulpe se construit une belle maison

    de quatre pièces, dont l’une a la forme d’un flacon d’alcool

    http://www.marcvillard.net/spip.php?article696

  • Alfred de MUSSET (1810-1857), A mon frère, revenant d'Italie

    Ainsi, mon cher, tu t'en reviens
    Du pays dont je me souviens
    Comme d'un rêve,
    De ces beaux lieux où l'oranger
    Naquit pour nous dédommager
    Du péché d'Ève.

    Tu l'as vu, ce ciel enchanté
    Qui montre avec tant de clarté
    Le grand mystère ;
    Si pur, qu'un soupir monte à Dieu
    Plus librement qu'en aucun lieu
    Qui soit sur terre.

    Tu les as vus, les vieux manoirs
    De cette ville aux palais noirs
    Qui fut Florence,
    Plus ennuyeuse que Milan
    Où, du moins, quatre ou cinq fois l'an,
    Cerrito danse.

    Tu l'as vue, assise dans l'eau,
    Portant gaiement son mezzaro,
    La belle Gênes,
    Le visage peint, l'oeil brillant,
    Qui babille et joue en riant
    Avec ses chaînes.

    Tu l'as vu, cet antique port,
    Où, dans son grand langage mort,
    Le flot murmure,
    Où Stendhal, cet esprit charmant,
    Remplissait si dévotement
    Sa sinécure.

    Tu l'as vu, ce fantôme altier
    Qui jadis eut le monde entier
    Sous son empire.
    César dans sa pourpre est tombé :
    Dans un petit manteau d'abbé
    Sa veuve expire.

    Tu t'es bercé sur ce flot pur
    Où Naple enchâsse dans l'azur
    Sa mosaique,
    Oreiller des lazzaroni
    Où sont nés le macaroni
    Et la musique.

    Qu'il soit rusé, simple ou moqueur,
    N'est-ce pas qu'il nous laisse au coeur
    Un charme étrange,
    Ce peuple ami de la gaieté
    Qui donnerait gloire et beauté
    Pour une orange ?

    Catane et Palerme t'ont plu.
    Je n'en dis rien ; nous t'avons lu ;
    Mais on t'accuse
    D'avoir parlé bien tendrement,
    Moins en voyageur qu'en amant,
    De Syracuse.

    Ils sont beaux, quand il fait beau temps,
    Ces yeux presque mahométans
    De la Sicile ;
    Leur regard tranquille est ardent,
    Et bien dire en y répondant
    N'est pas facile.

    Ils sont doux surtout quand, le soir,
    Passe dans son domino noir
    La toppatelle.
    On peut l'aborder sans danger,
    Et dire : " Je suis étranger,
    Vous êtes belle. "

    Ischia ! C'est là, qu'on a des yeux,
    C'est là qu'un corsage amoureux
    Serre la hanche.
    Sur un bas rouge bien tiré
    Brille, sous le jupon doré,
    La mule blanche.

    Pauvre Ischia ! bien des gens n'ont vu
    Tes jeunes filles que pied nu
    Dans la poussière.
    On les endimanche à prix d'or ;
    Mais ton pur soleil brille encor
    Sur leur misère.

    Quoi qu'il en soit, il est certain
    Que l'on ne parle pas latin
    Dans les Abruzzes,
    Et que jamais un postillon
    N'y sera l'enfant d'Apollon
    Ni des neuf Muses.

    Il est bizarre, assurément,
    Que Minturnes soit justement
    Près de Capoue.
    Là tombèrent deux demi-dieux,
    Tout barbouillés, l'un de vin vieux,
    L'autre de boue.

    Les brigands t'ont-ils arrêté
    Sur le chemin tant redouté
    De Terracine ?
    Les as-tu vus dans les roseaux
    Où le buffle aux larges naseaux
    Dort et rumine ?

    Hélas ! hélas ! tu n'as rien vu.
    Ô (comme on dit) temps dépourvu
    De poésie !
    Ces grands chemins, sûrs nuit et jour,
    Sont ennuyeux comme un amour
    Sans jalousie.

    Si tu t'es un peu détourné,
    Tu t'es à coup sûr promené
    Près de Ravenne,
    Dans ce triste et charmant séjour
    Où Byron noya dans l'amour
    Toute sa haine.

    C'est un pauvre petit cocher
    Qui m'a mené sans accrocher
    Jusqu'à Ferrare.
    Je désire qu'il t'ait conduit.
    Il n'eut pas peur, bien qu'il fît nuit ;
    Le cas est rare.

    Padoue est un fort bel endroit,
    Où de très grands docteurs en droit
    Ont fait merveille ;
    Mais j'aime mieux la polenta
    Qu'on mange aux bords de la Brenta
    Sous une treille.

    Sans doute tu l'as vue aussi,
    Vivante encore, Dieu merci !
    Malgré nos armes,
    La pauvre vieille du Lido,
    Nageant dans une goutte d'eau
    Pleine de larmes.

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  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des poèmes

    la poète Cécile SAUVAGE, mère du musicien Olivier MESSIAEN »

    la poète Cécile SAUVAGE, mère du musicien Olivier MESSIAEN »

    Je t’aimerai encore sous terre.
    Je t’aimerai de tous mes os,
    Comme ici-bas je fus ta mère,

    Je veillerai sur ton repos.

    (…)

    Ce sera la nuit maternelle
    
L’intime et pur enlacement

    De ton enfance aux membres frêles

    Lorsque tu dormais dans mon flanc
  • Louis ARAGON,Après l'amour

     

     

     

     

    Je me souviens de cette ville
    Dont les paupières étaient bleues
    Où jamais les automobiles
    Ne s'arrêtent que quand il pleut



    Une lessive jaune et rose
    Y balançait au bord du ciel
    Où passaient des canards moroses
    Avec un ventre couleur miel



    On y a des manières d'être
    Qu'ailleurs on ne voit pas souvent
    Juste s'entrouvre une fenêtre
    Qu'un rideau blanc s'envole au vent



    Toutes les filles le dimanche
    S'en vont flâner au bord de l'eau
    Elles se gardent les mains blanches
    Pour attirer les matelots



    Le plus souvent marins d'eau douce
    Rencontrés sous les peupliers

    On voit qu'ils ne sont plus des mousses
    Comme ils dénouent les tabliers



    Tout est vraiment sans importance
    Un jour ou l'autre on se marie
    Les charpentiers dans l'existence Épousent la
    Vierge
    Marie



    Les hommes facilement chantent
    Et jurent plus facilement
    Quand leurs femmes se font méchantes
    Ils leur procurent des amants



    Le conjoint rentre sur le tard
    Avec une haleine d'anis
    L'épouse élève ses bâtards
    Et leurs héritiers réunis



    C'était peu après l'autre guerre

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  • Catégories : Des poèmes

    [Un poème] “Alfabet” d’Inger Christensen

     Si vous voulez faire une tarte aux pommes à partir de rien,
    il vous faudra d’abord créer l’univers. »
    — Carl Sagan (*1)

     

    J’avais très envie, pour cette semaine sans musique, de vous parler de poésie. Quelques lignes fortes, qui marquent, qui émeuvent, peut-être l’expression la plus puissante et la plus ouverte du langage… et que l’on peut (la plupart du temps) lire en une fois. Je voulais même vous présenter une poésie différente chaque matin — et pourquoi pas simplement proposer les seuls poèmes, sans commentaires, tant l’analyse d’un poème peut le démonter, le tordre en des interprétations personnelles qui ne sont pas forcément celles des autres lecteurs.
    >>
    J’ai à ce sujet eu un coup de cœur pour “Alfabet” d’Inger Christensen — et là, les choses se compliquent. Déjà (vous l’aurez remarqué), “Alfabet” d’Inger Christensen est un poème écrit en danois — et Dieu sait à quel point la poésie, plus que n’importe quelle forme de texte, est impossible à traduire fidèlement. (La seule manière de lire vraiment “Alfabet” si l’on ne maîtrise pas le danois est en version bilingue, avec une traduction en regard de l’original.) Ensuite, “Alfabet” est un long poème. Trop long pour vous le recopier en entier. Enfin, le texte complet d’“Alfabet” est à ma connaissance introuvable en ligne… et l’édition bilingue danois-français que j’ai pu lire n’a semble-t-il été imprimée qu’en 1984 (donc épuisée depuis belle lurette). Mais qu’importe ! J’avais tout de même envie de vous parler de ce texte.

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  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des poèmes, Voyage

    Poèmes de Louis le Carbonnel

    Poèmes (Paris, Mercure de France, 1904), Carmina Sacra (Paris, Mercure de France, 1912), Du Rhône à l'Arno (Paris, Mercure de France, 1920), De l'une à l'autre Aurore (Paris, Mercure de France, 1924).

       
     
    Invocations d'automne
     
    Automne merveilleux, Automne qui me dores
    L'horizon de la vie encore cette fois,
    Toi qui, si doux, épands les feux de tes aurores
    Et ceux de tes couchants aux limites des bois,

    Mélancolique Automne, avec qui l'on voyage
    En des mondes de songe et de sérénité,
    Bel Automne pour qui, sous le dernier feuillage,
    Un oiseau, mais tout bas, poursuit son chant d'été,

    Toujours tu m'exaltas, saison harmonieuse;
    Ta flamme brûle encore en mes hymnes anciens :
    Tu m'as tout pénétré d'une ardeur sérieuse...
    Dis que tu le savais et que tu t'en souviens !

    Pourtant, si je t'invoque aujourd'hui, cher Automne,
    Ce n'est pas pour revivre aux luttes du passé,
    Pour remettre à mon front une vaine couronne,
    Et rendre un peu de lustre à mon nom effacé.

    Que, dans l'apaisement de cet octobre, meure
    Ce qui n'est pas en moi le vierge attrait du Beau ;
    Que, la Gloire ayant fui, le seuil de ma demeure
    Semble à jamais le seuil délaissé d'un tombeau.

    Loin l'orgueil, espérant des revanches tardives!
    Uniquement épris d'un rêve aérien,
    Je ne regarde plus vers les ingrates rives
    Du monde aveugle et sourd, dont je n'attends plus rien.

    Je ne veux contempler que de pures images :
    Mon calme enivrement, c'est l'ampleur de tes cieux,
    C'est ton azur à peine offensé de nuages,
    Saison noble au divin rire silencieux.

    Ta tendresse me parle et ma ferveur t'écoute :
    Automne inspirateur, fais encor sous tes lois
    Tomber, comme un cristal, mes heures, goutte à goutte;
    Mets invisiblement des cordes sous mes doigts;

    Et que, la mélodie affluant dans mes veines,
    Ardente comme aux jours de ma jeune vigueur,
    Sans désir de frapper les oreilles humaines,
    Je chante seulement pour enchanter mon cœur.
     
         
     
    Louis Le Cardonnel. (1862-1936), Poèmes (1904)
     

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  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des poèmes

    Paul Valéry, Le cimetière marin

    Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
    Entre les pins palpite, entre les tombes;
    Midi le juste y compose de feux
    La mer, la mer, toujours recommencée!
    O récompense après une pensée
    Qu'un long regard sur le calme des dieux!

    Quel pur travail de fins éclairs consume
    Maint diamant d'imperceptible écume,
    Et quelle paix semble se concevoir!
    Quand sur l'abîme un soleil se repose,
    Ouvrages purs d'une éternelle cause,
    Le Temps scintille et le Songe est savoir.

    Stable trésor, temple simple à Minerve,
    Masse de calme, et visible réserve,
    Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
    Tant de sommeil sous un voile de flamme,
    O mon silence!... Édifice dans l'âme,
    Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!

    Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
    À ce point pur je monte et m'accoutume,
    Tout entouré de mon regard marin;
    Et comme aux dieux mon offrande suprême,
    La scintillation sereine sème
    Sur l'altitude un dédain souverain.

    Comme le fruit se fond en jouissance,
    Comme en délice il change son absence
    Dans une bouche où sa forme se meurt,
    Je hume ici ma future fumée,
    Et le ciel chante à l'âme consumée
    Le changement des rives en rumeur.

    Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
    Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
    Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
    Je m'abandonne à ce brillant espace,
    Sur les maisons des morts mon ombre passe
    Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

    L'âme exposée aux torches du solstice,
    Je te soutiens, admirable justice
    De la lumière aux armes sans pitié!
    Je te tends pure à ta place première:
    Regarde-toi!... Mais rendre la lumière
    Suppose d'ombre une morne moitié.

    O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
    Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
    Entre le vide et l'événement pur,
    J'attends l'écho de ma grandeur interne,
    Amère, sombre et sonore citerne,
    Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!

    Sais-tu, fausse captive des feuillages,
    Golfe mangeur de ces maigres grillages,
    Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
    Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
    Quel front l'attire à cette terre osseuse?
    Une étincelle y pense à mes absents.

    Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
    Fragment terrestre offert à la lumière,
    Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
    Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
    Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
    La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

    Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
    Quand solitaire au sourire de pâtre,
    Je pais longtemps, moutons mystérieux,
    Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
    Éloignes-en les prudentes colombes,
    Les songes vains, les anges curieux!

    Ici venu, l'avenir est paresse.
    L'insecte net gratte la sécheresse;
    Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
    A je ne sais quelle sévère essence...
    La vie est vaste, étant ivre d'absence,
    Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

    Les morts cachés sont bien dans cette terre
    Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
    Midi là-haut, Midi sans mouvement
    En soi se pense et convient à soi-même...
    Tête complète et parfait diadème,
    Je suis en toi le secret changement.

    Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
    Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
    Sont le défaut de ton grand diamant...
    Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
    Un peuple vague aux racines des arbres
    A pris déjà ton parti lentement.

    Ils ont fondu dans une absence épaisse,
    L'argile rouge a bu la blanche espèce,
    Le don de vivre a passé dans les fleurs!
    Où sont des morts les phrases familières,
    L'art personnel, les âmes singulières?
    La larve file où se formaient des pleurs.

    Les cris aigus des filles chatouillées,
    Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
    Le sein charmant qui joue avec le feu,
    Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
    Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
    Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

    Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
    Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
    Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
    Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
    Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
    La sainte impatience meurt aussi!

    Maigre immortalité noire et dorée,
    Consolatrice affreusement laurée,
    Qui de la mort fais un sein maternel,
    Le beau mensonge et la pieuse ruse!
    Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
    Ce crâne vide et ce rire éternel!

    Pères profonds, têtes inhabitées,
    Qui sous le poids de tant de pelletées,
    Êtes la terre et confondez nos pas,
    Le vrai rongeur, le ver irréfutable
    N'est point pour vous qui dormez sous la table,
    Il vit de vie, il ne me quitte pas!

    Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
    Sa dent secrète est de moi si prochaine
    Que tous les noms lui peuvent convenir!
    Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
    Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
    À ce vivant je vis d'appartenir!

    Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Elée!
    M'as-tu percé de cette flèche ailée
    Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
    Le son m'enfante et la flèche me tue!
    Ah! le soleil... Quelle ombre de tortue
    Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!

    Non, non!... Debout! Dans l'ère successive
    Brisez, mon corps, cette forme pensive!
    Buvez, mon sein, la naissance du vent!
    Une fraîcheur, de la mer exhalée,
    Me rend mon âme... O puissance salée!
    Courons à l'onde en rejaillir vivant.

    Oui! Grande mer de délires douée,
    Peau de panthère et chlamyde trouée,
    De mille et mille idoles du soleil,
    Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
    Qui te remords l'étincelante queue
    Dans un tumulte au silence pareil,

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