Recueil de poèmes en hommage aux deux auteurs
La représentation des bohémiens dans la littérature au XIX e siècle:"Les Bohémiens" d'Alexandre Pouchkine
Des Bohémiens, troupe bruyante, vont errant en Bessarabie; aujourd'hui, sur la rive du fleuve, ils plantent leurs tentes déchirées. Douce comme l'indépendance est leur nuitée; qu'on dort bien à la belle étoile! Entre les roues des chariots, derrière des lambeaux de tapis, on voit briller le feu. La horde alentour apprête son souper. Sur le gazon, les chevaux paissent à l'aventure. Un ours apprivoisé a pris son gîte auprès d'une tente. Tout est en mouvement au milieu du désert; on part demain à l'aube et chacun fait gaiement ses préparatifs. Les femmes chantent, les enfants crient, les marteaux font résonner l'enclume de campagne. Mais bientôt sur la bande vagabonde s'étend le silence du sommeil et le calme de la steppe n'est plus troublé que par le hurlement des chiens et le hennissement des chevaux. Tout repose, leurs feux s'éteignent, la lune brille seule dans le lointain des cieux, versant sa lumière sur la horde endormie.
Dans une tente solitaire, un vieillard ne dort point encore. Assis devant quelques charbons, et recueillant leur mourante chaleur, il regarde la plaine où s'étend le brouillard de la nuit. Sa fille est allée courir la campagne déserte. Libre enfant, elle ne connaît que son caprice. Elle reviendra... mais voici la nuit et bientôt la lune va disparaître derrière les nuages à l'horizon.
Zemfira ne revient pas, et l'humble souper du vieillard se refroidit à l'attendre.
Mais, la voici. Derrière elle, sur la steppe, un jeune homme s'avance ; il est inconnu au bohémien:
- Père, dit la jeune fille, j'amène un hôte. Derrière le Kourgane là-bas dans le désert, je l'ai rencontré et je l'amène au camp pour la nuit. Il veut devenir bohémien comme nous. La justice le poursuit, mais en moi il trouvera une bonne compagne. Il s'appelle Aleko; il me suivra partout.
LE VIEILLARD: Bien; reste jusqu'à demain à l'ombre de notre tente, plus longtemps, si tu veux. L'abri, le pain nous le partagerons. Sois des nôtres. Tu t'accoutumeras à nos façons, à notre vie errante, à la misère, à la liberté. Demain, au point du jour, un même chariot nous emportera tous les trois. Prends un métier, choisis: forge le fer ou chante des chansons en promenant l'ours de village en village.
ALEKO: Je reste.
ZEMFIRA: Il est à moi, qui pourrait me l'arracher? Mais il est tard. La jeune lune a disparu. La brume couvre la campagne et mes yeux se ferment malgré moi.






















